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mercredi, 10 septembre 2014

Georges Bataille, « L’Expérience intérieure »

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Georges Bataille est né le 10 septembre 1897 À Billom

 

 « Le génie poétique n’est pas le don verbal (le don verbal est nécessaire, puisqu’il s’agit de mots, mais il égare souvent) : c’est la divination des ruines secrètement attendues, an que tant de choses gées se défassent, se perdent, communiquent. Rien n’est plus rare. Cet instinct qui devine et le fait à coup sûr exige même, de qui le détient, le silence, la solitude : et plus il inspire, d’autant plus cruellement il isole. Mais comme il est instinct de destructions exigées, si l’exploitation que de plus pauvres font de leur génie veut être “expiée”, un sentiment obscur guide soudain le plus inspiré vers la mort. Un autre, ne sachant, ne pouvant mourir, faute de se détruire en entier, en lui détruit du moins la poésie.

(Ce qu’on ne saisit pas : que la littérature n’étant rien si elle n’est poésie, la poésie étant le contraire de son nom, le langage littéraire — expression des désirs cachés, de la vie obscure — est la perversion du langage un peu plus même que l’érotisme n’est celle des fonctions sexuelles. D’où la “terreur” sévissant à la n “dans les lettres”, comme la recherche de vices, d’excitations nouvelles, à la n de la vie d’un débauché.) »

 

 Georges Bataille

L’Expérience intérieure

Gallimard 1943, rééd. 1954, rééd « Œuvres complètes tome V, La Somme Athéologique », 1981

mardi, 08 avril 2014

Andrea Bajani, « Me reconnais-tu ? »

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© : Claude Chambard

 

« Comme disait le poète, la solitude de l’artiste est un numéro de cirque qui n’était pas prévu. Sous un chapiteau, des centaines de personnes qui retiennent leur soufe, le regard tourné vers un petit point. Les yeux des petits et aussi ceux des grands, redevenus enfants par la grâce de leur progéniture. Dehors, le monde. Dedans, au centre de la piste, un petit bonhomme qui est là pour montrer que, dans son univers, le danger existe aussi, même s’il l’affronte seul pour le compte des autres. C’est ce qui fait que les enfants l’applaudissent chaque fois et que les adultes, surtout, l’applaudissent chaque fois. Parce qu’il s’est chargé de faire face à tous les périls et qu’il l’a fait à leur place. Parfois, à la n du numéro, les enfants crient, ils en veulent encore. Les adultes, eux, restent muets. D’autre fois, il ne se passe rien et l’artiste retourne au néant d’où il était venu. Il retire son chapeau, d’une courbette il salue son public, puis il s’en va.

Voilà ce qui s’est passé. »

 

 Andrea Bajani

Me reconnais-tu ?

Traduit de l’italien par Vincent Raynaud

 Gallimard, 2013

lundi, 10 février 2014

Roger Laporte, « La Veille »

Pour saluer la réouverture du groupe consacré à Roger Laporte sur Facebook https://www.facebook.com/groups/45486574813/?fref=ts voici les premières lignes du premier livre de l’œuvre d’une vie…

 

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 « Il a disparu. — Le moment propice est donc enfin venu de mettre mon projet à exécution, mais pourquoi ce malaise inattendu ? Je redoutais, en décidant d’écrire, de commettre une imprudence, de lui offrir malgré moi un terrain propice, de susciter sa venue de manière si prompte que je n’aurais même pas eu le temps d’écrire le premier mot, et certes, pendant longtemps, il me suffisait d’envisager même timidement mon projet pour qu’il mît fin à ma tranquillité, mais cette fois mon appréhension a été vaine : j’écris, et pourtant il ne s’est toujours pas manifesté. — Ai-je vraiment craint son retour ? Je ne voulais exécuter mon projet qu’en toute quiétude, donc en son absence : cette condition préalable était réalisée, car, avant de me mettre à écrire, j’ai plusieurs fois, et en toute tranquillité, pensé à mon projet, et pourtant je ne l’ai pas mis à exécution. Il me harcelait, le répit dont je bénéficiais, pouvait donc sans préavis se terminer d’un moment à l’autre : pourquoi, bien loin de me saisir de l’occasion, ai-je longtemps tergiversé et perdu ce temps libre sans m’en émouvoir ? — Il me faut avouer ce que j’aurais pu dire dès le début : il s’était tout à fait effacé, mais, contrairement à mon attente, mon projet, au lieu d’être enfin exécutable, s’était décoloré de tout attrait à tel point que ce n’est pas par désir, mais par dépit, que j’ai commencé d’écrire.

