jeudi, 01 juillet 2010
Pierre Cendors
« Conséquence de la dernière guerre, les partages de territoire déséquilibraient l’économie depuis déjà quelques mois quand la crise éclata. Endsen était loin d’imaginer que du chaos allait émerger cette ville dont ses poèmes avaient fixé la vision.
En effet, mon ami m’avait confié à plusieurs reprises son incapacité à s’adapter à nos cités modernes. S’en éloigner, voire même s’affranchir de tout lien social, restait une perspective difficile à vivre :
“Je refuse qu’une société surindustrialisée prenne ma vie ne charge pour la rendre vivable”.
Et plus loin, en commentant son installation dans une ville d’Europe, il ajoute :
“Je ne peux m’accommoder de vivre ici à long terme. Ici ou ailleurs, cette ville ou une autre, c’est pour l’âme la même blessure invisible, une lente et silence hémorragie dont c’est encore notre humanité élémentaire qui est la victime. L’homme ne devrait pas y être cette fatalité, ce rouage activement inerte, mais le corps bien membré d’une vérité qui a retrouvé non seulement de l’altitude, mais qui a également gagné en latitude. Une telle ville existe-t-elle ? Si cela était, parcourir ses avenues suffirait à chacun pour s’y redécouvrir dans sa plus haute réalité.”
Et après d’autres observations, il conclut :
“Ce serait en l’homme, une capitale universelle. Et sur terre, le champ humain de notre âme.”
La routine de l’enseignement lui pesait de plus en plus. Quoiqu’il ne s’en ouvrît à personne, sa créativité languissait depuis quelques temps. Les productions de ces années de l’après-guerre consistèrent essentiellement en projets anciens qu’Endsen remania et fit publier à tirage limité. Certains semble-t-il, parus sous divers pseudonymes, demeurent inconnus à ce jour.
Un doute qui n’y figurait pas auparavant se fit jour dans ses poèmes. Ceux-ci paraissaient désormais émaner d’un espace fermé, d’une sorte d’abîme clos, pressurisé. Le ton de ses lettres se fit plus distant également. Une ombre était descendue sur sa plume :
“Tout ce qui m’entoure a cet aspect d’équilibre insatisfait. D’évidence fade. Ma vie est uniforme, les jours, sitôt commencés, se dissolvent…”
*
Remarqué encore une fois, comment mes pas me guident souvent aux lieux correspondant à ma “température” intérieure. Selon que j’ai besoin de quiétude ou d’animation – et avant même d’en énoncer en moi le désir –, je me retrouve dans telle ou telle rue de tel quartier. Parfois aussi, je reviens à moi dans des lieux si étranges que j’en oublie ce qui a pu m’y conduire.
Ainsi, ce soir, au centre de la Place de l’Autre Monde :
Ce bassin de pierre grise d’une circonférence de dix mètres. Un éclairage giratoire, immergé sous l’eau, laisse lentement apparaître au fond, la danse de corps d’hommes et de femmes en bronze.
La mobilité des lumières leur prête une vie étonnante. Certains ont la tête levée, leur visage semble me regarder depuis des profondeurs immémoriales.
Le monument s’appelle : énergie du silence. »
Pierre Cendors
L’Homme caché (romans)
Finitude, 2006
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dimanche, 20 juin 2010
Annie Dillard
« En écrivant chacun de ses livres, l’écrivain doit résoudre deux problèmes : d’abord, est-ce faisable ? Ensuite, puis-je le faire ? Tout livre abrite une impossibilité intrinsèque, que l’écrivain découvre dès que son excitation initiale faiblit. Le problème est structurel ; il est insoluble ; voilà pourquoi personne ne pourra jamais écrire ce livre. Les nouvelles, les essais et les poèmes complexes posent aussi ce problème : le défaut structurel rédhibitoire que l’écrivain aimerait n’avoir jamais remarqué. Mais il l’écrit malgré tout. Il trouve certains moyens de minimiser la difficulté ; il renforce d’autres qualités ; il bâtit tout son récit en porte-à-faux au-dessus du vide, et ça tient. Et si c’est faisable, alors il peut le faire, et seulement lui. Car aucun des matériaux de ce livre ne suggère à un autre que lui ces possibilités de sens et de sentiments. »
Annie Dillard
En vivant, en écrivant
Traduit de l’américain par Brice Matthieussent
Christian Bourgois, 1996, rééd. « Titres » n° 80, 2008
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samedi, 12 juin 2010
W. G. Sebald au Howald

Dernière séance de
Marcher sur la tête
13 juin 2010
W. G. SEBALD
lectures par Marie Frering, Gérard Haller, Isabelle Baladine Howald et Edmond Lopez
PROGRAMME • 11 h : LECTURE ; 13 h : DEJEUNER pour ceux qui le souhaitent (réservation obligatoire, jusqu’au samedi 12 juin inclus, Pierre Schoch, 03 88 08 35 95, instant@lehohwald.com) ; 14 h 30 : LECTURE. Lectures, 5 € chacune ou forfait avec déjeuner, 15 € • ACCUEIL • Marlies et Pierre Schoch, L’INSTANT, Chambres et tables d’hôtes, 39 rue du Eck, Le Hohwald
