Jean-Louis Baudry, « Lorsque la fête célébrant le passage d’une année à l’autre… » (jeudi, 01 janvier 2026)

« Lorsque la fête célébrant le passage d’une année à l’autre se limite à un tête-à-tête amoureux, dans leur non-dit les vœux de bonheur que l’on échange acquièrent, sans que l’on s’en doute, le sens d'un engagement réciproque : “Si le bonheur est pour toi d’être aimée comme je désire l’être, pensons-nous, Je m’engage à t’aimer comme toi tu t’engages à m’aimer.” De sorte que les vœux prennent la forme d’un consentement mutuel à une union indéfectible, peu différent de celui qui est demandé aux époux dans le sacrement du mariage. Le “oui” réciproque se traduit par les mots de “bonne année”, mais ici l’année vaut pour la fin des temps. S’il est en effet une exigence de l’amour, c’est de ne pas connaître le déclin. Il n’est pas besoin que soit présent à l’esprit tout ce qui est impliqué par l’échange des vœux de promesse, d’espérance et, en symétrie, de menaces. Nous sommes embarqués dans des significations qui excèdent la conscience que nous en avons et nous emportent vers des destinations que nous n’avons pas prévues. Il se peut en tout cas que ces vœux prennent d’autant plus le sens que je viens de leur prêter que les dissensions nous ont meurtris. On attend de ces moments l’oubli de nos mésententes et la disparition de tout ce qui les a causées. Je peux donc imaginer les pensées qui nous traversèrent durant un baiser qui dura tout le temps que mit l’horloge pour franchir le millésime. »
Jean-Louis Baudry
Les Corps vulnérables
L’Atelier Contemporain, 2017
Excellente année 2026, chers amis.
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