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Rien qu'un homme (vendredi, 13 juillet 2007)

a0c755610877186e49578d2f1a8ad5a6.jpgRobert Walser
Petits textes poétiques
Traduit de l’Allemand par Nicole Taubes
Gallimard, 178 p. ,15 €


Kleine Ditchtungen : Petits textes poétiques. C’est la traduction la plus juste qui soit, mais, en France, coller poétique dans un titre équivaut à un suicide commercial, c’est d’autant plus courageux et Walser en a vu d’autres… Les convaincus d’avance commencent à former une belle famille et ils ne seront évidemment pas déçus à la lecture de cette nouveauté, en Français, de l’auteur de L’Institut Benjamenta (Jacob von Gunten) ou des Enfants Tanner.
Promeneur essentiel, Robert Walser, qui a lui-même ordonné cet ensemble en 1914, invite le lecteur à le rejoindre sur les sentiers d’un monde modeste mais où il trouvera, sans aucun doute, une place pour rêver, une place pour exister.
Dans ce monde, on peut apercevoir des femmes nues sur des nuages en forme de cygne, fondre pour des sourires qui valent des baisers, s’établir sur une île, qui a « la beauté et les charmes d’une jeune fille en fleurs », un jour « beau comme un enfant souriant dans son berceau ou dans les bras de sa mère ». Un monde de neige, de forêts, de promenades, d’auberges, de rencontres… C’est un univers dont les personnages possèdent une « nature délicate » et le caractère « d’un enfant tranquille, bien élevé et rêveur », ils ont seulement besoin « d’un tout petit bout d’existence où [ils leurs] soit permis de se montrer utile[s] à [leur] façon, et de la sorte de se sentir bien ».
Évidemment, il y a ce monde là, mais avec Robert Walser rien n’est jamais aussi simplement simple. Entre sainteté et rage, la personnalité du poète est insaisissable. Il faut s’y résoudre, et s’abandonner à ce qu’il parvient à nous livrer de lui et de nous. Une grandeur, une légèreté, une violence aussi, un cristal limpide, une épure de langue et une ivresse de langue. C’est de grâce oui, qu’il s’agit, ici, d’une montée vers la plus belle des métamorphoses, celle de l’homme en homme. Ce désarroi de n’être rien qu’un homme est ici au travail, c’est la grandeur de cette œuvre à nulle autre semblable.

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