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vendredi, 05 février 2016

Yang Wan li, « la nuit, buvant »

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« la nuit, je bois dans le studio vide et froid

je me déplace pour me rapprocher du poêle gainé de bambou

le vin est nouveau, pressé de ce soir

la bougie est courte, restée de la nuit dernière

un morceau de canne à sucre pourpre, gros comme une poutre

une mandarine dorée, même le miel ne saurait lui être comparé

dans l’ivresse monte un poème

je saisis mon pinceau, impossible d’écrire »

 

Yang Wan li –(1127-1206)

In Éloge de la cabane

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 2009

lundi, 17 mars 2014

Edmond Jabès, « La clef de voûte »

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 « On dresse l’échafaud dans les jardins du bagne dans le jardin des tire-lires Fière jeune fille que le soleil éloigne

on dresse l’échafaud sur l’absence

Le couperet aux fines aiguilles à coudre la mort

le couperet aux franges de lune pour le sourire du bourreau

Siècle de pendus on dresse l’échafaud pour les retardataires

zébrés de langue-au-chat La vie n’a plus de secret

Seuls les yeux le regard seul attend interroge

On dresse l’échafaud sur l’épouvante de la foule

L’herbe demande à se faire entendre on la repousse

L’herbe sur qui le condamné à mort oublie qu’il va bientôt mourir

Le couperet de houpe d’oiseaux à tourmenter le vent

à poudrer les joues des jeunes épouses du vent

L’implacable couperet aux idylles de sapins de Justice

un monde déchu est suspendu à sa chute

un monde la langue dehors dont les pieds ne touchent plus le sol

et que le vent indifféremment balance

Je me souviens de tous les visages J’ai mis du temps à les reconnaître

aussi longtemps que le jour

On dresse l’échafaud sur l’impatience Le maître avec sa pierre-ponce

frotte les maigres doigts tâchés d’encre des écoliers humiliés

Tu lis je lis des mots d’innocence

que le couperet interrompt

On dresse l’échafaud sur chaque Dimanche

Une tête tombe dans le cahier ouvert

On dresse l’échafaud sur la mémoire du bourreau

sur la mémoire de la vie et de la mort

sur la détresse de l’amour

sur une tresse coupée

sur une coupe

sur un cou

brisé »

 

 Edmond Jabès

La clef de voûte

Imprimé par Guy Lévis Mano en juin 1950. 20 exemplaires sur vélin du Marais et 380 sur vélin, numérotés de 1 à 20 et de 21 à 400. Ex : 306

GLM, 1950

samedi, 15 mars 2014

Edmond Jabès, « Trois filles de mon quartier »

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« I

Trois lles de mon quartier ont abandonné leurs ancés à la misère ; trois rires, trois étoiles capricieuses. On n’a plus de nouvelles du cœur de la terre. Trois lles de mon quartier ont changé de nom ; leurs fronts brûlent dans la nuit. Trois pompiers, trois scaphandriers, trois amants éperdus, cherchent leurs ancées. Le poisson et l’oiseau s’en émeuvent, car l’amour est partout. Trois bœufs, trois cailloux, trois trous embarrassent la route. On frappe aux portes que l’on connaît.

 

VII
Le rire est une jeune femme écartelée sur les routes. La mort est plus adroite. Tu mets le feu au paysage arraché aux paupières : Notre lieu de rencontre. L’histoire est compromise. Quand le monde est rouge les dents ont un éclat particulier ; les tourterelles s’y risquent. Avec toi, tout est simple mais ré
échi. Un l ténu rattache l’univers à ton poignet. Tout est grave, sauvé, blessé.

 

XVI

C’était ma douleur blanchie à la chaux. Tu patientes, étendue sur les feuilles recueillies. Il faut pouvoir ressembler au vent. Tu voles. Tu chantes. Je t’aime pour chaque branche.

 

C’était un sourire sur nos doigts évreux. Une étrange silhouette détachée du soir : Elle découvrait, pour nous, le monde. Mais seule tu voyais.

 

Je te crois, je t’inuence, je t’obéis. Un mur nous réunit. Jamais tu n’as le même visage.

 

XXIV

Les collines ont, aux chevilles, de nes blessures par lesquelles tu peux voir couler le sang de la terre. Toute plante est une plaie ! Rien que douleur mon amour ; mais tes seins déchirés, tes seins pendus aux arbres, c’est plus que l’on en peut supporter. Nos mains s’interrogent au-dessus des victimes, sœurs de l’eau ou du poignard. Les collines tentent d’en appeler aux étoiles. Nos yeux levés leur ressemblent. »

 

 

Edmond Jabès
Trois
lles de mon quartier

 Imprimé par Guy Lévis Mano sur sa presse à 315 exemplaires, soit 15 (1 – 15) sur vélin du Marais & 300 (16 – 315 sur Alfama, plus 25 sur Alfama, signés par l’éditeur & réservés aux amis de GLM. Ex : 220

GLM, 1948

mardi, 11 mars 2014

Iean d’Indagine, « Physionomie par le regard des membres de l’homme »

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De la Physionomie de la bouche, et de ce qu’on doit deviner en la regardant.