Je me suis mis au travail à un moment où j’aurais pu tout aussi bien ne pas écrire, j’ai espéré commettre ainsi une imprudence sans recours, mais elle a été sans conséquence : j’écris, mais il ne s’est toujours pas montré. Chaque fois qu’il était à proximité, je me suis gardé d’écrire ; depuis qu’il s’est retiré, condition que j’ai cru nécessaire à l’exécution de mon projet, je n’ai plus éprouvé la moindre envie d’écrire : c’est à contrecœur que je poursuis cette tâche inutile ; j’ai le sentiment que mon dessein est devenu irréalisable, mais je persévère dans la même voie, car j’espère encore provoquer son apparition en exposant pleinement mon projet. — Quel projet ? De quoi s’agissait-il donc ? Je suis incapable de le dire ! Peu m’importe que ce projet soit inexécutable, mais j’ai le sentiment d’être abandonné et je redoute qu’il ne s’éloigne encore davantage.

Parler ainsi est inexact : naguère il était proche, trop proche, mais à présent je ne peux même pas dire qu’il est très loin, car le terme d’éloignement est impropre : la distance ne peut ni diminuer, ni augmenter, car aucun espace ne nous sépare. Je ne peux même pas me plaindre d’être délaissé, car je dois dire seulement : je n’ai avec lui aucun rapport. — Comment ai-je jamais pu écrire ! »

 

 Roger Laporte

 La Veille

 Coll. Le Chemin, Gallimard, 1963

 Repris dans Une Vie, P.O.L, 1986

mardi, 31 décembre 2013

Thomas Bernhard, « Montaigne. Un récit »

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« J’ai toujours aimé Montaigne comme personne. Toujours je me suis réfugié auprès de mon Montaigne lorsque j’éprouvais cette peur mortelle. J’ai laissé Montaigne me guider et me conduire, me mener et me séduire. Montaigne a toujours été mon sauveur et mon secours. Quand bien même j’ai fini par me défier des autres, de ma pléthorique famille philosophique française, qui n’a jamais compté que quelques cousins et cousines venus d’Allemagne ou d’Italie, rapidement disparus qui plus est, Montaigne est toujours resté pour moi une sorte de refuge.

 

Je n’ai jamais eu ni père ni mère, mais j’ai toujours eu mon Montaigne. Mes géniteurs que je ne saurais qualifier de père et de mère, m’ont rejetés dès l’origine, et j’ai tôt fait de tirer les conséquences de ce rejet, me réfugiant tout droit dans les bras de Montaigne, voilà la vérité. Montaigne, me suis-je toujours dit, est à la tête d’une famille philosophique extraordinairement prolifique, mais jamais je n’ai aimé les membres de cette famille philosophique autant que son chef, mon cher Montaigne. »

 

 Thomas Bernhard

 Goethe se mheurt

 Récits traduits de l’allemand par Daniel Mirsky

 Gallimard, 2013

lundi, 16 décembre 2013

Michel Chaillou, « Le Sentiment géographique »

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« M’étais-je assoupi ? Il me semble avoir beaucoup parlé durant mon sommeil. Qu’ai-je bégayé ? le souvenir m’ombrage encore d’une espèce de causerie par moments fredonnée à deux sous un orme. Quelle heure est-il ? l’obscurité est si grande que je distingue à peine le livre tombé au pied du canapé. Est-ce moi ces ténèbres dans la glace ? d’Esguilly fut défiguré dit-on ; serait-ce son absence de visage qui annule le mien ou la folie du réveil tuméfiant passagèrement les traits ? les oreilles me tintent toujours d’une flûte achevant je ne sais quoi devant un courant emportant l’âme. Au lieu d’un clocher proche j’entends l’étourdissant battement de mon cœur. Est-ce la nuit, le jour ? Il faudrait repousser les lourds volets pour retrouver l’intelligence de la chambre, de cette bâtisse que mon angoisse tourmente d’une architecture compliquée, voire d’une rampe à pente douce débouchant sur un panorama aussi intime que celui de mes yeux actuellement aveuglés, il faudrait écarter les persiennes pour fixer l’esprit, clouer du cri du coq l’imagination qui trop vagabonde, il faudrait, mais le sentiment m’envahit, alors que tâtonnant je redresse du bras une chaise que mon genou renversa, le sentiment me submerge, et me voilà déjà loin dessous l’eau, que passer la tête à la fenêtre c’est courir le risque d’être interpellé dans une langue tournoyante comme le remous de la gueule des chiens, de meutes peut-être ségusiennes ou ségusiaves aboyant silencieusement à la lune d’une terre échevelée. Je n’ose ouvrir. »

