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vendredi, 10 juillet 2020

Wang Shifu, « Le pavillon de l’aile ouest »

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Le mariage de Zhang et Yingying, représentés sous forme de marionnettes.

Édition de Min Qiji, 1640

 

« Vous balbutiez de honte, n’osez lever la tête,

Votre visage caché dans l’oreiller.

De vos cheveux en nuages épars tombent vos épingles d’or

Et le désordre de votre chevelure ajoute à votre charme.

Je déboutonne votre robe, dénoue votre ceinture,

Une odeur de musc se répand dans la chambre obscure.

Cruelle, pourquoi vous détourner ?

Pourquoi fuir mon regard ?

Je presse contre moi ce corps tiède et parfumé d’une beauté élancée,

Le printemps vient au monde, les fleurs se colorent,

Votre taille si souple s’agite à mon rythme,

Le bouton de votre fleur s’ouvre à moitié,

Les gouttes de ma rosée font s’épanouir votre pivoine.

Une seule libation m’engourdit à demi.

Je suis le poisson qui s’ébat dans les eaux,

Je suis le papillon qui recueille le parfum des bourgeons.

Vous reculez un peu pour vous rapprocher de nouveau.

Le surprise et l’amour se disputent en moi,

Je baise votre bouche vermeille et vos joues odorantes.

Vous êtes mon cœur et mes entrailles,

Vous dont j’ai terni la pureté. »

 

Cette pièce – dont les protagonistes sont Yingying et Zhang – fut écrite aux environs de 1300. Elle est une adaptation d’un texte plus ancien de monsieur Dong, portant le même titre, elle-même influencée par La vie de Yingying de Yuan Shen – les voies de la littérature chinoise sont sans fin, et c’est tant mieux.

L’extrait donné ici est chanté par Zhang alors que les amoureux viennent de se retrouver dans la chambre de Yingying. Il provient du merveilleux ouvrage de Jacques Pimpaneau, Anthologie de la littérature chinoise, paru chez Philippe Picquier en 2004 et réédité dans la collection de poche de l’éditeur en 2019.

 Wang Shifu

Extrait du Pavillon de l’aile ouest (Xixiang Ji)

traduit par Jacques Pimpaneau

Philippe Picquier

http://www.editions-picquier.com/ouvrage/anthologie-de-la-litterature-chinoise-classique-2/ 

 

mercredi, 06 mai 2020

Su Tung po, « Puisant de l’eau dans la rivière pour préparer le thé »

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« l’eau vive a besoin d’un feu vif pour bouillir

je me rends au rocher où l’on pêche pour puiser dans l’onde profonde et limpide

avec une grande calebasse emprisonnant la lune, je la transvase dans la jarre

avec une petite louche je remplis la bouilloire nocturne d’eau de la rivière

quand frémit le thé une écume neigeuse se forme

au moment où l’on entend le vent dans les pins*, il faut tout de suite servir

les entrailles desséchées pas encore complètement humidifiées, j’arrête à la troisième tasse

assis, j’écoute dans la ville déserte les coups longs et courts qui annoncent l’heure »

 

* l’expression « on entend le vent dans les pins » signifie que l’eau commence à frémir — elle est parfois augmentée de « et la pluie dans les cyprès »

 

Su Tung po (Su Che) ­ — 8 janvier 1037- 24 août 1101

in L’extase du thépoèmes chinois

Traduits par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 2002

https://moundarren.com/livre/lextase-du-the/

vendredi, 20 mars 2020

Yang Wan li, « cinq poèmes autour la poésie »

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« Froid tardif composé devant les narcisses sur le lac de montagne*

 

pour forger un poème, on ne saurait se passer du fourneau et du marteau

mais si le poème s’accomplit, ce n’est pas seulement grâce à eux

le vieil homme ne cherche pas le poème

c’est le poème qui cherche le vieil homme

 