“[…] juste après le Nouvel An, dans la perspective de la visite d’une commission de la Croix-Rouge prévue pour le printemps 1944 et envisagée par les instances compétentes du Reich comme une bonne occasion de dissimuler la réalité des déportations, allait être engagée ce qu’on appela une action d’embellissement, consistant pour les habitants du ghetto à venir à bout, sous l’autorité de la SS, d’un programme faramineux d’assainissement : ainsi, on aménagea pelouses et chemins de promenade, cimetière paysagé avec urnes funéraires et columbarium, installa des bancs publics et des panneaux indicateurs joliment ornés à la manière allemande, en bois sculpté, agrémentés de décors floraux, on planta plus d’un millier de rosiers, créa une crèche et un jardin d’enfants avec frises en rinceaux, bacs à sable, pataugeoires, manèges ; quant à l’ancien cinéma Orel, qui jusqu’alors avait servi d’abri de fortune pour les plus vieux des habitants et où pendait encore du plafond, au milieu de la salle plongée dans la pénombre, le lustre gigantesque, il fut en quelques semaines transformé en lieu de théâtre et de concert, tandis que par ailleurs, avec des marchandises et matériels provenant des entrepôts de la SS, furent ouverts des magasins d’alimentation et d’articles de ménage, d’habillement pour dames et messieurs, de chaussures, linge de corps, valises et nécessaires de voyage ; désormais il y avait aussi une maison de repos, une maison de prière, une bibliothèque de prêt, un gymnase, et l’on ne cessa d’améliorer et d’embellir, de scier, de clouer, de peindre et de vernir jusqu’à ce qu’arrive le moment de la visite et que Theresienstadt, après qu’on eut une fois encore, au milieu de tout ce branle-bas, pour éclaircir les rangs en quelque sorte, expédié à l’Est sept mille cinq cents personnes parmi les moins présentables, eût été transformé en décor potemkinesque propre à tourner la tête à plus d’un de ses détenus ou pour le moins à susciter en eux certains espoirs, métamorphosé en un Eldorado où la commission, composée de deux Danois et d’un Suisse, lorsqu’elle fut promenée dans les rues selon un itinéraire et un minutage précis élaborés par la kommandantur et foula les trottoirs propres, frottés le matin même à l’eau de lessive, put voir, de ses yeux voir, ces gens aimables et satisfaits, épargnés par les horreurs de la guerre, penchés à leurs fenêtres, ces gens proprement mis, ces rares malades si bien soignés, ces repas corrects et ces portions de pain servis en gants de fil blanc dans des assiettes de porcelaine, ces affiches placardées à chaque coin de rue pour annoncer manifestations sportives, spectacle de cabaret artistique, théâtre, concert, voir ces habitants de la ville s’égailler le soir après le travail pour prendre l’air sur les bastions et les remparts de la forteresse, presque comme des touristes en croisière sur un transatlantique, un spectacle somme toute rassurant, que les Allemands, une fois la visite terminée, soit à des fins de propagande, soit pour légitimer à leurs yeux toute cette entreprise, fixèrent sur un film qui, comme le relate Adler, dit Austerlitz, en mars 1945, alors qu’une majorité des protagonistes n’étaient déjà plus de ce monde, fut encore agrémenté d’une musique populaire juive, et dont, semblerait-il, il se soit trouvé après la guerre, en zone d’occupation britannique, une copie que lui, Adler, dit Austerlitz, n’a toutefois jamais vue, et qui apparemment a aujourd’hui disparu. Pendant des mois, continua Austerlitz, m’adressant à l’Imperial War Museum et autres établissements, j’ai tenté en vain de retrouver des traces de ce film, car, bien qu’avant de quitter Prague je sois encore monté à Theresienstadt et que j’aie étudié jusque dans sa moindre note la description rédigée par Adler avec le soin qu’on sait, il m’a été impossible de me replonger dans l’atmosphère du ghetto et de m’imaginer qu’Agáta, ma mère, ait pu à l’époque se trouver en cet endroit. Je ne cessais de penser que si seulement le film refaisait surface je pourrais peut-être voir, ou pour le moins avoir une idée de ce que cela avait été en réalité, et je me prenais constamment à songer que sans le moindre doute Agáta m’apparaissait, sous les traits d’une femme jeune, comparée à l’homme que j’étais devenu, parmi les clients à la terrasse du faux café, ou en vendeuse d’articles de mode, en train d’extraire précautionneusement une paire de gants d’un des tiroirs, ou encore en Olympia dans le spectacle des Contes d’Hoffmann, qui, ainsi que le relate Adler, a été représenté à Theresienstadt dans le cadre de l’action d’embellissement. Je croyais également la voir, dit Austerlitz, marchant dans la rue en robe d’été et manteau de gabardine légère : seule, au milieu d’un groupe de flâneurs du ghetto, elle venait directement à ma rencontre et s’approchait pas à pas jusqu’à ce que pour finir j’eusse l’impression qu’elle sortait du film et se fondait en moi. Ce genre d’hallucinations explique que je me sois retrouvé dans un état d’extrême agitation le jour où l’Imperial War Museum réussit, par l’intermédiaire