 

Nous exposerons sous vne mesme description la Physionomie de la Bouche et des Levres. Or la Bouche est ou grande ou ouuerte, ou estroite. Celle qui est ouuerte, comme ont communément les Franconiens laffrus, signie l’homme estre audacieux, temeraire, impudique, menteur, affronteur, superu, et excessif en toutes choses, bruyant et raillard, et certes ie ne fus jamais nullement deceu en ce signe. Mais au contraire la bouche estroite, denote l’homme secret et posé, sobre, chaste, craintif, et liberal. Quant à la puanteur de la bouche et l’haleine, aussi des dents, nous la laissons aux Medecins, parce que cela est par eux tres amplement et diligemment declaré. On a trouué par expérience cecy estre vray, que ceux qui ont les levres menües ou petites et déliées, sont eloquens et parlent beaucoup, jaseurs, bien prevoyans les choses à venir, prudens et ayans bon esprit et entendement. Ceux qui ont les levres tres-grandes, et auxquels pend celle d’em-bas, en sorte que les dents apparoissent, sont lourdauts estourdis, gros sots, ausquels on ne peut rien apprendre, meschans, sales, excessifs en toutes choses, inconstans et mauuais. »

 

 Iean d’Indagine

 Physionomie par le regard des membres de l’hommetiré des Secrets merveilleux du Petit Albert— enrichie de figures

30 exemplaires sur vélin du Marais, 1170 sur Alfama, chiffrés de 1 à 30 et de 31 à 1200, et, en plus, 25 sur Alfama marqués de A à Z signés par l’éditeur et réservés aux amis de GLM. Exemplaire 573

GLM, août 1948

 L’orthographe de l’édition GLM a été respectée srcupuleusement.

mercredi, 05 mars 2014

Denis Roche, « Essais de littérature arrêtée. »

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« 6 septembre 1980 (samedi). (…) Plus tard, je suis en train de ranger mon bureau. J’ouvre l’une des fenêtres de la verrière et, dans l’infime espace ainsi dévoilé dans la rainure dessous, je trouve un petit papillon de nuit gris, bien étalé, aux larges antennes lancéolées. Il bouge un peu, pas beaucoup. Je le mets dans la paume de ma main et je le laisse tomber au-dehors. Sur fond de verdure des arbres et de rougeur de la grande façade de brique de l’immeuble d’en face, dans l’air calme et tiède, je le regarde choir en vol plané, tournant lentement en décrivant des cercles simples. Il tombe dans la vieille cuvette en fer, reste de ce qui fut sans doute autrefois une brouette et qui sert de barbecue aux ouvriers dans la semaine, pour faire griller leurs côtes de mouton. Je laisse la fenêtre ouverte juste au-dessus, et la nuit tombée, je pense aux cendres grises dans la brouette et au papillon gris posé dessus.

(…) »

 

 Denis Roche

Essais de littérature arrêtée.

Achevé d’imprimer en juillet 1981 sur la presse d’Alin Anseeuw à Catorive, à 123 exemplaires numérotés à la main, à savoir : 103 sur vélin et 20 exemplaires sur bouffant Argentine comportant une photographie originale de l’auteur. Exemplaire 12.

 Ecbolade, 1981

mercredi, 26 février 2014

Laurent Debut, Dado, « Le Sable »

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« En dessous de ce ciel

s’ouvre, s’imagine

l’accueil, l’empreinte

d’une phrase morte :

 

 

– Vous vous teniez là, ordonnant l’espace et le temps, en ce lieu où se réalise le livre, où le blanc s’est laissé ronger par la lettre, par cette nuit du sens au bout de laquelle nous nous effacions.

