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samedi, 22 juillet 2017

Jean-Claude Pirotte, « Un voyage en automne »

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juin 2004 © cepdivin

 

« Marcel Schwob enfant s’enfermait au grenier pour lire “en mangeant un morceau de pain trempé dans un verre d’eau”. Que de charmes aux enfances des “aventuriers passifs” célébrés par Mac Orlan. Je crois que je faisais pareil, la nuit, lorsque, sur la pointe des pieds, j’allais écouter dormir mes parents en collant mon oreille à la serrure de leur chambre, avant de monter jusqu’au palier des mansardes, un livre et une bougie dérobés à la main. Lire était l’activité clandestine et ténébreuse par excellence. Elle l’est restée. Je levais les yeux et je voyais la lune apparaître entre deux nuages, au coin de la lucarne. Les rayons glissaient sur la page d’où semblaient s’élever comme un parfum les signes brouillés qui promettaient le bonheur et le mystère. Aujourd’hui encore je ne peux me défendre de penser que je suis aussi l’auteur des livres que j’aime. “Le plus haut plaisir du lecteur, comme de l’écrivain, est un plaisir d’hypocrite”, avoue Schwob. “Le vrai lecteur, dit-il encore, construit presque autant que l’auteur : seulement il bâtit entre les lignes.” C’est cela, et je n’aurai rien bâti qu’entre les lignes, ce qui me paraît une assez bonne façon de jouer à colin-maillard avec soi-même, et avec le monde. »

 

Jean-Claude Pirotte

Un voyage en automne

La Table Ronde, 1996

vendredi, 21 juillet 2017

Li Bai, « J’interroge la lune, une coupe de vin à la main »

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Li Bai, DR

 

« Lune dans le ciel bleu, depuis quand es-tu là ?

Je te pose la question, une coupe à la main.

L’homme ne peut pas monter sur la lune claire ;

Mais la lune se promène toujours avec l’homme.

Miroir aérien brillant sur la porte rouge du palais ;

Elle répand un éclat pur quand la brume se dissipe.

On la voit se lever dans la nuit au-dessus de la mer ;

On oublie qu’elle se noyait dans les nuages du matin.

Le lièvre blanc y pile la drogue magique jour et nuit ;

Chang’e y habite seule, sans connaître de voisins*.

Les gens d’aujourd’hui, n’ont pas vu la lune d’antan ;

La lune d’aujourd’hui, elle, a éclairé les gens de jadis.

Gens d’aujourd’hui et de jadis : de l’eau qui coule ;

Mais c’est toujours la même lune qu’on contemple.

Puisse au moment où nous chantons face au vin

L’éclat du clair de lune illuminer nos coupes dorées. »

 

* Chang’e (ou Heng’e), enfuie dans la lune, en devint la déesse.

 

 

Li Bai – 701-762

« La dynastie des Song du Nord »

Traduit, présenté et annoté par Florence Hu-Sterk

In Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2015

mardi, 18 juillet 2017

Annelyse Simao, « À l’échafaudage »

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© Christiane Cartignies

 

« il est un silence qui n’est pas un silence

de paix attente ou regard

 

dans la file chacun-e posté-e devant

derrière le dos d’un-e autre

 

il est un silence qui ne naît pas silence

habité par un désir de lien

prêt à glisser sous l’espace

 

entre cœurs et têtes

entrouverts

–––––––––––––––––––––––––––––––––––––––––

 

il est un silence tendu

aussi bruyant et plus

assourdissant que plainte

 

opaque révolte   serrée   poitrine

pressée sous la veste   bras repliés

 

silence

imposé par le lieu

 

soumis à la décision d’un-e autre »

 

Anelyse Simao

À l’échafaudage

Peintures de Christiane Cartignies

Coll. Voix de chants, Æncrages & Co, 2013

http://www.aencrages.com/

dimanche, 16 juillet 2017

Christophe Manon, « Jours redoutables »

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© : Frédéric D. Oberland

 

