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vendredi, 25 mai 2018

Chaïm Grade, « Et de moi vous direz encore »

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DR

 

« … Et de moi vous direz encore :

C’est parmi nous qu’il a vécu,

Comme souterraine une aurore

Sur ses lèvres, tel un fétu,

Flottait l’étonnement muet

D’un enfant, poète perdu ;

Son rire en fusant avouait

Ce que sa douleur avait tu.

Balbutiant une prière

Quand on évoquait son foyer,

Dans ses yeux on voyait briller

Son pays natal, sa rivière.

Ses amis le persécutèrent,

Par sa solitude opprimé

Il disait : “Le bonheur sur terre

C’est être un coteau dans les près.”

Et pourtant il était bourrasque,

Au froid biseau de sa pensée

Son sang laissait d’amères traces

Par son seul sourire effacées.

D’être suspect il a souffert

Plus que du réel âpre et dur —

Rêver le coupa comme verre

Au milieu de son âge mûr.

 

De moi vous parlerez encore,

Mais moi, pour vous, comme un torrent

Sort des grottes plus transparent,

De mon chagrin, telle une aurore,

Je sourdrai plus étincelant. »

 

In Anthologie de la poésie yiddish. Le miroir d’un peuple

Présentation, choix et traduction de Charles Dobzynski

Poésie/Gallimard, 2000 (pour cette édition)

mardi, 22 mai 2018

Carl Rakosi, « Amulette »

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DR

 

 

« La déclaration de Pierrot

 

Je vais répudier ma pureté maintenant

et trouverai mon art en d’autres hommes

avant de finir comme une chandelle

dans la chambre d’une vieille fille.

 

J’en ai assez d’user mon siège

à regretter de n’être pas Shakespeare

et à essayer de faire que ma lecture

s’approche d’un âge comme le souvenir

du visage d’une mère, en restituant faiblement

ici une dent et là un sourire

 

ou en pinçant un luth

et en chantant un madrigal

 

Ce n’est pas le moment

de se pencher sur le passé. »

 

Carl Rakosi

Amulette

Traduction de l’américain : Philippe Blanchon en compagnie d’Olivier Gallon

Suivi d’un entretien avec Carl Rakosi

La Barque, 2018

http://www.labarque.fr/livres22.html

vendredi, 18 mai 2018

W. G. Sebald, « Les émigrants »

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DR

 

« Nous partions aussi à la campagne, les jours où il faisait particulièrement beau, pour découvrir le règne végétal ou, sous prétexte d’herboriser, nous occuper tout simplement à ne rien faire. Pour ces sorties qui avaient lieu le plus souvent au début de l’été, il arrivait que se joignît à nous le fils du coiffeur et “croque-mort” Wohlfahrt, qui passait pour n’avoir pas toute sa tête. D’âge indéterminé et d’une humeur infantile et toujours égale, ce grand échalas que personne n’appelait jamais autrement que Mangold, vocable qui désigne à la fois un prénom et ce légume filandreux qu’est la bette, était aux anges quand il pouvait nous accompagner, nous qui n’étions même pas encore adolescents, et nous faire la démonstration que, bien qu’incapable de venir à bout du calcul le plus élémentaire, il était en mesure de dire à quel jour de la semaine correspondait n’importe quelle date prise au hasard dans le passé ou le futur.

Ainsi, si l’on disait à Mangold que l’on était né le 18 mai 1944, il répondait aussitôt que c’était un jeudi. Et quand on essayait de le mettre à l’épreuve en lui posant des questions plus difficiles, comme la date de naissance du pape ou du roi Louis, il nous disait illico qu’il s’agissait de tel jour ou de tel autre. Paul, qui lui-même était excellent mathématicien et de surcroît très bon en calcul mental, essaya des années durant, en le soumettant à toutes sortes d’expériences et de tests sophistiqués, de percer le secret de Mangold. Mais autant que je sache, ni lui ni personne n’y parvint jamais, pour la simple raison que Mangold ne comprenait presque rien aux questions qu’on pouvait lui poser. »

 

W. G. Sebald

« Paul Bereyter », in Les Émigrants — 1992

Traduit de l’allemand par Patrick Charbonneau

Actes Sud, 1999

Max Sebald est né le 18 mai 1944.

