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mercredi, 06 mai 2020

Su Tung po, « Puisant de l’eau dans la rivière pour préparer le thé »

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« l’eau vive a besoin d’un feu vif pour bouillir

je me rends au rocher où l’on pêche pour puiser dans l’onde profonde et limpide

avec une grande calebasse emprisonnant la lune, je la transvase dans la jarre

avec une petite louche je remplis la bouilloire nocturne d’eau de la rivière

quand frémit le thé une écume neigeuse se forme

au moment où l’on entend le vent dans les pins*, il faut tout de suite servir

les entrailles desséchées pas encore complètement humidifiées, j’arrête à la troisième tasse

assis, j’écoute dans la ville déserte les coups longs et courts qui annoncent l’heure »

 

* l’expression « on entend le vent dans les pins » signifie que l’eau commence à frémir — elle est parfois augmentée de « et la pluie dans les cyprès »

 

Su Tung po (Su Che) ­ — 8 janvier 1037- 24 août 1101

in L’extase du thépoèmes chinois

Traduits par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 2002

https://moundarren.com/livre/lextase-du-the/

vendredi, 20 mars 2020

Yang Wan li, « cinq poèmes autour la poésie »

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« Froid tardif composé devant les narcisses sur le lac de montagne*

 

pour forger un poème, on ne saurait se passer du fourneau et du marteau

mais si le poème s’accomplit, ce n’est pas seulement grâce à eux

le vieil homme ne cherche pas le poème

c’est le poème qui cherche le vieil homme

 

Lire des poèmes

 

dans la jonque ma seule occupation est de lire des recueils de poèmes

j’ai fini de lire les poèmes des Tang, je lis maintenant Wang An-shih**

ne dites pas que le matin le vieillard ne mange pas

les quatrains de Wang An-shih sont mon petit déjeuner

 

Dans l’éclaircie au milieu de la neige, près de la fenêtre ouverte j’ouvre un recueil de poèmes Tang et y trouve un pétale de fleur de pêcher, qui me laisse songeur

 

au hasard j’ouvre un livre de poèmes, ce matin devant la fenêtre de neige

dedans, un pétale de fleur de pêcher, encore frais

je me souviens d’avoir emporté ces poèmes pour lire sous les fleurs

c’était au printemps, bientôt une année déjà

 

Ajoutant de l’eau dans le bassin des roseaux aromatiques et des narcisses

 

mes vieux poèmes que je relis sont de nouveau frais

une fois la lecture finie, fatigué je bâille et m’étire

ces innombrables plantes dans le bassin se plaignent d’avoir soif

mais le vieil homme a pour projet d’être un homme paresseux

 

Poème en réponse à Lu Yu***

 

enchaîné à ma fonction, du printemps je ne puis profiter

ma barbe éclaircie est devenue comme de la neige

au milieu des nuages je fréquente le poète

oubliant les affaires, notre entente est parfaite

si en vieillissant mes poèmes s’émoussent,

grâce à ton talent tes vers sont toujours impeccables

toute ma vie j’ai été ballotté,

mon écriture vaut-elle encore grand-chose ? »

 

* Une dizaine de jours avant le nouvel an, on installe un bulbe de narcisse dans une bassine d’eau (le lac) avec un caillou (la montagne). Le jour du nouvel an, les narcisses sont en fleurs.

** Wang An-shih (1021-1086), poète et homme d’état de la dynastie Song du nord

*** Lu Yu (733-804), poète de la dynastie Tang

 

Yang Wan li – 1127-1206

Le son de la pluie

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988, 2008, 2017

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

vendredi, 06 mars 2020

Lu Yu, « La nuit du 18e jour du 7e mois, composé sur l’oreiller »

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« un éclair jaillit, il fait clair comme en plein jour

pas encore apaisé le tonnerre gronde

les nuages défilent confusément puis disparaissent

lentement monte la lune solitaire

dans les herbes couvertes de rosée des criquets conversent

le vent dans les branches effraie les pies

dès que la fraîcheur naît je me sens enfin à l’aise

je dors profondément jusqu’à ce qu’à la fenêtre il fasse jour »

