UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 30 janvier 2011

Bon anniversaire Sophie

Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Sophie.

Pour le fêter un extrait d'un récit en cours :

 

ancolie.jpgEn début d’après-midi, le soleil ayant tenté une légère mais certaine percée, Lucien se met au boulot dans son potager. Gabrielle fait la sieste. Il sème en godets, repique, bine et bichonne. Il cueille sur ses deux lilas un bouquet bleu et blanc pour la table de la salle à manger. Il réduit de moitié les tiges qu’il a coupées. Lucien ne laisse rien au hasard dans son potager, un peu jardin quand même, mais pas trop.

Quand ils étaient petits les enfants demandaient toujours pourquoi il n’y avait pas de pelouse dans leur jardin. Immanquablement Gabrielle disait, en fronçant les sourcils pour se donner l’air sévère :                  

– La pelouse, c’est bon pour les jardins de richards et nous nous n’avons pas un jardin, mais un potager.

Lucien ne relevait pas.

Et Georges ronchonnait :

– Pour jouer au foot il faut bien un peu de pelouse quand même. On ne peut jamais jouer au foot ici.

Et il regardait son père en coin. Mais Lucien ne voulait pas se disputer avec Gabrielle. Après tout, la maison venait de la famille de sa femme, alors il n’allait pas s’opposer, non, il se sentait plus locataire que propriétaire, il savait bien qu’il vivait chez sa femme, son beau-père lui avait assez fait sentir.

Mais Lucien sait qu’il y a dans son potager des bruissements d’ailes qui en font un jardin, un vrai jardin, un lieu où l’on peut entendre des rires frais, des rires sains, où l’on peut avoir le joli sourire d’un chasseur de papillons… lorsque sa femme n’y est pas.

Elle n’y vient du reste pas souvent. Tout au plus pour un tour, court chaque midi et plus long le dimanche soir, bras passé dans celui de son mari qui lui nomme tout ce qui y pousse, tout ce qui bientôt sera consommé à la table familiale.

Ce matin, pour la première fois, les ancolies se sont ouvertes fières et délicatement dessinées au bout de leurs longues tiges souples. Les fleurs du saint-Esprit la veille de Pâques, Lucien aime cette coïncidence. Il les montre à Gabrielle lors du petit tour de midi. Puis ils rentrent déjeuner, des œufs au vin avec un peu de polenta.

 

* * *

 

 

Tchang-seng a travaillé toute sa vie. Il a chanté les louanges du président Mao, de la Longue Marche (pendant laquelle il est né), de l’Armée populaire de libération, du Grand Bond en avant — pendant lequel comme des millions d’autres il a bien faillit mourir de faim —, de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne. Il a été maltraité par les Gardes rouges et il ne leur en tient pas rigueur, il a lu tant et plus le Petit livre rouge, puis il a loué les politiques de réformes économiques, secrètement apprécié les manifestations de la place Tian’anmen, et aujourd’hui, après la fermeture de l’usine de papier, il est de force à la retraite et vit tant bien que mal avec 966 yuans mensuel et 30 mètres carrés de terre derrière la maison, que son père avant lui habitait, où il fait pousser quelques légumes et quelques fleurs pour l’harmonie, dont une vraie collection d’ancolies qu’il hybride tant et plus avec une patience rare et des résultats étonnants. Ses voisins ne le prennent guère au sérieux sauf madame Tching a qui il offre, à la saison, des bouquets de sa fleur préférée. Elle en porte toujours une dans un sautoir en forme de bonnet de fou pour contrecarrer les sorciers et les mauvais sorts. Tchang-seng aime cette fleur qui ne supporte pas  d’être disciplinée… lui qui a tellement dû l’être, tout au long de son existence, pour avoir une chance de vivre encore. Madame Tching aime bien son voisin qu’elle prend pour un simple mais qui cultive de si belles fleurs et de si bons légumes dans son minuscule terrain.

C’est la Neurasthénine qui a maintenu Tchang-seng en vie. Depuis ses dix-huit ans il en prend chaque jour, plusieurs fois, et le liquide lui laisse autour de la bouche un rond jaunâtre, comme après une chique de tabac.