Lire des poèmes

 

dans la jonque ma seule occupation est de lire des recueils de poèmes

j’ai fini de lire les poèmes des Tang, je lis maintenant Wang An-shih**

ne dites pas que le matin le vieillard ne mange pas

les quatrains de Wang An-shih sont mon petit déjeuner

 

Dans l’éclaircie au milieu de la neige, près de la fenêtre ouverte j’ouvre un recueil de poèmes Tang et y trouve un pétale de fleur de pêcher, qui me laisse songeur

 

au hasard j’ouvre un livre de poèmes, ce matin devant la fenêtre de neige

dedans, un pétale de fleur de pêcher, encore frais

je me souviens d’avoir emporté ces poèmes pour lire sous les fleurs

c’était au printemps, bientôt une année déjà

 

Ajoutant de l’eau dans le bassin des roseaux aromatiques et des narcisses

 

mes vieux poèmes que je relis sont de nouveau frais

une fois la lecture finie, fatigué je bâille et m’étire

ces innombrables plantes dans le bassin se plaignent d’avoir soif

mais le vieil homme a pour projet d’être un homme paresseux

 

Poème en réponse à Lu Yu***

 

enchaîné à ma fonction, du printemps je ne puis profiter

ma barbe éclaircie est devenue comme de la neige

au milieu des nuages je fréquente le poète

oubliant les affaires, notre entente est parfaite

si en vieillissant mes poèmes s’émoussent,

grâce à ton talent tes vers sont toujours impeccables

toute ma vie j’ai été ballotté,

mon écriture vaut-elle encore grand-chose ? »

 

* Une dizaine de jours avant le nouvel an, on installe un bulbe de narcisse dans une bassine d’eau (le lac) avec un caillou (la montagne). Le jour du nouvel an, les narcisses sont en fleurs.

** Wang An-shih (1021-1086), poète et homme d’état de la dynastie Song du nord

*** Lu Yu (733-804), poète de la dynastie Tang

 

Yang Wan li – 1127-1206

Le son de la pluie

Poèmes choisi et traduits du chinois par

Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988, 2008, 2017

http://www.moundarren.com/poeteschinois/yangwanli

vendredi, 06 mars 2020

Lu Yu, « La nuit du 18e jour du 7e mois, composé sur l’oreiller »

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« un éclair jaillit, il fait clair comme en plein jour

pas encore apaisé le tonnerre gronde

les nuages défilent confusément puis disparaissent

lentement monte la lune solitaire

dans les herbes couvertes de rosée des criquets conversent

le vent dans les branches effraie les pies

dès que la fraîcheur naît je me sens enfin à l’aise

je dors profondément jusqu’à ce qu’à la fenêtre il fasse jour »

 

Lu Yu

Le vieil homme qui n’en fait qu’à sa guise

Poèmes choisis et traduits du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1995, rééd. 2012

https://moundarren.com/livre/lu-yu/

vendredi, 10 janvier 2020

Lu Yu, « Écrit dans un moment de détente »

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« Un vieil homme allant sur ses soixante-dix ans,

En fait, tout pareil à un enfant

Qui cherche en sanglotant les fruits des monts,

Qui suit en éclatant de rire les mimes des villages,

Ravi d’ajouter avec d’autres des tuiles sur le stupa,

Debout, seul, se mirant dans un petit bassin,

Qui prend entre ses doigts un livre usé à lire,

Embrouillé comme s’il allait étudier à l’école… »

 

Lu Yu – 1125-1210

Traduit du chinois par Stéphane Feuillas

in Anthologie de la poésie chinoise

Pléiade / Gallimard, 2015

mardi, 19 novembre 2019

Chen Zu-ang, « Deux poèmes »

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Wang Shimin, 1653

 

« Quittant un ami par une nuit de printemps

 

La fumée bleue de la bougie d’argent

La coupe d’or digne d’un vin unique.

Sortir vibrant aux luths et aux cithares

Se séparer pour sillonner le monde.