 

Lu Yu

Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise

Poèmes choisis et traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995, rééd. 2012

https://moundarren.com/livre/lu-yu/

dimanche, 27 octobre 2019

Li Po, « Neuvième jour du neuvième mois »

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« aujourd’hui les nuages et le paysage sont superbes

les eaux sont vertes, les montagnes d’automne lumineuses

j’ai emporté un pichet de vin Nuées des immortels,

et cueilli des chrysanthèmes épanouis dans le froid

l’endroit est retiré, au milieu de pins et de rochers antiques

le vent clair se lève, résonnent la soie des cordes et le bambou des flûtes

je regarde dans ma coupe le reflet de mon visage réjoui

riant seul, à nouveau je me sers

ivre mon bonnet tombe, la lune au-dessus de la montagne

nonchalant je chante, songeant aux parents et aux amis »

 

Li Po

Buvant seul sous la lune

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1999, réédition 2018

https://moundarren.com/livre/li-po/

mardi, 23 juillet 2019

Lu Yu, « M’adonnant à la lecture »

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« “le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise”, la tête blanche, est retourné dans son méandre de la rivière Shan

dans la solitude derrière mon portail rustique, les livres remplissent la maison

le potage de chénopode et la bouillie de blé refroidissent, je ne vais pas manger

lire les cinq tombereaux de livres réunis durant toute ma vie me comble

non sans grand peine je corrige les erreurs, efface et réécris

sur des mélodies tristes je fredonne des ballades poignantes

j’ai complété le catalogue des idéogrammes

même les interprétations mineures en langue étrangère, je note tout

parfois jusqu’à l’aube je n’éteins pas la lampe

la neige qui tombe drue frappe à la fenêtre “su su”

encore douze années avant que je n’atteigne l’âge de soixante-dix ans

peut-être y a-t-il quelques classiques perdus, quelques chapitres manquants à ajouter à ma collection

je ne crains pas que les visiteurs se moquent de ce fou des livres

c’est tout de même mieux que si les livres restaient tout neufs dans leur étui, sans que personne ne les touche »

 

Lu Yu

 Le vieil homme qui n’en fait qu'à sa guise

traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995

mercredi, 16 janvier 2019

Yang Wan li, « Le soir assis dans le studio baptisé “de l’Art de gouverner sans interférer avec le peuple” »

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« porte fermée, je reste assis, mal à l’aise

j’ouvre les fenêtres pour faire rentrer une légère fraîcheur

la forêt cache le soleil

mon fils broie de l’encre d’un émeraude lumineux

spontanément ma main cherche mes recueils de poèmes

je fredonne doucement plusieurs poèmes

au début cela me réjouit

puis soudain je ressens de la tristesse

j’abandonne le recueil, impossible de lire plus longtemps

je me lève et marche autour de mon siège

les anciens avaient des griefs hauts comme une montagne

mon cœur est tranquille comme un fleuve

si je suis si différent d’eux,

pourquoi me brisent-ils les entrailles à ce point ?

mon émotion passée, je me mets à rire

une cigale hâte le soleil couchant »

 

Yang Wan li

Le son de la pluie

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988, 2008, 2017

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

lundi, 22 octobre 2018

Yang Wan Li, « Vivant retiré »

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Antoine Watteau, Lao Gine ou le vieillard chinois, Musée du Louvre

 

« L’arbre Yuo mu, sur une île de l’Océan de l’ouest, est l’arbre au-delà duquel le soleil se couche

 

convalescent, j’ai du mal à marcher

longtemps assis, mon sentiment ne s’apaise pas

têtu devant ma femme,

j’ai honte d’avoir à lui demander du soutien pour me lever

je préfère faire appel à ma canne en bambou taché

à chaque pas elle m’accompagne

je n’ai pas l’intention d’aller bien loin,

je vais juste faire un tour dans la cour

quand le terrain est plat, personne ne s’en rend compte

mais si ça monte ou si ça descend aussitôt on ralentit

ma vie durant l’ambition m’a mené dans les quatre directions

les huit extrémités je les regardais comme rien

à l’ouest je me suis envolé, cassant une branche de l’arbre Yuo mu*

à l’est j’ai traversé l’océan en chevauchant une baleine

aujourd’hui me voilà allongé sur un lit en chénopode

dès que je me lève neuf fois je halète

ma force est épuisée mais mon ambition est intacte

au-dessus du lit je saisis mon épée précieuse

 

en plus d’être malade, j’ai mal aux pieds et suis las de rester assis toute la journée, j’écris pour tromper l’ennui