« on peine on aime on souffre et chante sous la pluie ou le soleil ardent cœur léger cœur lourd c’est la grâce de vivre et puis l’on se retrouve pantois plongé dans l’incertain on voudrait tant se dire demain qu’on n'a pas tout perdu sur un coup de tête ou de mauvais destin – il faudrait savoir dire merci savoir s’éprendre aussi d’autres que de soi-même et dénouer les fils emmêlés d’une vie sans allure qui s’effiloche et file à trop grande vitesse qu’on rafistole comme on peut avec de maigres riens – on a tant de joie en soi le désir est si fort parfois semblable à de la rage l’espoir s’est émoussé on ne craint plus d’échouer et c’est avec souplesse qu’on passe des ténèbres aux lumières et puis que l'on revient des lumières aux ténèbres on donne l’accolade à de vieux camarades (petit frère petite mère tous ceux dont la face d’une impeccable rondeur palpite dans la nuit comme un astre plein) qu’ils sachent qu’on ne s’est pas renié la lutte n’est pas vaine qu’on a persévéré sur le sentier des brusques solitudes et des amours incandescents qu’on a laissé couler malgré le petit tas de cendre le mince filet du doute jusqu’à ce qu’il tarisse – on se fraie une issue sous un gros ciel noir de souvenirs menaçants qui s’estompent en charriant une lente procession de pensées éperdues : on a si peur que cela cesse soudain que la fête s’arrête et c’est déjà le terme peur de n’avoir tant vécu que pour joindre à la fin la sarabande éternelle de ceux qui ne sont plus – saura-t-on jamais ce qui se trame dans l’espace insondable du temps et de quelle détresses notre avenir est le nom ? où vont les baisers échangés dans le secret des jours ? où vont-elles les étreintes furtives dérobées sous des porches obscurs ? et nos larmes très fertiles et douces comme des étoiles inabouties sous quelle ivresse les enfouir de quelle épiphanie leur faire sépulture ? les gestes affûtés on est encore capable de bondir mordre griffer s’il le faut on a le cuir de plus en plus épais la couenne toujours aussi coriace la dent dure les épaules rentrées on a appris à encaisser sans broncher mais on sait désormais que ce sont d’insaisissables spectres qu’on affronte telles des nuées d’insectes en agitant les bras »

 

Christophe Manon

Jours redoutables

Photographies de Frédéric D. Oberland

Les Inaperçus, 2017

http://lesinapercus.org/

samedi, 15 juillet 2017

William Butler Yeats,«Michael Robartes et la danseuse»

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DR

 

« Au point du jour

 

Fut-ce le double de mon rêve

Que la femme couchée à mon côté

Rêva, ou bien partageâmes-nous le même rêve,

Dans la première lueur froide du jour ?

 

Je pensais : “Il est un torrent

Sur le anc de Ben Bulben,

Que toute mon enfance tint pour cher ;

Si je partais au bout du monde

Je ne pourrais trouver chose aussi chère.”

Mes souvenirs ont si souvent

Exagéré les délices de l’enfance !

 

J’aurais voulu le toucher comme un enfant

Mais, je le savais, mes doigts n’auraient touché

Que de l’eau et des pierres froides. Je m’emportai,

Accusant même le Ciel d’avoir

Pris ce décret parmi ses lois :

Rien de ce que nous aimons à l’excès

Ne se laisse estimer au toucher.

 

Je s ce rêve à l’approche du jour,

L’aube soufait sa froide rosée dans mes narines.

Or celle qui est couchée à mon côté

Avait, dans un sommeil plus amer,

Vu le cerf merveilleux d’Arthur,

Le noble cerf blanc, bondir

Dans la montagne, de rocher en rocher. »

 

William Butler Yeats

Michael Robartes et la danseuse, suivi de Le Don de Haround Al-Rachid

Bilingue

Présenté, annoté et traduit de l’anglais par Jean-Yves Masson

Verdier, 1994

vendredi, 14 juillet 2017

William Butler Yeats « Quarante-cinq poèmes »

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© : Charles Beresford, 1911

 

« Après ce long silence

 

Parler, après un long silence : c’est dans l’ordre,

Mort ou lassé tout autre qui t’aima,

Et tirés les rideaux sur la nuit hostile

Et voilée de ses franges la lampe hostile,

Qu’ainsi nous dissertions, à n’en plus nir,

Sur ces thèmes suprêmes, l’Art, le Chant.

La décrépitude du corps est sagesse. Jeunes,

Nous nous aimions, nous ne savions rien d’autre. »

 

William Butler Yeats

Quarante-cinq poèmes, suivis de La Résurrection

Bilingue

Traduit de l’anglais et préfacé par Yves Bonnefoy

Hermann, 1989

jeudi, 13 juillet 2017

William Butler Yeats « Cinquante et un poèmes »

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DR

 

« Un nid de sansonnets à ma fenêtre

 

Les abeilles bâtissent dans les crevasses

Entre les pierres qui se délitent et c’est là

Que les oiseaux apportent leurs vers et leurs mouches ;

Mon mur se délite ; abeilles à miel

Venez bâtir dans la maison abandonnée du sansonnet.