des Archives fédérales de Berlin, à se procurer une copie sur cassette du film de Theresienstadt que je recherchais. Je me revois encore dans une des cabines vidéo du musée, dit Austerlitz, glissant la cassette de mes mains tremblantes dans la fente noire du magnétoscope, puis, sans que je sois en mesure d’enregistrer quoi que ce soit, regardant défiler sous mes yeux diverses scènes d’ouvriers au travail, à la forge devant l’âtre et l’enclume, dans l’atelier de poterie et de sculpture, dans la maroquinerie – succession incessante et insensée de gestes et de bruits, coups de marteau, tintements de pierres à aiguiser, grésillements de soudure, découpage d’empiècements, encollage, couture –, voyant surgir à la chaîne pour une fraction de seconde ces visages étrangers, les ouvriers et les ouvrières sortir des baraquements, le travail fini, et traverser un terrain vague sous un ciel plein de nuages blancs et immobiles, des jeunes jouer au football dans la cour intérieure d’une caserne devant un public nombreux, massé en rangs serrés sous les arcades du rez-de-chaussée, du premier et du second étage, des hommes se douchant aux bains publics, des livres empruntés à la bibliothèque par des messieurs bien mis, un véritable orchestre jouant un concert, et, à l’extérieur, au pied des remparts, dans les potagers baignés par la lumière de l’été, quelques dizaines de personnes occupées à ratisser les plates-bandes, à arroser les plants de tomates et de haricots, à débarrasser les feuilles des choux des chenilles de piérides, et ensuite, le soir venant, les gens installés sur des bancs devant leurs maisons, apparemment contents, les enfants à qui l’on permet encore de s’ébattre quelque temps, un homme lisant son livre, une femme discutant avec une voisine, d’autres tout simplement appuyées les bras croisés au rebord de leur fenêtre, comme c’était naguère l’usage à la tombée du jour. Mais, dans un premier temps, aucune de ces images ne pénétrait mon cerveau, elles papillonnaient seulement devant mes yeux dans une sorte d’irritation continuelle, qui s’exaspéra encore lorsqu’à mon grand effroi il s’avéra que cette cassette berlinoise, ayant pour titre original Der Führer schenkt den Juden eine Stadt (Le Führer offre une ville aux Juifs), n’était qu’une compilation d’environ un quart d’heure dans laquelle, à la différence de ce que j’avais espéré, Agáta n’apparaissait nulle part, ne pourrait jamais apparaître, aussi souvent que je visionnerais le film et quels que soient les efforts que je ferais pour tenter de la reconnaître au milieu de ces visages fugitifs. L’impossibilité de fixer plus précisément mon regard sur ces images qui en quelque sorte disparaissaient aussitôt qu’elles avaient surgi, dit Austerlitz, m’incita finalement à me faire confectionner à partir du fragment de Theresienstadt une copie au ralenti étirant la durée à une heure entière, et de fait, dans ce document quatre fois plus long que depuis je n’ai cessé de me repasser, sont devenues visibles des choses et des personnes qui jusque-là m’étaient restées cachées. On avait maintenant l’impression que les hommes et les femmes des ateliers effectuaient leurs tâches en somnambules, tant il leur fallait de temps pour pousser l’aiguille, tant leurs paupières s’abaissaient lourdement, tant étaient lents les mouvements de leurs lèvres et ceux de leurs yeux se levant vers la caméra. Ils marchaient moins qu’ils ne semblaient flotter, comme si désormais leurs pieds ne touchaient plus le sol.Les silhouettes des corps étaient devenues floues et leurs bords s’étaient effrangés, en particulier dans les scènes tournées en extérieur, en pleine lumière, un peu comme les contours de la main humaine sur les fluographies et les électrographies réalisées à Paris par Louis Darget au tournant du siècle dernier. Les nombreuses défectuosités de la pellicule, que je n’avais guère remarquées auparavant, se diluaient maintenant en plein milieu d’une image, l’effaçaient et faisaient naître des motifs blancs et lumineux éclaboussés de taches noires, qui me rappelaient des prises de vues aériennes du Grand Nord ou encore ce que l’on voit dans une goutte d’eau examinée au microscope. Mais le plus troublant, dans cette version au ralenti, c’étaient encore les bruits. Dans une brève séquence du début, où est montré le travail du fer chauffé au rouge et le ferrage d’un bœuf de trait dans la forge d’un maréchal-ferrant, la polka enjouée, composée par je ne sais quel compositeur autrichien d’opérettes, que l’on entend sur la bande-son de la copie berlinoise, est devenue une marche funèbre s’étirant de manière quasi grotesque, et les autres accompagnements musicaux du film, parmi lesquels je n’ai réussi à identifier que le cancan de La Vie parisienne et le scherzo du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, évoluent eux aussi dans un monde que l’on qualifierait de chtonien, en des