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En mémoire de Philippe Vercaemer (samedi, 15 novembre 2008)

uneracine.jpgPhilippe Vercaemer (textes) et Chantal Detcherry (photographies)

Le Népal / une racine entre deux pierres

176 p., 24x21,  28 €, isbn : 978.2.85792.183.1, http://federop.free.fr/

 

“Nous avons d’abord répondu à une secousse, un ébranlement : le meurtre de presque toute la famille royale népalaise par le prince héritier, le 1er juin 2001. Un hasard avait fait qu’un an auparavant, nous avions voyagé dans le même avion que le roi, sa famille et les principaux membres du gouvernement. Nous sommes revenus au Népal une douzaine de fois jusqu’en janvier 2008, ce qui nous a permis d’assister à la chute lente et inexorable d’une monarchie multiséculaire, qui sera très bientôt remplacée par une république. Ce pays « racine » s’est émancipé, sinon des grosses « pierres » (l’Inde et la Chine) qui pèsent sur lui, du moins de la tutelle d’un régime très inégalitaire. Le roi, pourtant censé être une incarnation du dieu Vishnu lui-même, va être déposé, mais l’avenir du pays reste très incertain puisqu’il sera dirigé désormais par les maoïstes.

Nous avons écrit ce livre pour rendre hommage à un peuple très pauvre, d’un courage et d’une affabilité exemplaires. Un petit pays si riche en ethnies diverses, en coutumes singulières et qui a su accueillir tant de malheureux Tibétains traqués sur leurs propres terres qu’ils ont fuies au péril de leur vie. A travers une série de portraits, nous avons voulu mettre en relief les qualités humaines de ses habitants, qui sont avant tout des porteurs. Il n’y a pas que les sherpas, acheminant jusqu’aux sommets les équipements des alpinistes : partout dans les rues et dans la campagne, des hommes et des femmes de peine portent sur leur dos des charges écrasantes. Oui, ce peuple avec sa foi et sa vigueur, soulève les montagnes.

Il sait aussi se soulever lui-même lors des innombrables fêtes où tous honorent les dieux dans une transe collective (toujours maîtrisée cependant) où le travail, l’acquisition des choses, cèdent la place à l’exubérance de la dépense et du sacrifice, à la joie d’être « transporté » au-delà des limites du quotidien. Le voyageur retrouve alors l’ardeur de sa propre enfance et peut célébrer « la fête de lui-même ».
Ecrire ce livre a été pour nous une manière de prolonger cet emportement. À la façon des processions, des défilés de char, le texte est fait d’élans et de pauses, il est scandé par les fragments de l’écrit et les photographies (qui sont proposées comme de petites fêtes pour l’œil).”

 

p-vercaemer.jpgPhilippe Vercaemer a enseigné la littérature française dans les Universités de Brazzaville (R. du Congo), Pointe-à-Pitre (Antilles), Wuhan (R. P. de Chine) et Bordeaux. Il a publié, outre Le Népal/une racine entre deux pierres, un récit, La Déesse, (Éditions Le Radeau de la Méduse) et diverses études sur des textes littéraires consacrés au voyage. Il est né en 1938 et vient de nous quitter, mardi dernier à 22h, pour la lumière pure qu'il espérait. Nous l'avons accompagné ce matin en l'église Sainte-Marie de Pessac. Il nous manque déjà.

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