 

Nous avons fermé la porte, tourné la clef

Sur notre incertitude : quelque part

Un homme est tué, une maison brûlée

Rien pourtant de précis, aucun fait :

Venez bâtir dans la maison abandonnée du sansonnet.

 

Une barricade de pierres et de bois ;

Une quinzaine de jours de guerre civile ;

Hier soir ils ont traîné dans son sang

Mort sur la route ce jeune soldat :

Venez bâtir dans la maison abandonnée du sansonnet.

 

Nous avions nourri notre cœur de visions,

De cette chère le cœur a fait de la violence ;

Plus solide est notre haine

Que notre amour : ô, abeilles à miel,

Venez bâtir dans la maison abandonnée du sansonnet.

 

William Butler Yeats

« Méditations du Temps de la Guerre Civile » (1928) in Cinquante et un poèmes

Bilingue

Traduction de l’anglais et notes par Jean Briat

William Blake & Co. Edit, 1989, rééd. 1998

http://www.editions-william-blake-and-co.com/

mardi, 11 juillet 2017

Peter Gizzi, « Chansons du seuil »

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Stéphane Bouquet & Peter Gizzi, lecture à Double Change, le 29 mai 2012

https://www.youtube.com/watch?v=wGBbgC4jzjI

 

« CLAIR DE LUNE & VIEILLES DENTELLES

d’après Blakelock

 

Et quand je suis mort

j’ai rejoint un clair de lune peint

vers la fin du XIXème.

Me voici

clignant des yeux dans les verts, les violets.

D’abord un mirage gloussant

de crépuscule et de peinture.

Invasion de joie.

Une couronne de lucioles

à l’huile blanche autour de moi.

Lanterne japonaise.

Mais tant bien que mal

ce qui quand on est mort

prend une éternité je commence

à m’installer dans la picturalité

et la grâce vive

des touches légère de lune

et la vraie profondeur

de ce clair de lune.

Argent et vieilles dentelles

leur relation à la musique

tous penchés sur la miroir de la nature.

Mais le centre vide

de traces blanchâtres

son air indélébile

 

arctique et tranchant

me transperce.

Je ne suis pas plus

vivant qu’une toile.

Pas plus mort que vivant.

À qui sont ces vents qui divaguent ?

Quelle mesure sans grâce

se déroule à mes pieds ?

Parle monde

foudroie et brûle

illumine ton caprice

qu’accroissaient ces instants.

Je sais qu’il y a un monde

là-bas devant. »

 

Peter Gizzi

Chansons du seuil

Traduit de l’anglais (États Unis) par Stéphane Bouquet

« Série américaine », Corti, 2017

dimanche, 09 juillet 2017

Yaël Cange, « J’ai regret de vous »

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« N’en peux plus de cette douleur, comprenez. Trop longtemps que ça dure.
Demain j’écrirai une lettre…
Faudra trouver les mots oui. Serais-je sans le savoir ? Je le pourrai. Le peux. Bien qu’à certains moments, ils me quittent. Bon. Pas de mal à espérer. Mais pour qui ces mots ? : des histoires de douleur — y en a t-il qu’on puisse entendre ? Ainsi — de celles-là : qui font crier le fond jusqu’à la gorge : “De grâce, de grâce, vous ! Par bonté, soutenez-moi.” Quand ce n’est pas que j’espère — j’implore, voyez. Dans tous les cas — c’est tant que je peux. Et puis je sais maintenant : ce n’est pas trop endurer ce que vous êtes. À voir jusqu’où — corps — pèse lourd sur moi, force m’est de supporter. Le faut pourtant. Vite. Vite. Avant que s’humilie, sinon la voix — du moins, le ferveur sauvage.

*

“Soutenez-moi” je disais. L’ai-je vraiment cru possible ? N’était-ce pas, plutôt, penser sans la parole, le geste : ce qu’il leur faudrait, à eux aussi — de peines ravagées.

Ô vous ! Préparez-moi — à affronter en l’être — le désert terrassant qu’amour ne laissa pas d’exercer.

Préparez-moi à l’affront devenu — avouable.

Préparez-moi. 

*

Misère de tout ! Pour autant que je rêve — n’en demeure pas moins vrai — qu’anges — parfois, s’ils semblent éclairer, se prennent eux-mêmes — à leur propre déperdition.

 

Que s’achève, en ce cas — cette manière de désastre que je suis — serait chose peu concevable.