profondeurs tourmentantes, ainsi s’exprima Austerlitz, où jamais aucune voix humaine n’était descendue. Rien, du commentaire, n’est plus compréhensible. Là où dans la copie berlinoise, sur un ton fringant, en une suite de claironnements extirpés impérieusement du larynx, il était question de groupes d’intervention et de centuries qui, selon les besoins de l’heure, exécutaient les tâches les plus diverses et le cas échéant bénéficieraient d’une formation pour reconversion, de sorte que chacun, s’il le voulait, avait la possibilité de s’intégrer sans heurt dans le processus de travail, on ne percevait plus à présent, dit Austerlitz, qu’un grognement menaçant, comme je n’en avais entendu qu’une fois auparavant, il y a bien des années, un jour férié, sous la chaleur caniculaire d’un mois de mai au Jardin des plantes de Paris, alors que pris d’un malaise soudain je m’étais assis près d’une grande volière non loin du pavillon des fauves où, invisibles depuis l’endroit où j’étais et, songeai-je en cet instant, dit Austerlitz, privés de leur raison à force de captivité, les tigres et les lions, sans relâche, des heures durant, rugissaient leurs sombres plaintes. Oui, et puis il y a encore, poursuivit Austerlitz, vers la fin, la séquence relativement longue consacrée à la première d’une pièce de musique composée à Theresienstadt ; si je ne me trompe, il s’agit de l’Étude pour orchestre à cordes de Pavel Haas. Venant de l’arrière, le regard parcourt d’abord la salle aux fenêtres grandes ouvertes, occupée par un grand nombre d’auditeurs qui ne sont pas assis en rangs, comme d’ordinaire pour un concert, mais par quatre autour d’une table, comme dans une auberge, sur des chaises de style alpin sans doute confectionnées pour l’occasion dans la menuiserie du ghetto, avec un cœur découpé dans le dossier. Tout au long du concert, la caméra fixe en gros plan telle ou telle personne, entre autres un vieux monsieur dont la tête aux cheveux gris coupés court emplit la moitié droite de l’image, tandis que sur la moitié gauche, légèrement en retrait vers le bord supérieur, apparaît le visage d’une femme plutôt jeune, se détachant à peine de l’ombre noire qui l’entoure, ce qui explique que dans un premier temps je ne l’aie pas remarquée. Elle porte autour du cou, dit Austerlitz, un collier dont les trois rangs fins se distinguent à peine sur sa robe foncée à col montant, et une fleur blanche est piquée dans sa chevelure. Exactement comme les pâles souvenirs, et les rares autres indices qui me restent encore aujourd’hui, me permettent d’imaginer l’actrice Agáta, oui, c’est exactement à cela qu’elle ressemble, me dis-je, et je ne cesse de regarder ce visage qui m’est autant familier qu’étranger, dit Austerlitz, je rembobine la cassette, une fois, dix fois, et je vois le compteur dans le coin supérieur gauche de l’écran, les chiffres qui recouvrent une partie de son front, les minutes et les secondes, de 10:53 à 10:57, et les centièmes de seconde qui défilent, si vite qu’on ne peut ni les fixer ni les déchiffrer. Au début de cette année, poursuivit Austerlitz, qui comme souvent avait sombré tout en parlant dans une profonde absence, au début de cette année, dit-il enfin, renouant avec le fil du récit de sa vie, peu après notre dernière rencontre, je suis allé une seconde fois à Prague, plusieurs jours de suite, aux Archives théâtrales pragoises de la Celetná, j’ai dépouillé les registres des années 1938 et 1939 et là je suis tombé, au milieu des lettres, des dossiers individuels, des livrets de programmes et des extraits de presse jaunis par le temps, sur le portrait photographique non légendé d’une comédienne qui semblait correspondre à l’évanescent souvenir que j’ai de ma mère, et dans lequel Véra, qui auparavant avait longuement observé le visage de l’auditrice copié par mes soins à partir du film de Theresienstadt avant de l’écarter en faisant non de la tête, dans lequel Véra, donc, sans l’ombre d’un doute, comme elle le dit, reconnut Agáta telle qu’elle était à cette époque. […]”
W. G. Sebald
Austerlitz
Traduit de l'allemand par Patrick Charbonneau
Actes Sud, 2002
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mardi, 08 juin 2010
Deux centième anniversaire de la naissance de Robert Schumann
Robert à Clara
13 mars 1840
« Ceci est une maigre récompense pour tes deux dernières lettres. Mes chansons sont les premières qui aient été imprimées, alors n’exerce pas trop ton esprit critique. Quand je les ai composées j’étais tout à toi ; ô toi fille romantique, tu me poursuis de tes regards où que je sois et je pense souvent que, sans une fiancée comme toi, je n’aurais pas composé une semblable musique qui n’est faite que pour chanter tes louanges, car je ne t’aime que trop et je voudrais te dire que chaque soir j’ai envie d’aller te retrouver et que je n’ai pas cessé d’être dans une crainte perpétuelle de ne pas arriver à temps auprès de toi.