 

ma vue est brouillée, la neige couvre mon crâne

dans le flou sont passées les trois ou quatre dernières années

qui sait que c’est le mal aux pieds qui m’empêche de marcher ?

à me voir rester sagement à la maison, on pense que je suis assis en méditation

si mon éventail tombe de la table, je suis trop paresseux pour le ramasser

aller consulter un livre près de la fenêtre, comment me déplacer ?

les gens de ce monde tous envient les immortels parce qu’ils volent

moi, j’envie ceux qui marchent, c’est ça pour moi être immortel »

Yang Wan li – 1127-1206

Le son de la pluie

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988, 2008, 2017

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

 

vendredi, 03 août 2018

Yang Wan Li, « Dans la chaleur de midi, je monte au Kiosque de la Récolte abondante »

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Shen Zhou, 1427-1509. Musée du Palais, Pékin

 

« dans la maison basse, la canicule, impossible de rester

dans le haut kiosque, d’air frais il n’y a pour ainsi dire pas

si le petit vent n’est pas entièrement avalé par les cigales,

un peu de fraicheur arrivera peut-être jusqu’au vieillard »

 

Yang Wan Li – 1127-1206

Le son de la pluie

Poèmes traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

dimanche, 24 juin 2018

Yang Wan Li, « Pour remercier Wu Te hua, commissaire du thé de Chian chow, qui m’a envoyé une nouvelle édition d’un recueil de Su Tung po* »

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Ma Yuan (actif 1190-1225), Promenade sur un sentier de montagne au printemps (détail), peinture, encre et couleurs sur soie. Musée du Palais, Taipei

 

« L’or jaune, le jade blanc, des perles claires comme la lune, des chansons limpides, des danses merveilleuses, une jeune beauté à renverser une ville, les autres ont tout cela, moi seul n’ai rien. Comme Hsiang yu** je n’ai que quatre murs pour m’entourer. À part cela j’ai aussi une étagère de livres. Si elle ne suffit à me rassasier, au moins elle rassasie les termites argentés. Un vieil ami au loin vient de m’envoyer un recueil de Tung po. Les vieux livres quittent tous la natte pour lui céder la place. Quand j’étais enfant, espiègle, pour les cent choses je n’étais pas paresseux, mais quand il s’agissait d’étudier, exprès je me levais tard. Mon père se fâchait, blâmait son fils sot et m’ordonnait, l’estomac affamé, de dévorer de vieux livres abimés. Avec la vieillesse pour les dix mille choses je suis à la traîne derrière les autres. Quand avec nonchalance je prends un vieux livre pour occuper mes yeux malades, dès qu’ils rencontrent le livre mes yeux malades se brouillent. Les caractères gros comme des mouches deviennent de vieux corbeaux. Mes yeux malades, que peuvent-ils donc faire avec de vieux livres ? Quand je feuillette un vieux livre, tout le temps je soupire. Ce recueil de Tung po je l’ai déjà, mais avant d’arriver au dernier chapitre ma main s’arrête. L’encre est imprimée de façon floue, le papier n’est pas bon. Ni bon papier, ni bonne calligraphie. Mais le texte vient d’être gravé sur du bois de jujubier de Fu sha. La gravure fidèle, vigoureuse et svelte ne trahit pas l’original. Le papier est comme un cocon de couleur de neige qu’on sort d’une bassine de jade, les caractères comme le dessin des oies sauvages du givre sur les nuages d’automne. Avec la vieillesse mes deux yeux voient comme à travers le brouillard, quand ils croisent des saules, quand ils croisent des fleurs, ils ne les remarquent même pas. Mais chaque fois qu’il croisent un beau livre neuf, toute la journée ils l’apprécient, ne veulent plus le quitter. Tung po est encore plus fou que moi, il a refusé d’échanger sa veste de toile grossière pour devenir l’un des trois ministres. De son pinceau surgit un langage étonnant, à balayer les chevaux ordinaires de dix mille générations. Vieil ami, tu t’apitoies, comme en vieillissant je deviens plus obtus, au lieu de m’envoyer un élixir pour soigner mes os malades, tu m’envoies ce livre pour me bousculer un peu. Je gratte ma tête blanche jusqu’à ce que la lampe bleue s’éteigne. »