La lune sombre au-delà des grands arbres

La Voie Lactée fond dans le ciel de l’aube.

En route vers Lo-yang — tristesse douce

À quand une soirée de retrouvailles ?

 

Chanson en montant sur la terrasse de Youzhou

 

Devant on ne voit pas l’homme d’avant —

Derrière on ne voit pas l’homme d’après. —

Pensant aux cycles infinis de l’univers

La solitude amère et les larmes qui coulent. »

 

Chen Zu-ang — 661-702

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

https://inculte.fr/produit/ombres-de-chine/

mercredi, 13 novembre 2019

Meng Jiao, « Songe d’automne »

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« Le vieillard change du matin au soir

À osciller entre mourir et vivre.

Assis — un peu de vin — il se repose

Couché — mille visions le vide même.

La vue trop faible pour voir à la porte

L’ouïe trop fragile pour percer le vent.

Il est comme sa propre image peinte

Inapte à ressentir la même chose.

Tous les élans se sont finis en larmes

Mais il rêve une mort légère et blanche

Loin isolé de ses amis lettrés

Si proche des ermites des montagnes.

Ici le vert porte le deuil en jaune

Toute trace de vie est déjà loin.

Mais les saisons sans cesse se chevauchent

Mille songes bizarres se mélangent.

Au Sud jadis — léger — devant la mer

Au Nord — ici — pauvre — dans les rocailles.

Vieux souvenirs partis au gré des fleuves

La nostalgie d’un homme à son déclin

Attaché à l’automne du Sung-shan.

La houe ne suffit pas à le nourrir

Les habits de feuillage sont informes

Le tissu de poussière — irréparable.

Qui comprendra les poèmes anciens ?

Cachés dans les bambous démons et spectres

Le fer tranchant transformé en dragon…

Le lettré ambitieux a mille rêves

Mais la misère vient d’un cœur pervers

La poésie mène aux habits troués

Et là — près de mourir — toujours un gosse.

Faire de la musique — pas du bruit

Le bruit rend sourd écarte de la Voie

Ces mots sont un brasier au fond du cœur

On les écrits au sommet des montagnes. »

 

Meng Jiao, bien que plus âgé, était dans le cénacle de Han Yü (cf. le post précédent), où il avait la place de vieux sage sans aucune ambition politique.Ils ont beaucoup écrit ensemble.

 

Meng Jiao — 751-814

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

https://inculte.fr/produit/ombres-de-chine/

lundi, 11 novembre 2019

Han Yü, « Ivre retenant Meng Jiao* »

han yü,

 

« Dès le moment où voici des années

     j’ai découvert Li Po avec Tu Fu

J’ai toujours regretté que ces deux-là

     n’aient pas pu vivre ensemble plus longtemps

Nous sommes nés tous deux dans le même âge

Et nous suivons la voix qu’ils ont suivie.

 

Toi tu n’as pas de poste tu t’en vantes

     fierté bizarre de tes cheveux blancs

Moi je suis plus malin pourtant j’ai honte

Vigne verte appuyée sur un grand pin.

Baissant la tête je te rends hommage

Puissions-nous être la main et le gant

Mais tu ne tournes même pas la tête

Autant vouloir faire tinter la cloche

     en la frappant avec un brin de paille.

 

Je voudrais que mon corps soit un nuage

     et que toi tu te changes en dragon

Moi je te poursuivrais au bout du ciel

Et si nous nous quittons pour le moment

     c’est là que nous pourrons nous retrouver.**»

 

* Meng Jiao est un poète, ami de Han Yü. Nous en donnerons une page très prochainement.

** Cette fin est une référence au poème de Li Po, Buvant seul sous la lune, dont on pourra lire, en suivant ce lien, deux traductions.

http://www.unnecessairemalentendu.com/archive/2016/02/13/...