Sais-tu également que c’est aujourd’hui ton anniversaire ? – je calcule tout d’après ma fiancée. Ainsi, vingt ans et demi ma petite Clara, je n’aurais jamais songé que nous vieillissions autant tout en n’étant encore que fiancés. Ces longues fiançailles ont du bon. On apprend à bien s’aimer et à bien se connaître. Cependant permets-moi une observation : toi, quand tu m’as froissé et que je te le dis, tu fais exactement comme si c’était toi le plus froissé des deux et tu te dis prête malgré tout à me pardonner. Songe, petite fille, que deux fois depuis trois mois, je t’aurais profondément froissée à ton avis et cependant, Clara, la pécheresse c’était toi. Ne me connais-tu donc pas, et ne sais-tu pas que je suis un homme loyal et que je ne ferai jamais de mal à personne ? Alors, femme, avoue, et laisse-moi te dire qu’avec tes deux dernières lettres, tu as tout arrangé et je t’écris cela seulement pour l’avenir. Nous devons plus tard souvent nous parler de nos craintes réciproques pour rendre plus solide la paix de la maison.
Pendant que je compose, crois-tu que tu puisses te permettre d’être paresseuse . Écris donc une chanson ! Si tu commences, tu ne pourras plus t’arrêter. C’est une telle tentation. Je veux te laisser jeter un coup d’œil dans mes différents projets d’opéra… Tâche de lire Les Frères Sérapion, de Hoffmann. Tu y trouveras un conte « Doge et Dogaresse ». Lis-le bien attentivement. Imagine tout cela sur les planches. Dis-moi ton avis et tes pensées. Dans cette nouvelle qui me plaît, c’est le mélange de naturel et de noblesse.
Julius Becker doit me faire le texte en vers. J’ai déjà fait les plans ! »
Robert Schumann
Lettres d’amour de Robert et Clara Schumann
Traduit de l’allemand par Marguerite et Jean Alley
Buchet-Chastel, 1976
En écoutant Robert Schumann, Lieder, par Matthias Goerne, baryton
et Éric Schneider, piano, Decca, 2004
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lundi, 24 mai 2010
Claude Louis-Combet
« L’Abbé disait quelquefois que les ténèbres extérieures dont parle l’Écriture ne sont pas autre chose que les ténèbres intérieures et que la chute n’a jamais eu lieu hors de soi mais toujours en soi-même. Cette pensée me revient aujourd’hui tandis que je m’efforce de retrouver les sensations passées sans vouloir – car c’était bien ainsi que je les éprouvais – les dissocier du sens qu’elles révélaient. Mais alors, assurément, penché à mi-corps et proie du vide, je ne pensais pas, j’existais hors de tout pouvoir de parole, eût-elle été la plus intérieure. Les mots, fussent-ils nés de mon obscurité, ne m’atteignaient plus parce qu’il n’y avait plus de mots.
Aujourd’hui, et bien loin de toute cette aventure, j’en suis encore à me demander si cette absence de toute formulation – dans l’impossibilité où je me trouvais, entré dans le vide, de concevoir une pensée – était, en vérité, conquête ou défaite et si le Désert s’étendait, alors, comme la simple place des choses, hors de moi, ou n’était que la forme de mon esprit. En ce temps là, et comme avant et comme aujourd’hui, je me saisissais mal et n’avais aucun pouvoir d’analyse ni sur les situations, ni sur les événements, ni sur les êtres, ni sur moi-même. Je portais en moi comme un principe de confusion qui estompait les contours et multipliait les interférences à tel point que, sur la carte grattée de mon histoire, je perdais le sens des genres et des nombres, des règles et des exceptions et que, pour tout dire, je ne distinguais pas grand-chose en dehors de ma propre stupeur. Ainsi je me disais que, en mon absence (dans mon sommeil, par exemple), les choses alentour devaient être, selon toute vraisemblance, parfaitement claires. Je me figurais même qu’elles devaient exister avec une certaine joie et un certain dynamisme et que c’était seulement ma présence qui les alourdissait et les alentissait et faisait d’elles une masse confuse, à la fois dérisoire et écrasante, de réalités hors de raison et d’incertaine identité. Dès que j’ouvrais les yeux et, du coup, entrais dans le monde, l’indétermination régnait. Les lectures (du réel) s’enchevêtraient. Dès lors, toute assurance (sur le réel) me devenait impossible. J’avais beau m’efforcer de m’accrocher aux mots pour adhérer à leur sens le plus obvie, je me rendais compte, rapidement, que c’était une tension inutile et je renonçais à toute tentative d’emprise verbale pour coïncider uniquement avec l’absence, avec le vide, avec le rien. »
Claude Louis-Combet
Marinus et Marina
Flammarion, coll. Textes dirigée par Bernard Noël, 1979
Rééd. José Corti, 2003
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vendredi, 14 mai 2010
Laure
Petit carnet rouge (extraits)
Vendredi 6 mai 1938
Et à la fin cela revenait à écouter avec des airs de disciples fervents des histoires de propriétaires ou de cuisine ou de femmes de ménage.