 

 Michel Chaillou

Le Sentiment géographique

Gallimard, coll. Le Chemin, 1976

rééd. Coll. L’Imaginaire, 1989

 

 pour accompagner Michel, ce jour, au Père-Lachaise

 

Un document de 1969 : http://www.ina.fr/video/CPF10005607

dimanche, 07 juillet 2013

Michèle Desbordes, « Le lit de la mer »

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Marie Grubbe

 

« On dit d’elle que trente années durant elle eut fiancés, maris et amants, et qu’il lui arriva d’aimer ; comme il convient et parfois amoureusement. Qu’à Copenhague où elle vécut elle restait des heures à contempler le Sund très bleu, attendant si fort le bonheur, que parfois elle criait, se tordait les mains. Quand en 1676 avec un autre mari qu’on lui donne elle revient dans son château de Tjele, elle commence, à force d’ennui, à errer dans les allées. Des années elle erre là, parlant de peine amère, de blessure inguérissable.

Un soir que les écuries prennent feu, elle s’éprend du maître valet Soeren qu’elle voit, dans la nuit rougeoyante, sauver les chevaux. Elle pense à sa main large et brune, au jeune cops cabré devant les flammes, puis revêtant une robe de rude étoffe elle vient le trouver sur la paillasse des greniers.

Quand alors on la chasse, elle part avec lui, quinze autres années allant de foire en foire avec l’orgue de Barbarie dont elle tourne la manivelle, tandis que lui, Soeren, sur son tapis soulève à n’en plus finir des barres de fer. Puis avec quelque argent qui arrive de Tjele, elle acquiert sur l’île de Falster le bac ainsi que la maison du passeur. Le soir, après qu’ils ont transporté hommes et bêtes, ils s’asseyent l’un près de l’autre devant la maison, et contemplent le Sund brillant et très bleu. Elle dit qu’elle ne saurait vivre sans lui, ni sans la mer qu’elle voit briller chaque soir de tous les bleus qu’il y a là-bas. Elle a soixante ans, puis soixante-cinq et soixante-dix. Bientôt soixante-treize quand meurt Soeren, à l’âge de quarante-sept ans.

On dit que toute une année encore elle eut à supporter la vie. Puis qu’un jour de ciel bleu ceux de Falster l’enterrèrent près de lui qu’elle aimait comme personne, chantant, dans la grande chaleur qu’il fit ce jour-là, un chant à Dieu afin qu’il détournât d’elle son courroux. »

 

 Michèle Desbordes

Le Lit de la mer

 Gallimard, 2000

jeudi, 17 janvier 2013

J.-B. Pontalis, 15 janvier 1924 — 15 janvier 2013

 Avec toute notre affection pour Jenny, Élise, Flore & Mathieu…

 

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Clairières

 

« Souvenir d’une randonnée pédestre qui soudain nous fait déboucher après la longue traversée d’une forêt sur une clairière lumineuse. Souvenir de ce jour où nous étions étendus sur l’herbe, c’était au bord d’un lac de montagne, nous nous sommes plongés une minute dans l’eau glaciale, sur la rive le soleil nous brûlait, et ce moment, ce lac m’étaient une clairière. Souvenir plus ancien d’un rond-point entouré de chênes où s’étalait la nappe blanche attendant le pique-nique à l’abri dans ses paniers d’osier. Souvenir tout récent du visage de Claire, visage souvent maussade, fermé que venait ouvrir, quand je m’y attendais le moins, un sourire et alors c’était tout son corps qui irradiait de lumière.