C’est la Neurasthénine qui a maintenu Tchang-seng en vie et le désir pour Madame Tching. Un désir secret car Tchang-seng se disait qu’on ne pouvait certainement pas posséder une telle femme lorsque l’on était un ouvrier si modeste, un moins que rien que le temps et les tâches les plus ignobles épuisaient. Quelle femme aurait bien pu le désirer, lui, ne serait-ce même que le regarder, avec sa bouche maculée de jaune, ses dents  gâtées, ses mains calleuses et si rêches, si épaisses, si lourdes. Des mains pour piocher, couper, frapper, pas des mains pour caresser. Les caresses, voilà quelque chose que Tchang-seng ne connaissait pour ainsi dire pas. Sa mère l’avait abandonnée pendant la Longue Marche dans la cour d’une ferme. Il avait été, tant bien que mal, élevé là par un couple rustre mais qui l’avait nourri sans rechigner, mais sans affection non plus.  Plus tard, la conscription sauvage, sans limite, les longues années d’armée l’avaient éloigné de ce monde pour un univers encore plus dur. Il avait gravi les montagnes du Tibet, tiré sans vergogne sur la population, c’est la guerre lui avait-on dit, ne réfléchis pas, fais ce que tu dois. Puis il était revenu dans la modeste exploitation agricole de la province de Hunan, à deux pas du fleuve Yangzi Jiang, et l’homme lui avait donné son nom, était devenu son père. Aujourd’hui la ferme avait disparu et seuls quelques mètres carrés derrière la masure lui rappelaient sa jeunesse lorsqu’il courait de l’étable aux champs.

Extrait de : Une ancolie jamais n'abolira le hasard

mercredi, 22 juillet 2009

Exposition Sophie Chambard

 

Invitation au vernissage de Sophie CHAMBARD
le jeudi 30 juillet 19h


Galerie Jean-François Meyer
43, rue Fort-Notre-Dame, 13001 Marseille
tel : 04 91 33 95 01

 

sophie Chambard.jpg


 

 

dimanche, 22 mars 2009

L'Affiche de poésie en ville

Durant le Printemps des poètes, l'Affiche de poésie n° 49, réalisée par Sophie et Claude Chambard est à voir à Bordeaux, dans des panneaux Decaux.

IMGP0796.JPG

mardi, 02 décembre 2008

Deux distiques pour un papillon

pap Rimb grand.JPG









incandescence d'encre vive
ces mots papillons, suspendus


Entre le sang et l'encre -
quelque chose de l'éphémère.

samedi, 18 octobre 2008

Exposition Sophie Chambard – bibliothèque de Bassens

Expo Papillons.jpg

dimanche, 29 juin 2008

Les papillons ne meurent jamais

affiche 49e_basse_def.jpg
 
Vient de paraître L'Affiche n° 49
Les papillons ne meurent jamais
par
Sophie & Claude Chambard
tirée en sérigraphie, format 120x176, 40 €

dimanche, 08 juin 2008

Invisible

IMGP0557.JPG

À partir du manuscrit de Le chemin vers la cabane, Sophie a fait cet "invisible" qui sera dans le livre et sur la couverture.

mercredi, 04 juin 2008

L'Affiche, ébauche

1522945583.JPGButterflies that I feel inside me. Tous les papillons sont éclairés, sauf un. Il attend, il guette. Vous le voyez ? Il a des ailes. Il vient de traverser l’allée. Il s’est camouflé dans les sauges rouges. Il se protège. Il ferme ses ailes, les claque l’une contre l’autre. On ne voit pas ses yeux.  Il est vivant, mais on ne voit pas ses yeux. À l’extrême bord du regard, je connais son nom, mais à l’extrême bord de la voix je ne peux pas le dire. Des essaims d’yeux passent sur lui & ne peuvent pas le nommer. À l’extrême bord de ses yeux, le ciel tient ses promesses. L’aile & l’aile, la fleur & la fleur, le ciel & le ciel, la vie des papillons. Voler dans le flux de l’air bleu, c’est la mélancolie du papillon. Porter les lettres d’amour de cœur en cœur, c’est la mémoire du papillon. Il arrive que le papillon se trompe de destinataire, c’est la liberté du papillon. Les mots d’amour ne s’attrapent pas au filet, c’est pourquoi la poste préfère qu’ils soient envoyés en recommandé avec accusé de réception. Les papillons ne sont pas des facteurs, ils distribuent les mots d’amour gratuitement parce que l’amour n’a pas de prix. Les ailes des papillons chatouillent les jambes des filles, les ailes des papillons chatouillent les joues des filles, les ailes des papillons sont désirables & désirés. Les papillons & les mots d’amour sont indispensables aux êtres qui se penchent, qui tombent, qui renoncent à l’évasif, à l’excédent, à la falsification. Ils aiment les papillons, les mots d’amour & mêler les langues. Ils sont l’avenir.
 