Abaissement abjection, quitter leurs préoccupations, leurs mesquineries, leurs petits buts, leurs vues courtes, leur terre à terre immédiat et suivre ta voie [ ] la tienne, celle d’aucun « autre » être humain. Connais-tu une destinée semblable à la tienne ? NON. Moi seule ai vu et vois comme on peut voir : absolument et de si loin –
Lundi 9 mai
Se faire rare manquer un rendez-vous et s’arranger pour le revoir le surlendemain seulement en présence d’un de ses amis pour que les autres soient témoins de son trouble ; ce qu’elle vivrait seule ne compterait pas, elle a besoin de démontrer et tout de suite, même aux plus vulgaires, surtout aux plus vulgaires.
[…]
Lundi 16 mai
Si je ne communique pas je me laisse m’embrouiller – cette plante qui pourrit tout ce qui lui sert de support – la vie à deux vide de sa substance l’un des deux – n’être dominée par aucune peur, de ce qui avilit, rabaisse mais ce qui détruit tout en soi.
Mercredi 18 mai
– Vous aimez comme source claire, tout est altéré parce que retrouver la vie dans son intégrité dans sa totalité.
[…]
Mardi 24 mai
Entrer dans un monde fiction où tu joueras un rôle devant moi dans lequel tu m’assignes une place délimitée.
– Vie d’ermite pendant que vient ce qui est échange poésie et amical tu le vivras à Paris, ça non.
Jeudi 26 mai
– Quelque chose
sourd déborde
les écluses craquent
douleur plus de douleur
la renaissance de la vie
– Plus rien de cette ardente passion ?
et cette affreuse inquiétude
et Lui
Non = rien
douleur
pas de douleur
immobilité
le silence dans ton corps
silence las de douleur
de tout en toi.
Samedi 28 mai
– et puis un jour le mouvement restreint et puis libre
vie physique
le corps comme la plante
la plante la terre
comme s’il s’implantait dans la terre par le mouvement, retrouvant force de pesanteur.
Corps détaché de toutes les lois physiques. De toutes ces impressions celle-ci est-elle bouillante ou glacée, que vous dirais-je ?
Plus de cris de douleurs ?
Jeudi 2 juin
– Versez l’eau bouillante
et puis posez la glace
je ne sens plus rien, rien
enfoncez vos épines dans la chair
– où est ma jambe ?
peut-être pendue dans les
branches de cet arbre
là où les pigeons font l’amour.
– Ton corps c’est la Loi
tout vient apres
Rien n’est plus heureux que cette renaissance
dans ton corps plus grave
Dimanche 5 juin
Vous n’imaginez pas quelle assez maligne cela peut être pour moi
Cette fois tous les ponts sont bien coupés : que peuvent comprendre à ma vie ceux qui se donnent des airs de tremper dans tous les complots, d’éventer les secrets profonds de rires gras comme au promenoir de vaudevilles, rires gras et rentrés, de prendre des petits airs.
[…]
Laure
Écrits retrouvés
Préface de Jérôme Peignot
Coll . Comme, Les Cahiers des brisants, 1987
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dimanche, 09 mai 2010
Laure
Un fragment de texte érotique
« Que la vie primitive donne aux êtres la possibilité de l’extase. ».
– décision du crime : « Ses yeux étaient comme des étoiles, on se serait cru à l’église ».
– Le crime accompli : la vengeance et l’amour, sang et sperme.
– « nous sommes au sommet de la montagne », « la montagne nous écrase ».
– rapidité d’un « roman policier », les sentiments et l’analyse psychologique.
– êtres humains, en chair et en os
– continuer
oui : il le faut pour moi et les autres,
pour éclaircir le malentendu
dire tout,
arrêt subit et reprise
sous une autre forme
d’un journal rétrospectif.