 

 

Il ne reste rien dans la main

que le sable issu

de sable…

 

 

La main dont je rêve

s’avance avec des mots de persuasion,

 

 

et s’éclaire du mot

t e r r e. »

 

Laurent Debut

Le Sable

60 exemplaires sur Rives,  numérotés de 1 à 60, imprimés par Thierry Bouchard, signés au colophon par l’auteur, comportant deux eaux-fortes de Dado, signées par le peintre. Exemplaire n° 36.
Brandes, 1981

lundi, 24 février 2014

Christian Gabriel Guez Ricord — « Lettre à Colette Deblé »

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«  J’ai habité votre fenêtre, tel pourrait être le début d’une lettre amoureuse ; si elle n’était vôtre, c’était du moins une fenêtre que j’ai habitée une nuit. Quelle chute y attendais-je ? La fenêtre serait le lieu limite de l’attente, celui qu’habitent folie et suicide. C’est pourquoi les fenêtres me fascinent, regards mais aussi abris quand on ne peut ni entrer ni se jeter dans le vide. Un monde qui n’est pas le monde et qui n’est pas non plus le non-monde de la transcendance, voici la fenêtre, lieu d’un vécu imaginaire et parfois dangereux. Ni être ni ne pas être, tel est le cri du fou coincé sur le rebord de la fenêtre et, passée l’anecdote, vos fenêtres sont aussi là pour être des lieux en soi, elles pourraient être les reliures d’un dernier cri comme la patène d’un rouge-gorge.

Je veux célébrer en vous cette illumination d’un ordre qui est à côté, d’un espace différent, ni le haut ni le bas, d’un support qui tente l’impossible de sa situation objective comme définitive et, semble-t-il, soumise à un destin unique et immortel, être ouvert ou fermé. Vous avez peint le lieu de la poésie quand elle se souvient d’avoir bâti une demeure dans les temps, la nue du principe ; et d’y avoir veillé, dans l’attente de quelqu’un, la proximité de la flamme qui, près du lit des chambres, se réfléchit sur la vitre d’un silence improbable, que l’immobile retient comme l’impossible salut des nuits où le soleil ne se lève jamais. »

 

Christian Gabriel Guez Ricord

Lettre à Colette Deblé

33 exemplaires accompagnés d’une gravure originale de Colette Deblé numérotés de 1 à 33 et 100 exemplaires numérotés de 34 à 133, tous signés par l’auteur, imprimés sur vélin d’Arches par Soulié, Atelier Breteuil à Marseille. Exemplaire n° 15.

L’Atelier Blanc, 1979

 

Note : Christian Gabriel Guez Ricord a donné à son prénom  la forme définitive Christian Gabrielle à partir de 1986

 

samedi, 22 février 2014

Emmanuel Hocquard, Raquel, « Du 1er janvier »

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« Les champs décolorés et la chaleur aussi paraissaient sans limites.

 

 

Sans violence. Jour après jour. Fixant la contrée dans ses habitudes et son isolement.
Comptant les pas.

 

 

C’est un murmure loin de l’été.

 

Dans le froid, un petit feu qui réchauffe mal.

 

 

Quand on va tomber de sommeil, le silence sépare du peu de bruit que font ceux qui parlent.

 

 

Le costume lui-même devient un accident.

Une étendue vide en forme d’arc-en-ciel.

 

 Emmanuel Hocquard

Du 1er janvier

avec une gouache de Raquel

 200 exemplaires sur vélin d’Arches, tous numérotés.

Exemplaire n° 41, avec un envoi

 Orange Export Ltd, 1980

mardi, 18 février 2014

Michaël Glück, Anik Vinay, « Tour Aurore, place des Reflets »

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I
quai d’une gare

l’attente d’un train

la patience minutieuse

 

les pas

le long le large

la geste des voyageurs

 

les talons hauts

près des valises

 

 

VII

 

la destination

l’adresse de la langue

 

une flaque d’eau

un nuage entre les rails

j’attends

 

tu es là dans le jour »

 

Michaël Glück

Tour Aurore, place des Reflets

avec une gravure d’Anik Vinay

130 exemplaires numérotés et signés. Achevé d’imprimer en juillet 1987 par l’Atelier des Grames, 9e titre de la collection « Les Florets » animée par Gil Jouanard. Exemplaire : 35

Atelier des Grames

 

dimanche, 16 février 2014

Maurice Roche, Philippe Sollers, « Correspondance complète »

J’ouvre aujourd’hui une nouvelle rubrique que j’intitule, en hommage à Walter Benjamin : Je déballe ma bibliothèque. On y trouvera quelques extraits et une image des livres rares que je range dans une grande bibliothèque noire et vitrée.

 

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« Cher Roche,

“Si la pierre tombe sur l’œuf,

malheur à l’œuf.

Si l’œuf tombe sur la pierre,

malheur à l’œuf.”

(Proverbe bulgare)

Philippe Sollers

 

 

Cher Sollers,

“Quand on pédale dans le yaourt, on fait son beurre.”

(Autre proverbe bulgare)

Maurice Roche »

 

 

 Maurice Roche, Philippe Sollers

Correspondance complète

achevée d’imprimer le 31 décembre 1986 à 33 exemplaires  sur Pur Chiffon du Moulin de Larroque numérotés, ainsi que quelques H.C. Exemplaire : H.C

Éditions Unes