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  • Jean-Louis Baudry, « Lorsque la fête célébrant le passage d’une année à l’autre… »

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    « Lorsque la fête célébrant le passage d’une année à l’autre se limite à un tête-à-tête amoureux, dans leur non-dit les vœux de bonheur que l’on échange acquièrent, sans que l’on s’en doute, le sens d’un engagement réciproque : “Si le bonheur est pour toi d’être aimée comme je désire l’être, pensons-nous, Je m’engage à t’aimer comme toi tu t’engages à m’aimer.” De sorte que les vœux prennent la forme d’un consentement mutuel à une union indéfectible, peu différent de celui qui est demandé aux époux dans le sacrement du mariage. Le “oui” réciproque se traduit par les mots de “bonne année”, mais ici l’année vaut pour la fin des temps. S’il est en effet une exigence de l’amour, c’est de ne pas connaître le déclin. Il n’est pas besoin que soit présent à l’esprit tout ce qui est impliqué par l’échange des vœux de promesse, d’espérance et, en symétrie, de menaces. Nous sommes embarqués dans des significations qui excèdent la conscience que nous en avons et nous emportent vers des destinations que nous n’avons pas prévues. Il se peut en tout cas que ces vœux prennent d’autant plus le sens que je viens de leur prêter que les dissensions nous ont meurtris. On attend de ces moments l’oubli de nos mésententes et la disparition de tout ce qui les a causées. Je peux donc imaginer les pensées qui nous traversèrent durant un baiser qui dura tout le temps que mit l’horloge pour franchir le millésime. »

    Jean-Louis Baudry

    Les Corps vulnérables

    L’Atelier Contemporain, 2017

     

    Excellente année 2026, chers amis.

  • Un autre monde : Claude Chambard

    Les livres occupent chaque recoin de la maison, entassés, rangés. La bibliothèque est un palais. Nous sommes attablés dans la salle à manger. Le café est chaud. Je sais déjà que je ne pourrai pas tout raconter de cet amour des livres qui rend cet homme si vivant, son regard si brillant et son rire si clair. Claude Chambard est un insatiable lecteur. Un lecteur veilleur et généreux.

    Propos recueillis par Lucie Braud

     

    Vous souvenez-vous du premier livre que vous avez eu entre les mains ?

    Claude Chambard : Je m’en souviens et je l’ai toujours. Tout ce qui était à moi a pourtant disparu lorsque ma grand-mère a vendu la maison de famille. Par un extraordinaire hasard, ce livre a survécu et je l’ai retrouvé après sa mort. C’est ma marraine qui me l’avait acheté à la Noël 1954 qui précéda mon entrée au cours préparatoire : Histoire de Monsieur Colibri (Gründ, écrit par Marcelle Guastala et imagée par Suzanne Jung, 1947). […]

    La suite de cet entretien dont m'honore Lucie Braud est ici http://1autremonde.eu/project/claude-chambard/

    accompagné trois lectures audios de brefs extraits, par mes soins, de Vie secrète de Pascal Quignard, L'Orphelin de Pierre Bergounioux & Les Corps vulnérables de Jean-Louis Baudry & d'une poignée de photographies prises par Lucie de ma bibliothèque avant son rangement dit "du confinement".

    Bonne lecture & mille mercis à Lucie Braud & à son association L'Autre monde.

     

  • Jean-Louis Baudry, « Les Corps vulnérables »

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    DR

     

    « Le désir d’écrire a quelque chose en lui qui le rend tenace et instable et paradoxal : il ambitionne de donner un peu de consistance au moi de l’écrivain, alors que celui-ci fait d’abord, en se confrontant au langage, l’expérience de l’altérité qui le constitue. Mais il implique de plus une contradiction peu différente de celle qui travaille le désir sexuel. Il préexiste à l’objet sur lequel il se portera. Il ignore tout de lui. On veut écrire avant de savoir ce qu’on écrira. Celui qui écrit aimerait s’éprendre de l’objet qu’il découvre en écrivant mais, à moins que le narcissisme ne l’aveugle, ce qu’il écrit à toutes les chances de lui apparaître contingent et mineur au regard de ces choses essentielles qu’il ne se sent pas en mesure d’aborder. C’est ce qui rend le souci d’écrire si fragile devant l’amour qui, lui, se définit justement par l’unité enfin trouvée d’un désir et d’un objet. »

     

    Jean-Louis Baudry

    Les Corps vulnérables

    L’Atelier contemporain, 2017

    http://www.editionslateliercontemporain.net/mot/jean-louis-baudry