Bon anniversaire Max.

jeudi, 17 mai 2018

Patrick Varetz, « Rougeville »

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DR

 

« Oui. Pourquoi continuer de m’appeler Rougeville puisque les âmes, ici, à l’instar des façades des maisons qui les abritent, semblent accepter comme une fatalité l’idée de devoir noircir ? Les crises se succèdent, leurs effets s’additionnent, et la contamination gagne. Comment pourrait-il sérieusement en être autrement ? Dois-je vous rappeler les scores réalisés par les tenants de l’extrême droite lors des trois dernières élections ? Autrefois, on vous envoyait au fond de la mine – parfois dès votre plus jeune âge –, et le maigre salaire que vous en rapportiez, tous les quinze jours, servait à alimenter l’économie locale. Mais qu’en est-il à présent, quand il y a de moins en moins de travail et aucune perspective ? Pour exister c’est comme partout : les gens n’ont de cesse de courir confier leur argent – celui bien souvent de l’allocation chômage ou des minima sociaux – aux grandes enseignes du commerce mondialisé (celles-là même qui répandent le vide autour d’elles). Au siècle dernier et au siècle d’avant, les puissants qui nous faisaient courber la tête habitaient encore de grandes maisons sous les fenêtres desquelles ont pouvait – les cas échéant – aller défiler pour hurler sa colère. Mais aujourd’hui, vers qui se tourner ? On ignore jusqu’à l’endroit où se cachent ceux qui nous ont abandonnés. C’est sans doute pour cela que chacun peu à peu se replie dans le silence, occupé – faute de mieux – à cultiver la haine de l’étranger qu’il a cessé d’être. Oui. Car c’est soi-même que l’on apprend à détester. […]

 

Passé la quarantaine, je m’étais finalement mis à écrire de la littérature avec les mots d’un autre. Chaque phrase que j’alignais à la suite des précédentes, avec le sentiment d’avancer au jugé, venait résonner étrangement à mon oreille (comme une langue inconnue). Jamais de tels propos, animés par de telles pensées, ne me seraient un jour sortis par la bouche. Alors que je prenais un malin plaisir à retourner fouiller parmi les ténèbres de mes origines, je devenais pour toujours – comble de l’ironie – étranger à moi-même. Sur la base de quelques souvenirs décousus, je m’ingéniais, d’un livre à l’autre, à reconstituer l’apparence d’une existence cohérente (et je m’inventais, pour faire bonne mesure, un personnage en capacité d’incarner cette fiction). Je déballais tout, la faiblesse de caractère de mes parents, leur propension au renoncement et à la défaite, la violence et la folie qui marquaient leur destin, n’hésitant jamais – en l’espèce – à grossir le trait, et donc à le noircir. La seule chose au fond que je m’interdisais, c’était de situer l’action à Rougeville (tant j’étais convaincu que l’évocation de ma ville natale ferait figure de lieu commun). »

 

Patrick Varetz

Rougeville

La Contre Allée, 2018

http://www.lacontreallee.com/catalogue/les-p%C3%A9riph%C3%A9ries/rougeville-promenade-%C3%A9l%C3%A9giaqu

 

en complément, https://www.humanite.fr/le-bassin-minier-vu-par-de-rougeville-marles-les-mines-654566

 

mardi, 15 mai 2018

John Keats, « Lorsque me vient la peur de pouvoir cesser d’être »

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par Joseph Severn, 1819

 

« Lorsque me vient la peur de pouvoir cesser d’être 

Avant que ma plume ait glané mon fertile cerveau,

Avant qu’en haute pile les livres, imprimés,

Enserrent, greniers pleins, la récolte bien mûre ;

Lorsque sur la face étoilée de la nuit j’aperçois

Les immenses symboles nuageux d’une grande épopée,

Et pense que peut-être je ne vivrai assez

Pour en tracer les ombres de la main magique du hasard ;

Et puis lorsque je sens, belle créature d’une heure,

Que sur toi mon regard ne se posera plus jamais,

Que jamais plus je ne goûterai au pouvoir féérique

De l’amour sans souci ; alors sur le rivage

Du vaste monde, seul je demeure et songe

Le temps qu’Amour et Gloire s’abîment au néant. »

22-31 janvier 1818

 

John Keats

Seul la splendeur

Traduit de l’anglais et présenté par Robert Davreu

Ophée, La Différence, 1990

19:20 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent

dimanche, 13 mai 2018

Emmanuel Merle, Philippe Agostini, «Démembrements»

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« Rien, presque

 

La pierre, on la croyait à eur de sol,

on la déloge, avec une pioche,

c’est la mémoire, terreuse, encore humide

de ce qui s’est passé. Rien, presque.

 

On laisse un trou qui ne se comble pas,

et le ciel le regarde, s’en ferait une orbite

supplémentaire. Toutes les mémoires

de tous les hommes, tous les yeux du ciel.

 

Et le ciel, que voit-il, augmenté de ma mémoire ?

Rien, presque. De l’électricité de faible

ampérage, au fond du trou. Des formes

simples qui crieraient silencieusement

comme les nuages lorsqu’ils se désagrègent

ou semblent s’entredévorer.

 

Ma mémoire n’a que des rapports humains

minéralisés. Et pourtant mon visage recrée

quelquefois la sensation d’avant :

la barbe de mon père,

une broussaille, quelque chose qui dure

puisque c’est encore là, possible. Ou

ce cheval heurté de face, tête à tête,

et le claquement derrière mon front.