 

Han Yü — 768-824

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

https://inculte.fr/produit/ombres-de-chine

mercredi, 06 novembre 2019

Lu Zhaolin, « Le dur voyage »

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« Quand vous sortez par le nord de Chang An

      pas loin du pont qui enjambe la Wei1

Ne voyez-vous cet arbre sec et nu

      abattu dans un champ laissé en friche ?

Aux jours anciens il s’inondait de rouge

      et puis le rouge devenait du pourpre.

Les brouillards de l’hiver s’y attardaient

       il retenait les brumes de l’été.

Sous le vent du printemps sous la lumière

      ses fleurs étaient d’une blancheur de neige

Un bruit constant — des chars ornés de jade

       des palanquins de bois aromatique

Vit-on jamais passer un voyageur

      qui oubliât d’en casser un rameau ?

Vit-on jamais une belle chanteuse

       passer sans en briser une brindille2 ?

Dragons brodés sur les robes des belles

      perles sur le bandeau de leur poitrine

Et selles argentées des jeunes nobles

      des milliers qui passèrent devant lui.

Dans ses fleurs une à une les orioles

      dissimulaient pudiques leurs chansons.

Les merlebleus y venaient couple à couple

       ils jouaient là avec leur tout-petits.

Ses branches longues d’un millier de pieds

      ses frondaisons larges d’une centaine.

On voyait sous ses feuilles de corail

      se réfugier les canards mandarins3

Et les phénix qui nichaient dans cet arbre

      élevaient d’âge en âge leur lignée.

Les nids tombèrent les rameaux cassèrent

      et les phénix ont fui vers d’autres cieux.

Des rameaux secs on vit tomber les feuilles

      livrées à tous les vents qui s’agitaient.

Un beau matin il s’est retrouvé nu

      et plus personne n’est venu à lui.

Il entre dans l’éternité des ruines

      cela qui peut se le représenter ?

Dans notre vie nos désirs et nos gloires

      tout est soumis au temps qui se déroule.

Passés en un éclair en cet instant

      se reposer sur eux est impossible.

Quelqu’un peut-il arrêter le soleil

      quand il passe au-dessus des Monts de l’Ouest ?

Quelqu’un peut-il arrêter le courant

      quand il s’écoule vers les mers de l’Est ?

Sur les tombes des Hans les arbres poussent

      comme ils recouvrent le pays des Qin4.

Tous ils arrivent passent disparaissent

      tous méritant une lamentation.

Depuis toujours chaque année les grands princes

      ont ramassé des montagnes de riz.

Et chacun d’eux prévoyait que sa gloire

      devrait briller jusqu’à la fin des temps.

Où voyez-vous leurs lèvres écarlates

      où à présent la beauté de leurs traits ?

Qu’entendez-vous à part les sources jaunes5

      et les buissons d’épines de leurs tombes ?

Un jour viendra votre or vos zibelines

      seront vendus pour acheter du vin

Les fleurs flocons de jade se répandent

      en mille et mille pièces dans le vent.

Ce qui est dit est adressé à vous

      qui officiez dans les palais des dieux.

C’est au moment où votre vie bascule

      que vous verrez qui sont vos vrais amis :

Ne violez pas l’enceinte du palais

      restez loin de l’entrée du Dragon Bleu.

Ce que soi-même on a de mieux à faire

       c’est de se retirer dans la montagne.

Toujours les cieux les îles immortelles

      aucun espoir — trop haut beaucoup trop loin.

Quand pourrons-nous nous retrouver encore

      liés si pleinement de cœur à cœur ?

Vivre comme a vécu le roi Yao

      aussi longtemps que lui et aussi sage6.

Être Yü être Ch’ao vivre en ermite7

      ne plus jamais quitter leur vie à eux. »

 

1. La wei est la rivière qui coule à Chang An.

2. Dans la tradition chinoise, on casse une brindille de saule au moment de l’adieu

3. Les canards mandarins sont associés à l’amour conjugal.

4. La dynastie des Hans avait succédé à celles des Qin qui avaient fondé l’Empire chinois.

5. Les sources jaunes sont le séjour des morts

6. Ce roi mythique, modèle antique de la sagesse, passe pour être monté sur le trône à l’âge de vingt ans et être mort âgé de cent dix-neuf ans.