 

* Poète, peintre, 1037-1101

** Chef militaire de la fin de la dynastie Qin, 232-202 av. J.-C. Selon la légende il se serait décapité lui-même.

 

Yang Wan Li

Le son de la pluie

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

mardi, 19 juin 2018

Yang Wan Li, « Dans la Barque sous la neige, fatigué je m’endors »

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« J’ai construit un petit studio, de la forme d’une barque, aussi l’ai-je appelé la Barque du pêcheur sous la neige. Aujourd’hui j’y étudie, fatigué m’endors. Brusquement le vent entre dans la pièce, remue dans le vase les fleurs de prunier si parfumées. Réveillé en sursaut, je compose ce poème.

 

une petite chambre, la fenêtre claire, la porte à moitié fermée

lisant un livre je m’endors, tout engourdi

impudentes les fleurs de prunier me dérangent

exprès elles dégagent leur parfum pour briser mon rêve »

 

Yang Wan Li – 1127-1206

Le son de la pluie

Poèmes traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

jeudi, 16 mars 2017

Li Po, « Jour de printemps, après l’ivresse évoquant mon sentiment »

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Li Po par Liáng Kǎi

 

« vivre en ce monde est comme un grand rêve

à quoi bon se fatiguer ?

aussi tout le jour je suis ivre

je m’effondre et m’allonge sur le perron

au réveil je regarde dans la cour

un oiseau chante parmi les fleurs

dis-moi, quelle saison est-ce ?

“dans le vent du printemps chante le loriot”

ému par cela je suis pour soupirer,

mais devant le vin me sers à nouveau

je chante à haute voix, attendant la lune claire

quand mon chant s’achève mon sentiment est apaisé »

 

Li Po (701-762)

Buvant seul sous la lune

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://moundarren.com/

samedi, 13 février 2016

Li Po, « Buvant seul sous la lune »

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Li Po, portrait imaginaire par Liang Ka, XIIIe siècle

 

Deux traductions d'un même poème

 

« un pichet de vin au milieu des fleurs,

je bois seul, sans compagnon

levant ma coupe je convie la lune claire

avec mon ombre nous voilà trois

la lune hélas ! ne sait pas boire,

et mon ombre ne fait que me suivre

compagnes d’un moment, lune et ombre,

réjouissons-nous, profitons du printemps

je chante, la lune musarde

je danse, mon ombre s’égare

encore sobres ensemble nous nous égayons

ivres chacun s’en retourne

mais notre union est éternelle, notre amitié sans limite

sur le Fleuve céleste là-haut nous nous retrouverons

 

Li Po

Buvant seul sous la lune

Poèmes traduit du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1998

&

 

« Pichet de vin posé parmi les fleurs.

Boire tout seul privé de compagnon.

Levant ma coupe, je salue la lune

Nous sommes trois : elle mon ombre et moi.

La lune cependant ne sait pas boire

L’ombre non plus qui m’a toujours suivi.

Mais buvons à mon ombre et à la lune

C’est l’éphémère joie de ce printemps.

J’entonne un chant – la lune suit mon rythme

Je danse l’ombre danse au même pas.

L’éveil et la joie pure d’être ensemble.

L’ivresse dissipée chacun se quitte.

Errants à tout jamais liés et seuls

Les retrouvailles dans la Voie lactée. »

Ombres de Chine

Douze poètes de la dynastie tang (680-870) et un épilogue

Choix, traduction et commentaire André Markowicz

Inculte / dernière marge, 2015