 

Force m’est seulement de supporter jusqu’où le cœur me bat. »

 

Yaël Cange

J’ai regret de vous

Dessins de Robert Groborne

Préface de Claude Louis-Combet

Coll. Écri(peind)re, Æncrages & Co., 2012

http://www.aencrages.com/

jeudi, 06 juillet 2017

Enrique Vila-Matas, « Mac et son contretemps »

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DR

 

« Lectures qui laissent à jamais une trace. 53 jours, par exemple, le roman inachevé de Georges Perec. En fait, je crois qu’il a discrètement influencé ce journal d’apprentissage. Non, ce n’est pas que je le crois, c’est que je suis sûr maintenant qu’il a influencé mon journal, même si je l’avais oublié jusqu’à aujourd’hui. Le titre du livre de Perec, allusion directe au nombre de jours qu’il a fallu à Stendhal pour dicter son chef-d’œuvre, La Chartreuse de Parme, me fascine.

Perec n’a pas pu terminer son livre, il est mort en l’écrivant. Mais il faudrait peut-être nuancer. Depuis que j’ai lu, il y a un an, 53 jours, j’essaie de m’expliquer quelque chose d’étrange, pourquoi le manuscrit, ayant échoué chez ses amis oulipiens Harry Mathews et Jacques Roubaud, était-il pratiquement prêt à être édité. Comment l’expliquer ? Le manuscrit est divisé en deux parties parfaitement délimitées : la seconde étudie de nouvelles possibilités contenues dans l’histoire policière racontée dans la première et va jusqu’à la modifier. Ces deux parties sont suivies de quelques curieuses remarques intitulées “Notes renvoyant aux pages rédigées” qui, non seulement donnent un nouveau tour d’écrou déjà apporté par la seconde partie à la première, mais semblent en plus révéler ce qui suit : le roman de Perec n’a pas été interrompu par la mort et n’est donc pas inachevé, mais il avait besoin d’un contretemps aussi sérieux que la mort — déjà incorporée par Perec au texte lui-même — pour être complété même si, à première vue, il puisse paraître interrompu ou incomplet.

Un roman donc parfaitement planifié et “terminé” dans lequel Perec a tout calculé, y compris l’interruption finale.

Chaque fois que je feuillette de nouveau 53 jours, il me plaît de croire que Perec a écrit ce roman pour tourner la mort en dérision. Car n’est-ce pas tourner l’arrogante Mort en dérision que de lui cacher que l’auteur s’est joué d’elle en laissant croire à cette pauvre vaniteuse que c’est sa ridicule faux qui a interrompu 53 jours ? »

 

Enrique Vila-Matas

Mac et son contretemps

Traduit de l’espagnol par André Gabastou

Christian Bourgois, 2017

mardi, 04 juillet 2017

Ingeborg Bachmann, « Avec douceur et délicatesse »

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DR

 

« Tout est mort. Tout mort.

Et dans ma panière à pain argentée

moisit le trognon de pomme séché

qui ne pouvait plus descendre.

 

Sur mes assiettes, qui y mange,

il doit rester un morceau de la corde

qui a été tressée pour moi.

Dans mon lit, qui y est couché,

doit encore bruisser la nuit le bout de papier

que j’y ai cousu.

 

Si peu de présence ! Il n’y a

que les objets lointains que je hante encore,

la lampe, la lumière,

là je l’allume et signifie :

 

tout le sang, ce flot de sang qui

a coulé. Mes assassins. »

 

Ingeborg Bachmann

Toute personne qui tombe a des ailes

Édition, introduction et traduction de l’allemand (Autriche) par François Rétif

Poésie / Gallimard, 2015

 

 

 

12:17 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent

samedi, 01 juillet 2017

Anne Portugal, « et comment nous voilà moins épais »

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DR

 

« et si c’est sur la table des moitiés

 

nous nous asseyons sur la pierre qu’est

l’identique suivant et les met en demeure

qu’est-ce que c’est qu’il disait le passant

que telle physique n’est pas si grande il

rigole aux escarpins souliers pointus d’à

la limite toucher voulant être poli n’étant

point laissant là dans le plat tombe à terre

le vœu d’attachement sincère à son lapin

 

@plantagenêt

 

————————————————————

 

un protocole

 

ce n’est pas moi oh non pas du tout

l’outsider accompagné d’amis

n’ai pas le portrait campé

noir et le vert épinard

il y avait une terrasse à partir

et les hachures à penser

où un appareil transmettait

la conversation et les visages

d’eux mêmes qui tombent

 

intermédiaires et services à ses

membres moi je dors avec vous

 

@mantegna

 

Anne Portugal

et comment nous voilà moins épais

P.O.L, 2017