Texte et photographie des boîtes à papillons avec mots d'amour,
éléments constitutifs, avant montage,
de l'Affiche n° 49, Sophie & Claude Chambard,
à paraître en juin au bleu du ciel.

mercredi, 30 avril 2008

Papillons de mots sur le site d’Emmanuelle Pagano

“ Sophie Chambard a une drôle de manie d’art : elle met des faux papillons en boîte. Papillons de papier, papillons de mots.

Il y a quelque temps, son mari lui a donné une image du manuscrit des Mains gamines téléchargée chez Armand Dupuy, et, comme elle avait aimé Les Adolescents troglodytes, elle en a fait des papillons… ”

 

PapillonsSophie1.jpg

 
La suite sur http://lescorpsempeches.net/corps/?p=249

mardi, 19 juin 2007

Sophie Chambard, boîtes à papillons, exposition du 15 mai au 8 juin 2007, château Bonnefont, Talence

c4d96813e4f5238abfa9765416d826ef.jpgChère Toi : Il faut se pencher pour continuer à vivre. Ce sont les premières lignes du jour. Ce n’est pas une mince affaire. Le visage tourné vers l’autre, une chance, une façon de garder le monde habitable, les plaisirs & les jours… Le visage tourné vers l’eau, je résiste, puis me laisse entraîner : battements d’ailes, battements du cœur qui résiste à l’anéantissement, vivre, contre l’oubli, envoyer des messages vers l’autre, une petite tentative pour figer le temps. Oui. Je m’exalte. Permets-moi de me perdre à mon tour. Il faut toujours garder une ouverture, un papillon peut s’y engouffrer.  Tout ce qui est proche dans tes boîtes, le vert, les feuillages qui bougent & que l’on ne perçoit pas puisqu’ils sont de l’autre côté du regard. Tes boîtes sont pleines de tous les mots que chacun a écrit, que tu as su attraper, qui sont devenus les tiens, à toi qui nous les restitues. Le papillon ne tombe jamais des mains, on l’aura remarqué. Crac ! obturé. Rien n’a bougé. Rien n’a bougé sauf l’amour. Un couple d’amoureux dans le paysage, nuée de papillons, on voit bien qu’ils sont sous la protection l’un de l’autre. C’est une histoire d’amour. «Mets tes petits bras, là, tout autour de mon cou, on ne pourra peut-être pas les dénouer» dit l’un ou l’autre à l’un ou l’autre. Il faut en convenir, y consentir, ces papillons sont des messages. Une page d’amour + une page d’amour + une page d’amour…  Quelque part, tout près du cœur. La lettre d’amour, rien d’autre. La lettre d’amour commencée il y a longtemps, une réflexion sur le temps, sur l’image, sur l’écriture, sur l’image & l’écriture de l’autre. Oui, comment le temps s’écoule… tel les éphémères dans le jardin des âmes, épouvantés de se trouver en lieux sauvages & étranges sans aide & secours de personne. Comment on devient soi-même, comment… S’écrire est une destination, s’aimer est la destination. Cette façon de dire : «Jamais je n’oublierai cette journée.» «Maintenant je sais où je suis.». Cette façon de s’étrangler de rire & aussi de pleurs puisque l’amour hésite entre conséquence  & inconséquence. Cette carte postale en boîte est une invitation à la correspondance amoureuse – to be affected with excessive love, love tenderly –, il suffit d’ajouter l’adresse ou, mieux, de la porter soi-même à destination en ayant l’air de rien. Peu importe cette autre histoire – cette autre intrigue – c’est la nôtre, c’est notre Histoire. Peu importe, si on nous demandait de brûler nos lettres nous avons les tiennes qui les contiennent toutes. Jamais notre histoire ne fut si jeune qu’entre tes mains. Jamais notre amour ne fut si jeune que dans tes boîtes, que dans les ailes de tes papillons, toutes espèces confondues. Tu nous écris, c’est ce qui compte, ce qui donne l’allure du monde – infime est ce qui sépare, un souffle ( a touch, a touch, écrit James Joyce ), ce n’est que cela, que fait donc la cohorte des anges ? –, la langue la plus charnue qui soit, la