7. Yü et Ch’ao sont deux ermites mythiques. Ch’ao-fu, surnommé « le père au nid » vivait dans un arbre pour ne pas vivre avec les hommes. Hsü Yu s’est lavé les oreilles quand on lui a demandé de gouverner le monde.

 

Lu Zhaolin — 634-684

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

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lundi, 04 novembre 2019

Li Shang-yin, « Lune d’automne »

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« Sur le bassin et derrière le pont

Elle l’inoubliable l’adorable.

Le rideau s’ouvre lumineuse nuit.

Rouler la natte — c’est le froid qui pointe.

Où la lumière coule — fleurs d’eau vive

Où luisent ses rayons — arbres-nuages.

Cheng E* sans rouge aux joues sans sourcils peints

Se montre fière dans sa vraie nature. »

 

* Personnage de la mythologie chinoise Cheng E, épouse de l’Archer Céleste Yi, est la déesse de la Lune. Leur histoire est très belle & très triste. (Note du blogueur)

 

Li Shang-yin — 812-858

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

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samedi, 02 novembre 2019

Po Chü-i, 3 poèmes sur la vieillesse 

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« Sur la vieillesse, envoyé à Meng-té*

 

Nous voici tous les deux dans la vieillesse.

La vieillesse comment la définir ?

On voit trouble on se couche le premier

Parfois on sort on s’appuie sur sa canne

Sinon on est cloîtré à la maison.

On se détourne d’un miroir trop neuf

On ne lit plus que les gros caractères.

On pense aux vieux amis de plus en plus

On ne fait rien de ce que font les jeunes.

Une passion nous reste – bavarder

On s’y adonne quand on se retrouve.

 

* Meng-té est le deuxième nom d’un des amis les plus proches de Po Chü-i, Liu Yü-xi (772-842)

 

Ému par ma vieille barque de Suzhou*

 

Les poutres peintes se sont abîmées

                  et la fenêtre rouge tient à peine.

Je reste assis au bord de mon bassin

                  je le regarde du matin au soir.

La barque de Suzhou que je gardais

                  a eu le temps elle aussi de pourrir.

Si nous en sommes là par quel miracle

                  mon corps pourrait-il être mieux portant

 

* Po Chü-i avait été victime d’une attaque cérébrale qui l’avait laissé à moitié paralysé

 

Fin de l’année

 

Fin de l’année vieil homme aux cheveux blancs

Ses compagnons – neuf sur dix dans la tombe.

Tant pis son corps malade il le supporte

C’est mieux que pas de corps à supporter. »

 

Po Chü-i (Bai Juyi) – 772-846

in Ombres de Chine

« Douze poètes de la dynastie Tang (680-870) et un épilogue »

Choix, traduction et commentaires : André Markowicz

Inculte / Dernière marge, 2015

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dimanche, 27 octobre 2019

Li Po, « Neuvième jour du neuvième mois »

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« aujourd’hui les nuages et le paysage sont superbes

les eaux sont vertes, les montagnes d’automne lumineuses

j’ai emporté un pichet de vin Nuées des immortels,

et cueilli des chrysanthèmes épanouis dans le froid

l’endroit est retiré, au milieu de pins et de rochers antiques

le vent clair se lève, résonnent la soie des cordes et le bambou des flûtes

je regarde dans ma coupe le reflet de mon visage réjoui

riant seul, à nouveau je me sers

ivre mon bonnet tombe, la lune au-dessus de la montagne

nonchalant je chante, songeant aux parents et aux amis »

 

Li Po

Buvant seul sous la lune

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1999, réédition 2018

https://moundarren.com/livre/li-po/