 

Ou la main d’un enfant sur ma paupière,

oui, ça revient facilement, je saisirais

presque le doigt. Presque. Ce serait saisir

la lumière, comme on saisirait tout le bleu

d’un monde, d’un seul rapt.

 

Étranges cicatrices de l’esprit.

 

Cette capacité de déchirure qu’elles ont,

sur des visages aimés et incompréhensibles,

souvenirs de visages

tendus vers le vide, le sans-retour.

Aimer, c’est quoi ? Accepter l’assemblage

nécessaire et étrange d’un visage.

 

Souvent presque rien, presque. Un magma

encore tiède au bas de la pente.

Où est cette maison qui est moi,

qu’avec moi d’autres ont habitée ?

 

Ce rien pourtant devrait être une terre,

une presqu’île qu’on rejoint encore, parfois,

à marée basse,

sous la nuit. »

 

Emmanuel Merle

Démembrements

Peintures de Philippe Agostini

Voix d’encre, 2018

http://www.voix-dencre.net/spip.php?article343

vendredi, 11 mai 2018

Adèle Nègre, « Résolu par le feu »

adèle nègre,résolu par le feu,alexis hubert

 

 

« Longeant la rive

tu parles folle

la langue du geste

un théâtre à l’envi

elle chante sur le champ

où tu vis tu titubes ou

appelle cela danser

assertive ou tue

ivre remue

et entre

dérive rien

 

 

Vent qui retourne les pierres

qui retournent le vent qui rend visible

le qui-vive

la face à vif la vie d’affût

le vent aiguise la haie

 

lame si je vais au jardin c’est pour sentir

dans les plis de l’air

l’air même qui emplit mon air ouvrir

les dessous de l’œil solaire

les rais pénétrer l’impénétrable

 

 

J’ai taillé les sauges

spirales orageuses couleurs bataille

dans l’herbe constrictive

sauges torses à l’image du temps

les tenailles très hautes gris de Payne

un miroir de plus

ses feuilles noir de Mars au revers »

 

Adèle Nègre

Résolu par le feu

Préface d’Alexis Hubert

Bruno Guattari éditeur, 2018

http://www.brunoguattariediteur.fr/

mercredi, 09 mai 2018

Séverine Jouve, « Les chercheurs de lumière »

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DR

 

« La bibliothèque représentait pour moi bien davantage qu’un simple outil de recherche. Et je pensai aux différentes façons de l’aborder et d’en vivre le rayonnement. Je ne parle pas de cette recherche distraite et furtive d’un livre qui, sans vraie exigence, n’est qu’un vain refus de l’ennui. Mais de l’attente instinctive, espérée comme un vœu qui, sans objet préconçu, nécessite une forme de ferveur. Trouver ce que l’on attendait sans ne rien en attendre au préalable, voilà bien la vraie rencontre, à laquelle il importe peu de donner sens.

Adossé au monde, le Pavillon des livres est un espace isolé et circonscrit, mais qui n’entend pas se priver des pulsions de l’existence. À sa porte tombe toute rumeur, mais il appelle le même silence chuchotant que le jardin clos.

Le Pavillon des livres est bien davantage qu’une destination, comme le sont la terrasse aux aromates ou la chambre des armoires. Il est laboratoire et non simple réservoir. Mûrement réfléchi, corrigé comme l’épreuve par la main du poète, il est cet univers de la vie intense et lente, condensé jusqu’à l’expression d’une vérité particulière, mais propre à chacun.

Le Pavillon des livres représente l’illusion nécessaire pour qui veut connaître l’infinie patience du désert. Édifié en marge, il symbolise cette mise à l’écart de soi que suppose toute création. Il ouvre à la possibilité du pur cheminement qui s’entreprend en solitaire – et avec obstination –, contre le mutisme du monde.

Le Pavillon des livres est une architecture édifiée avec des mots, inutile à “l’homme du monde” mais nécessaire à celui qui a choisi de vivre sa vie jusqu’au dépassement. Il est cet espace risqué du retranchement où s’annulent temps et histoire. Il est cette chambre où se concentre le désir mais où s’accentue la dispersion. »

 

Séverine Jouve

Les chercheurs de lumière Révolutions minuscules

Préface de François Dominique

Coll. Amarante, L’Harmattan, 2018

lundi, 07 mai 2018

Gérard Haller, « mbo »

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DR

 