langue qui contient le plus grand nombre d’informations qui soit, des informations sur notre état. Un jour, je me souviendrai de la scène, je m’y perdrai au présent, c’est cela que tu nous répètes encore & encore, discrètement mais sans hésitation. Cette mémoire se souvient de nous, découpe nos fidélités aussi bien que nos infidélités & les colle à notre avenir où l’enfance est un rêve d’enfant. Nous ne pouvons pas nous tromper, nous allons vers la rencontre. Partout où nous sommes tes papillons nous précèdent, ils sont toujours frais & libres alors que nous sommes à bout d’arguments. Ils ne connaissent pas de décalage horaire, pas de mauvaises routes, pas d’incidents techniques. Ils ont le temps que nous n’avons pas. On les collectionne puisqu’ils vivront après notre disparition, qu’ils nous représenteront dans un monde où nous ne serons plus. Toutes les couleurs, toutes les matières, toutes les langues, toutes les philosophies sont les leurs. Ils racontent tout ce que nous ne pouvons pas dire, tout ce que nous ne pouvons pas comprendre, tout ce que nous ne pouvons pas savoir : Seul, nu, en cœur, en vue … Étoile errante. La merveille et l’obscur. Comme tout serait simple alors. Si tout pouvait n’être qu’ombre. Ni être ni avoir été ni pouvoir être. Du calme. La suite. Attention. Il n’est pas difficile de fermer les yeux, de ne plus trouver la face du jour, de multiplier les fragments d’obscurité. Se persuader que l’on est enchanté. Et après ? Amiral, nous avons un peu dérivé, ai-je dit. Encore ? dit-il. Cela en effet nous arrivait souvent. La seconde caravelle disparut aspirée par la grande mer océane. Amy Delurès envoie un baiser à son papa qui la photographie. Pourtant notre histoire est unique – plaisir, souffrance, folie, musique, secret, énigme, langues & sexes mêlés –, pourtant notre correspondance est unique – phrases, sens, énigmes, folies, langues & sexes mêlés –, pourtant nous vivons avec un bruit très particulier, unique, dans l’oreille, celui de notre cœur, celui de notre sang qui pulse, qui nous rappelle que nous sommes encore vivants. Qu’importe, nous vivons dans la langue même & c’est cela qui, ici, est exposé. La langue, la vie de la langue. La langue, l’histoire de la langue, le passéprésentfutur de la langue, un portrait de la langue en boîte de papillons. Papillons de papier, papillons d’enfance, papillons de rêve, papillons… ces papillons ne s’attardent pas dans les bois, dans les jardins, dans les haies, ils habitent entre les lignes de nos histoires, entre le rire & l’oubli, entre le symbole & le mystère, entre le réel & la folie du réel, entre le doux sentiment & le phantasme cru… Ils sont le lien entre générations, entre époques, ils interceptent les discours familiaux & les utilisent pour en restituer le meilleur, non sans une certaine ironie, une tendre ironie. Ils ne sont pas du côté de la haine, de l’injustice, de la concentration des pouvoirs, du parjure, de l’ignoble, tout au contraire ils nous entraînent vers ce que nous avons de plus partageable, de plus compassionnel. En deux mots, trois images, quatre bouts de papier, beaucoup de savoir faire, de sensibilité & d’enthousiasme, avec un sentiment esthétique net, une vraie intelligence du réel, à la juste jointure entre affectivité & réflexion sur l’art en soi, c’est à une correspondance, un autoportrait, un journal, une façon de calendrier… en un geste prodigieusement elliptique qui nous donne en même temps le monde, le texte et l’image, ce qui est dit dans le non-dit, ce qui est perçu dans l’invisible, ce qui est commun à chacun et qui est soudain révélé à tous, que tu nous invites à partager & ce partage est résolument utile & prodigieusement sincère car ces évènements n’eurent lieu à aucun moment, mais existent toujours.