Clairière : lumière, fragiles rayons de soleil à travers les feuilles, ouverture, mais ouverture au creux de ce qui est longtemps resté opaque.

Combien de fois, en analyse, ai-je eu le sentiment, après des semaines, des mois d’avancée laborieuse, de parvenir à une clairière !

Quelqu’un m’a fait remarquer qu’on trouvait ce mot à plusieurs reprises dans mes livres. Est-ce le mot, sa sonorité, que j’aime ou ce qu’il désigne ? Fausse question : les deux se confondent.

Je ne saurai pas démêler tout ce qui, au fil du temps, est venu se condenser dans ce mot de clairière. J’ignore pourquoi ce mot si clair est l’objet d’un attrait qui l’est si peu.

Voici qu’une amie philosophe me rappelle avec malice que les heideggeriens se réservent quasiment l’exclusivité du mot. Que d’obscurs commentaires sur la “clairière de l’Être” !

C’est égal : personne ne me confisquera ma clairière. Pas question de l’enfermer dans une métaphysique. C’est un mot qui touche tous mes sens. Je n’en fais pas l’objet d’une méditation infinie, je le goûte avec mes yeux, je le savoure dans ma bouche, je laisse doucement entrer dans le creux de mes oreilles. Il est mien mais je ne le garde pas pour moi. Dans mes clairières, je ne suis jamais seul. »

 

J.-B. Pontalis

Fenêtres

Gallimard, 2000, rééd. Folio n° 3642, 2002

 

jeudi, 11 octobre 2012

Georges Bataille, "Le Coupable"

 

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«  Mon désir ? Sans limites…

Pouvais-je être le Tout ? J’ai pu l’être — risiblement…

Je sautai, de travers je sautai.

Tout se défit, se disloqua.

Tout en moi se défit

Pourrai-je seul un instant cesser de rire ?


(Rien qu’un homme, analogue à d’autres.

Soucieux d’obligations qui lui reviennent.

Nié dans la simplicité du grand nombre.

Le rire est un éclair, en lui-même, en d’autres.)


Dans la profondeur d’un bois, comme dans la chambre où les deux amants se dénudent, le rire et la poésie se libèrent.

Hors du bois comme hors de la chambre, l’action utile est poursuivie, à laquelle chaque homme appartient. Mais chaque homme, dans sa chambre, s’en retire… ; chaque homme, en mourant, s’en retire… Ma folie dans le bois règne en souveraine… Qui pourrait supprimer la mort ? Je mets le feu au bois, les flammes du rire y pétillent.


La rage de parler m’habite, et la rage de l’exactitude. Je m’imagine précis, capable, ambitieux. J’aurais dû me taire et je parle. Je ris de la peur de la mort : elle me tient éveillé ! Luttant contre elle (contre la peur de la mort).


J’écris, je ne veux pas mourir.

Pour moi, ces mots, “je serai mort”, ne sont pas respirables. Mon absence est le vent du dehors. Elle est comique. Je suis à l’abri, dans ma chambre. Mais la tombe ? déjà si voisine, sa pensée m’enveloppe de la tête aux pieds.


Immense contradiction de mon attitude.

Personne eut-il, aussi gaiement cette simplicité de mort ?

Mais l’encre change l’absence en intention.

 

Le vent du dehors écrirait ce livre ? Écrire est formuler mon intention… J’ai voulu cette philosophie “de qui la tête au ciel était voisine — et dont les pieds touchaient à l’empire des morts”. J’attends que la bourrasque déracine… À l’instant, j’accède à tout le possible ! j’accède à l’impossible en même temps. J’atteins le pouvoir que l’être avait de parvenir au contraire de l’être. Ma mort et moi, nous nous glissons dans le vent du dehors, où je m’ouvre à l’absence de moi. »

 

Georges Bataille

Le Coupable

Gallimard, 1944, repris dans Œuvres complètes tome V, « La somme Athéologique », 1973


 Un lien : Georges Bataille. À perte de vue de André S. Labarthe

http://elegendre.wordpress.com/2011/10/02/georges-bataill...

jeudi, 29 mars 2012

Jean Roudaut, « Autre part »

 