* * *
Dernier poème
Je l’ai vue
Je l’ai vue – cette fois je l’ai vue
où ? à la limite de l’aube
et de la nuit
l’aube du jardin
la nuit de la chambre
avec un sourire qui craque
une patience d’ange
elle m’attend
Et je le sais bien
Puis d’une voix lointaine
elle m’a dit
Ah mais non
Tu ne deviendras pas folle
Entends-tu, tu ne te conduiras pas comme cela,
Tu feras ceci et cela. Elle parlait sans que je comprenne plus rien
Je la suivais malgré moi
Dans un froufrou de soie une robe à traîne avec beaucoup de volants qui rebondissaient sur chaque marche.
elle a disparu
brillante bruissante
par un escalier étroit
et délabré
En haut
c’était le rayon d’hommes, des milliers de vêtements
Une pièce toujours fermée, surchauffée
Seule présente vivante
elle
elle parcourait les espaces vides entre les mannequins
portant tous son masque
Laure (Colette Peignot), Écrits
Texte établi par Jérôme Peignot et le collectif Change
Jean-Jacques Pauvert, 1977, rééd., 1985
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dimanche, 02 mai 2010
Georges Bataille
« Le doute m’angoisse sans relâche. Que signifie l’illumination ? de quelque nature qu’elle soit ? même si l’éclat du soleil m’aveuglait intérieurement et m’embrasait ? Un peu plus, un peu moins de lumière ne change rien ; de toute façon, solaire ou non, l’homme n’est que l’homme : n’être que l’homme, ne pas sortir de là ; c’est l’étouffement, la lourde ignorance, l’intolérable.
“J’enseigne l’art de tourner l’angoisse en délice”, “glorifier” : tout le sens de ce livre. L’âpreté en moi, le “malheur”, n’est que la condition. Mais l’angoisse qui tourne au délice est encore l’angoisse ; ce n’est pas le délice, pas l’espoir, c’est l’angoisse, qui fait mal et peut-être décompose. Qui ne “meurt” pas de n’être qu’un homme ne sera jamais qu’un homme. »
Georges Bataille, l’Expérience intérieure,
Gallimard, 1943, revu en 1954,
rééd. Coll. Tel n° 23
et in Œuvres complètes volume 5, Somme athéologique I
Georges Bataille, entretien avec Pierre Desgraupes à propos de la Littérature et le mal © ina
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samedi, 24 avril 2010
Louis-René des Forêts

« Si la honte le fait se retourner la nuit,
Chercher le sommeil pour cacher son visage
C’est qu’il voit avec les yeux de la conscience
Celui qu’on disait un garçon intraitable
Revenir juger l'homme qui l’a trahi.
Plutôt plaider coupable qu’en guise de défense
Se prévaloir d'une sagesse acquise.
Le chemin qui va d’hier à aujourd’hui
Semble obscur parfois et si plein de détours
Qu’il n'est guère aisé de s’y reconnaître
Non plus que d’en justifier le parcours
Auprès d'un enfant qui le commence à peine.
Il a beau trembler chaque nuit davantage,
Le cœur n'a pas perdu sa jeune fierté.
Oublie ses défaillances, pardonne-lui
D’avoir tant de mal à battre sans avoir peur
De l’ennemi qui est dans la place et le guette.
Que vienne le jour l’en délivrer, qu’il vienne
Adoucir ce regard d’ange justicier
Où se reflète sa sainte colère d’autrefois
Tournée contre soi infidèle à l’enfance
Et déjà soumis avant même de se rendre. »
Louis-René des Forêts
Poèmes de Samuel Wood
Fata Morgana, 1988
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dimanche, 11 avril 2010
Fernando Pessoa
« Je ne sais qui je suis, ni quelle âme est la mienne.
Quand je parle avec sincérité, je ne sais quelle est cette sincérité. Je suis diversement différent d’un moi dont je ne sais s’il existe.
J’éprouve des croyances que je n’ai pas. Je fais mes délices de désirs qui me répugnent. Ma perpétuelle attention à moi-même me signale perpétuellement des trahisons de mon âme envers un caractère que je ne possède peut-être pas, et qu’elle ne juge pas non plus être mien.
Je me sens multiple.
Je suis comme une pièce garnie de miroirs innombrables et fantastiques, déformant en reflets factices une réalité centrale unique, qui ne se trouve en aucun d’eux et se retrouve en tous.
Tel le panthéiste qui se sent astre, vague et fleur, je me sens être plusieurs. Je me sens vivre en moi des vies étrangères, incomplètement, comme si mon être participait de tous les hommes, mais incomplètement de chacun, et s’individualisait en une somme de non-moi, synthétisés en un moi purement pastiche. »
Fernando Pessoa, Un singulier regard
Traduit du portugais par Françoise Laye
Christian Bourgois, 2005, rééd. Coll. Titres n° 45, 2007
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mercredi, 24 mars 2010
Serge Sautreau
Serge Sautreau est né le 16 octobre 1943 à Mailly-la-Ville dans l’Yonne. Il est mort le 18 mars 2010. Il a co-dirigé avec Jean-Christophe Bailly la revue Fin de siècle et la Collection froide. Avec Bernard Noël, André Velter et Jean-Louis Clavé la collection et la revue Nulle Part aux Cahiers des Brisants.
