jeudi, 29 mars 2012

Jean Roudaut, « Autre part »

 

AVT_Jean-Roudaut_5180.jpgFerme ses livres. Les regroupe. Range ses documents, ses photocopies, ses stylos. Allons. Pressons. On ferme. Porte son paquet de livres. Fait la queue pour reprendre sa carte. Revient à sa place. Enle son manteau. Prend sa serviette. L’ouvre au contrôle. Rend son carton. Salue l’abbé Eines. S’éloigne. La cour dans une nuit de loup. Le froid noir. Les pierres sur le sol comme des dalles funéraires. Peu à peu effacées. Les mots manquant. Des inscriptions lacunaires. Creuser dans la pierre de la façade des feuilles, des fruits, des lézards pour attendre le printemps. Dans moins d’un mois. Faire de chaque pierre un blason. Autour des fenêtres, de longs serpents enroulés. Dans les fenêtres des statues agenouillées face à face, les mains sur les épaules, les visages accolés. La façade, comme celle de S. Cristobal de Las Casas au Mexique, ondulant, s’avançant vers le soleil prochain, se retirant, se resserrant dans la pluie. Tenture dans le vent. Les colonnes torsadées poussent au-delà des toits leur vis sans n. La cour sans herbe, sans eau, sans arbre. S’arrête sous le porche. La salle de garde. Allume une cigarette. Cherche de la monnaie. Achète le journal. Lit : « Le journal a les lecteurs qu’il mérite. » Le jette. Acheter ailleurs un autre journal. La lourde porte déjà à demi fermée. Une phrase effacée. Inaudible. Répéter. Recopier. Écrire.

 

Jean Roudaut

Autre part

Coll. Le Chemin

Gallimard, 1979

Photo de Jean Roudaut : © : David Collin

 

dimanche, 04 septembre 2011

Catherine Millot « O Solitude »

images.jpg« Lire est une vie surnuméraire pour ceux à qui vivre ne suffit pas. Lire me tenait lieu de tous les liens qui me manquaient. Les personnages de romans, et les auteurs qui devinrent bientôt mes personnages de prédilection, étaient mes amis, mes compagnons de vie. Companion-books. Dans les heures d’esseulement et d’abandon, comme dans les heures de solitude épanouie ou dans celles où je jouissais d’une présence à mes côtés, lire fut toujours l’accompagnement — comme on dit en musique — indispensable.

Lire c’est comme une rencontre amoureuse qui n’aurait pas de fin. Ici, pas d’arrachement, mais une succession sans rupture, voire une coexistence heureuse de liens multiples, durant parfois toute la vie. Cela commence par un coup de foudre pour un livre. Alors je lis tout de son auteur, j’aime tout de lui. Puis vient l’accomplissement de l’amour qu’est l’écriture. Écrire, pour moi, veut dire élire un de ces compagnons de prédilection, un peu comme on se décide à s’engager dans une liaison qui durera des mois, voire des années, jusqu’à ce que son fruit arrive à terme.

Mais écrire, c’est aussi s’engager dans une ascèse qui, d’ailleurs, comporte son plaisir propre. Il faut inventer à sa mesure, ses rythmes, ses rites, ses règles de vie, un cadre et une discipline, sans omettre de préserver la part due au lien avec les autres, car, dans l’ascétisme, il faut se garder des excès, tous les ascètes le savent. Roland Barthes l’a très bien vu, qui s’est longuement interrogé sur les modes de vie solitaires, l’aménagement des relations nécessaires avec les autres, qu’il souhaitait le plus légères possible afin de préserver le temps qu’il faut pour écrire, c’est-à-dire pour laisser la solitude s’épanouir. »

 

Catherine Millot

O Solitude

Coll. L’Infini, Gallimard, 2011

mardi, 25 janvier 2011

Jean-Pierre Ostende - Et voraces ils couraient dans la nuit

arton22832-bc6fe.jpgUn nouveau livre de Jean-Pierre Ostende à paraître le 2 février aux éditions Gallimard, voilà une bonne nouvelle.

Et voraces ils couraient dans la nuit.

En plus l'auteur s’est amusé à faire une bande annonce que l’on peut voir sur Dailymotion, histoire de donner envie.

En tous cas on attend avec impatience la sortie du livre.

http://www.dailymotion.com/video/xgh84n_jean-pierre-osten...