AVT_Jean-Roudaut_5180.jpgFerme ses livres. Les regroupe. Range ses documents, ses photocopies, ses stylos. Allons. Pressons. On ferme. Porte son paquet de livres. Fait la queue pour reprendre sa carte. Revient à sa place. Enle son manteau. Prend sa serviette. L’ouvre au contrôle. Rend son carton. Salue l’abbé Eines. S’éloigne. La cour dans une nuit de loup. Le froid noir. Les pierres sur le sol comme des dalles funéraires. Peu à peu effacées. Les mots manquant. Des inscriptions lacunaires. Creuser dans la pierre de la façade des feuilles, des fruits, des lézards pour attendre le printemps. Dans moins d’un mois. Faire de chaque pierre un blason. Autour des fenêtres, de longs serpents enroulés. Dans les fenêtres des statues agenouillées face à face, les mains sur les épaules, les visages accolés. La façade, comme celle de S. Cristobal de Las Casas au Mexique, ondulant, s’avançant vers le soleil prochain, se retirant, se resserrant dans la pluie. Tenture dans le vent. Les colonnes torsadées poussent au-delà des toits leur vis sans n. La cour sans herbe, sans eau, sans arbre. S’arrête sous le porche. La salle de garde. Allume une cigarette. Cherche de la monnaie. Achète le journal. Lit : « Le journal a les lecteurs qu’il mérite. » Le jette. Acheter ailleurs un autre journal. La lourde porte déjà à demi fermée. Une phrase effacée. Inaudible. Répéter. Recopier. Écrire.

 

Jean Roudaut

Autre part

Coll. Le Chemin

Gallimard, 1979

Photo de Jean Roudaut : © : David Collin

 

dimanche, 04 septembre 2011

Catherine Millot « O Solitude »

images.jpg« Lire est une vie surnuméraire pour ceux à qui vivre ne suffit pas. Lire me tenait lieu de tous les liens qui me manquaient. Les personnages de romans, et les auteurs qui devinrent bientôt mes personnages de prédilection, étaient mes amis, mes compagnons de vie. Companion-books. Dans les heures d’esseulement et d’abandon, comme dans les heures de solitude épanouie ou dans celles où je jouissais d’une présence à mes côtés, lire fut toujours l’accompagnement — comme on dit en musique — indispensable.

Lire c’est comme une rencontre amoureuse qui n’aurait pas de fin. Ici, pas d’arrachement, mais une succession sans rupture, voire une coexistence heureuse de liens multiples, durant parfois toute la vie. Cela commence par un coup de foudre pour un livre. Alors je lis tout de son auteur, j’aime tout de lui. Puis vient l’accomplissement de l’amour qu’est l’écriture. Écrire, pour moi, veut dire élire un de ces compagnons de prédilection, un peu comme on se décide à s’engager dans une liaison qui durera des mois, voire des années, jusqu’à ce que son fruit arrive à terme.

Mais écrire, c’est aussi s’engager dans une ascèse qui, d’ailleurs, comporte son plaisir propre. Il faut inventer à sa mesure, ses rythmes, ses rites, ses règles de vie, un cadre et une discipline, sans omettre de préserver la part due au lien avec les autres, car, dans l’ascétisme, il faut se garder des excès, tous les ascètes le savent. Roland Barthes l’a très bien vu, qui s’est longuement interrogé sur les modes de vie solitaires, l’aménagement des relations nécessaires avec les autres, qu’il souhaitait le plus légères possible afin de préserver le temps qu’il faut pour écrire, c’est-à-dire pour laisser la solitude s’épanouir. »

 

Catherine Millot

O Solitude

Coll. L’Infini, Gallimard, 2011

mardi, 25 janvier 2011

Jean-Pierre Ostende - Et voraces ils couraient dans la nuit

arton22832-bc6fe.jpgUn nouveau livre de Jean-Pierre Ostende à paraître le 2 février aux éditions Gallimard, voilà une bonne nouvelle.

Et voraces ils couraient dans la nuit.

En plus l'auteur s’est amusé à faire une bande annonce que l’on peut voir sur Dailymotion, histoire de donner envie.

En tous cas on attend avec impatience la sortie du livre.

http://www.dailymotion.com/video/xgh84n_jean-pierre-osten...