Il a publié (entre autres) avec André Velter, Aïsha (Gallimard, 1966) avec Jean-Christophe Bailly, Yves Buin et André Velter, un des livres cultes des années 70, De la déception pure, manifeste froid (10/18, 1973), Abalochas (avec des dessins d’Antoni Taulé et une peinture de Wilfredo Lam, chez Pierre Bordas et fils,1981) La Séance des 71 (Gallimard, 2000), Nicoléon (L’Atelier des Brisants, 2005)…
Il a traduit Adonis et Sayd Bahodine Majrouh.
Ce soir Bernard Noël qui était son ami dédiera sa lecture à la DRAC Aquitaine à la mémoire de ce poète important et trop peu lu.
La photo fut prise lors d’une lecture de Serge au Château de Bonaguil en 1985 – au second plan son ami, poète et éditeur, Jean-Louis Clavé – où j’ai reçu pendant tout un été des êtres qui m’étaient chers et dont le travail m’accompagne encore.
Mes pensées vers et pour sa compagne.
« La dérive sans frein de la pensée, de la possibilité – toujours oblitérée – de la pensée, voici, en fin de présent, ce que l’activité humaine globale ne cesse de tuer socialement en chaque individu. Je te devine sourire. Tu es montée aux branches d’un pommier, et, en bas, tes amies s’affolent un peu. Il y a de quoi s’inquiéter avec plus de précision qu’au sujet des vicissitudes du progrès et des pollutions en chaîne. Tu as abandonné la lecture de cette lettre à la phrase précédente, décidée soudain à aller contempler les falaises proches. Y aura-t-il un goéland blessé qui tombera, comme une feuille morte, comme une feuille blanche, comme une image, jusqu’à devenir invisible sous la neige des mots ? L’oisiveté totale n’« existe » pas – exactement pas plus que la fausse immobilité des pierres, ou que l’acte gratuit – et je pourrais imaginer de m’en prendre à ce qui, dans tout processus d’activité engendre des distorsions en chaîne de la pensée jusqu’à faire de celle-ci l’esclave de son possible. J’établirais alors comment ce possible de la pensée, à toujours être socialement rejeté, différé, devient effectivement possibilité réussie de l’esclavage – et les différents aspects de tout ce qui constitue le travail, je les mettrais systématiquement en cause en tant que principes et manifestations d’inertie du possible. Mais je me moque de L’INERTIE du travail. »
« Paris le 4 novembre 1973 » in Hors, Christian Bourgois, Coll. Foide, 1976
« Tu n’es pas tes pensées
tu es ce qui les capte
tu es le filtre que tu fais
ni capt ni rapt
le passage des pensées qui baignent l’univers
elles passent
passage des passages
cols
goulots d’étranglement
épreuves sans épreuve
la
pensée
est ce qui passe
tu n’es pas les pensées
tu n’es pas la pensée
tu la passes
tu passes »
« lumière blanche au Salang » in le Gai désastre, Christian Bourgois, 1980
« Tu entends les syllabes s’ouvrir. Tu entends le déchirement réversible. Tu entends ? ouvrir le frein. Laisse le fil sauter de la spirale du moulinet ouvert. Tu mors. Ne ferre pas. De grandes rumeurs ont lieu sur les boulevards, là-bas, très loin (très près), au centre, dans la circulation de »
L’autre page, Seghers, coll. Froide, 1973, rééd. Les cahiers des Brisants, 1987
« Je ne goûterai jamais la chair de l’Ombre Rouge. J’affirme pourtant qu’elle doit être mieux que succulente, dotée de vertus et de propriétés insoupçonnées. Mais c’est ainsi : on ne tue pas, on ne tuera jamais un Ombre Rouge. Son œil est plus profond que celui d’un homme. Je tremble, Monsieur, devant ce qu’il a à dire, et ce qu’il tait. »
« L’Ombre rouge » in Après vous mon cher Gœtz, L’Atelier des Brisants, 2001
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jeudi, 18 mars 2010
Valérie Rouzeau
« Ne plus tenir debout quelquefois tu disais.
Depuis quoi j’ai rêvé que je te relevais que je te relevais et que tu retombais.
Dans la pièce la plus froide tu te serais cassé.
Quand bien même je t’aurais mis debout et tenu aux épaules et parlé à l’oreille apporté des lilas ça n’aurait pas marché.
D’ailleurs je t’ai pleuré dessus ça ne t’a pas remué ni quand j’ai pris ta main dans mes mains bonnes à rien ni rien.
Tu te serais cassé.
Trêve d’éternité. »
Valérie Rouzeau, Pas revoir
L’idée bleue, 1999,
rééd.Coll. La petite vermillon,la Table ronde, 2010
Photo : Valérie Rouzeau, hommage à Hélène Mohone, librairie Olympique, Bordeaux, avril 2008
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