« […]

et la girafe zarafa et

la bête aux joues rouges de zara-

thoustra

 

oh et la chatte qui a vu jacques

derrida la voir le voir tout nu

oui tout chose d’être regardé

comme une bête lui aussi et

son chéri hérisson

 

vois : divin et pas / tout le méli-

mélo des corps oui tout l’innommé

peuple depuis toujours qui vient / es-

pèce par espèce et genres fa-

milles sous-familles et tout ce qui

s’ensuit et toujours de nouveau re-

lance tous les souffles

 

vois mbo : tous les animaux ici

avec nous qui s’essouflent et multi-

plient comme ça le ciel

 

tout ce qui vit tout ce qui a peur

la nuit et meugle miaule ulule

hurle brait brâme etc. et

appelle

 

mowgli tu te souviens et le mo-

queur des savanes et tout ça

 

le solitaire et le ver de terre

le ver luisant et le ver à soie né

bombyx mori et le nécrophore

fossoyeur

 

le lamie tisserand de son vrai

nom lamia textor

 

le messager sagittaire dit

le serpentaire dit le secré-

taire des serpents et l’oiseau maître

ès ritournelles des forêts plu-

vieuses d’australie dit sceno-

poïetes

[…] »

 

Un autre extrait ici : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2018/04/anthologie-p...

 

Gérard Haller

mbo

Harpo &, 2018

http://editionsharpo.blogg.org/

 

12:02 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent | Tags : gérard haller, mbo, harpo&

samedi, 05 mai 2018

Joseph Roth, « Le chêne de Goethe à Buchenwald »

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DR

 

« […] D’abord Buchenwald ne s’est pas toujours appelé ainsi mais Ettersberg. Sous ce nom, il était autrefois célèbre parmi les spécialistes d’histoire de la littérature : Goethe avait coutume d’y rencontrer fréquemment Madame von Stein ; sous un beau vieux chêne.

[…]

Devant ce chêne passent chaque jour les détenus du camp de concentration ; c’est-à-dire : on les y fait passer. Vraiment ! On colporte de fausses informations sur le camp de concentration de Buchenwald ; on pourrait dire d’horribles commérages. Il est, me semble-t-il, temps de ramener cela à sa juste mesure : au chêne sous lequel Goethe s’est assis avec Madame von Stein – et qui grâce à la loi pour la protection de la nature pousse encore –, jusqu’à présent, à ma connaissance, pas un seul des détenus du camp de concentration n’a été “attaché” ; bien plutôt aux autres chênes qui ne manquent pas dans cette forêt. »

 

Dernier texte de Joseph Roth, avant sa mort, le 2 mai 1939.

 

Joseph Roth

Poème des livres disparus & autres textes

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Boyer & Silke Hass

Héros-limite, 2017

http://www.heros-limite.com/livres/poeme-des-livres-dispa...

 

 

jeudi, 03 mai 2018

Du Fu, « Je cherche des fleurs en marchant seul au bord de la rivière »

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« Ne croyez pas que j’aime les fleurs jusqu’à en mourir ;

Je crains de vieillir plus vite si les fleurs sont fanées.

Les rameaux chargés se brisent bien plus facilement ;

Que les bourgeons s’ordonnent pour éclore lentement ! »

 

Je cherche des fleurs en marchant seul au bord de la rivière est composé de 7 quatrains, celui-ci est le dernier.

 

Du Fu (Tu Fu) — 712 - 770

« La dynastie des Tang »

Traduit, présenté et annoté par Florence Hu-Sterk

In Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2015

mardi, 01 mai 2018

Lambert Schlechter, « Une mite sous la semelle du Titien »

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© claude chambard

 

« 86.

Menus faits & gestes que je note consciencieusement jour après jour dans un cahier spécial, je me dis que c’est inutile que je les note, ça n’a aucun sens que je les note, ça ne mène à rien que je les note, c’est des événements dans la vie si menus si minuscules si dérisoires que c’est pas des événements et ainsi les journées passent, jour après jour, sans que rien n’arrive, rien de mémorable, littéralement rien de notable, et pourtant, me dis-je, les Des Forêts et les Tu Fu ont fait ça aussi, va savoir ce qui les a pris de faire ça, puis je me dis que moi, chez eux, j’apprécie qu’ils aient fait ça, noter le pas notable, il n’y a rien de notable quand il fait ciel bleu, et ils notent qu’il fait ciel bleu, qu’il fait ciel gris, noter qu’à midi la sirène a retenti, qu’un tracteur est passé avec une remorque où s’entassent des récipients pour les grappes vendangées, et Tu Fu fait une allusion à la réalité de son trépas, et aussi laisser le membre s’ériger, et savourer ça, et le manuéliser jusqu’à la jouissance, comme s’il y avait là un rapport avec la réalité du trépas, et ainsi jour après jour noter les notes du jour sans que cela ne mène à rien, c’est juste des menus moments de résistance, élémentaire & légitime plaisir d’exister. »

 

Lambert Schlechter

Une mite sous la semelle du Titien le Murmure du monde 7

Tinbad, 2018

https://www.editionstinbad.com/