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vendredi, 23 avril 2021

Un matin, un ami…

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Pascal Quignard & Aline Piboule, église saint-Michel-de-Montaigne, 29 août 2020 © cchambard

 

pour Pascal,

ce 23 avril 2021

 

Un matin, un ami, vers un ami le chemin n’est jamais long puisqu’il est simplement un morceau vivant de soi-même, l’ami on le voit chaque jour, dans les livres & dans les rêves, dans les yeux & dans l’oreille on l’entend depuis l’origine, c’est un ami depuis la plus petite enfance quels que soient nos âges nous nous connaissons toujours déjà, quelles que soient nos langues, quels que soient nos lieux – le lieu de l’amitié est un kraal, dans ce kraal dort l’ami, dans ce kraal l’ami écrit, dans ce kraal, qui est un pays sans langage, la nuit n’est jamais obstinément noire, c’est le lieu de la vie vivante où partager la vie secrète qui a la couleur & le parfum des mûres

 

Claude Chambard

inédit, extrait de Un matin, en cours

lundi, 22 mars 2021

Un autre monde : Claude Chambard

Les livres occupent chaque recoin de la maison, entassés, rangés. La bibliothèque est un palais. Nous sommes attablés dans la salle à manger. Le café est chaud. Je sais déjà que je ne pourrai pas tout raconter de cet amour des livres qui rend cet homme si vivant, son regard si brillant et son rire si clair. Claude Chambard est un insatiable lecteur. Un lecteur veilleur et généreux.

Propos recueillis par Lucie Braud

 

Vous souvenez-vous du premier livre que vous avez eu entre les mains ?

Claude Chambard : Je m’en souviens et je l’ai toujours. Tout ce qui était à moi a pourtant disparu lorsque ma grand-mère a vendu la maison de famille. Par un extraordinaire hasard, ce livre a survécu et je l’ai retrouvé après sa mort. C’est ma marraine qui me l’avait acheté à la Noël 1954 qui précéda mon entrée au cours préparatoire : Histoire de Monsieur Colibri (Gründ, écrit par Marcelle Guastala et imagée par Suzanne Jung, 1947). […]

La suite de cet entretien dont m'honore Lucie Braud est ici http://1autremonde.eu/project/claude-chambard/

accompagné trois lectures audios de brefs extraits, par mes soins, de Vie secrète de Pascal Quignard, L'Orphelin de Pierre Bergounioux & Les Corps vulnérables de Jean-Louis Baudry & d'une poignée de photographies prises par Lucie de ma bibliothèque avant son rangement dit "du confinement".

Bonne lecture & mille mercis à Lucie Braud & à son association L'Autre monde.

 

samedi, 30 janvier 2021

Un matin, simplement un matin

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© Sophie Chambard

 

pour fêter l’anniversaire de Sophie, ce 30 janvier

 

Un matin, simplement un matin, frais, un peu ensoleillé, les oiseaux sont de la partie, l’enfant est vivante, elle fait des petits baisers avec ses petites mains potelées & son petit sourire transperce la bêtise & la méchanceté, tu sais, elle dit les mots d’amour, elle dit framboise & pistache d’Égine, elle mâche lentement, on pourrait croire qu’elle déguste déjà ses souvenirs, elle ne pleure pas ou alors lorsqu’il n’y a personne, elle rit souvent en regardant les papillons aller de fleur en fleur, aspirant les sucs qui arrondiront son ventre, elle parle de vie, ce n’est pas facile une vie, elle sait déjà que c’est une tâche très ardue qui nécessite que l’on partage la grâce du chat qui s’étire

 

Claude Chambard

inédit, extrait de Un matin, en cours

samedi, 12 décembre 2020

Un présent,

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© : cchambard

 

pour mon merveilleux filleul Valère,

ce 12 décembre 2020

 

Un présent, enveloppé dans un papier d’hier, que l’on utilisera demain, un présent, c’est l’enfance qui revient, c’est un jour sans brouillard, une soupe sans caillou, de la neige à Noël — Pâques aux tisons, Noël au balcon —, c’est dormir tout habillé & se réveiller frais comme un nouveau baptisé, s’endormir comme un saint & se réveiller comme un diable, un présent c’est une promenade au bord du canal, sa petite main dans une bien large & rassurante, croiser péniches & boulonnais sans changer d’époque, cueillir des fruits mûrs sur des arbres généreux de toute éternité, c’est le texte bienvenu avant même d’avoir été écrit

 

Claude Chambard

inédit, extrait de Un matin, en cours

dimanche, 06 décembre 2020

Je rêve de trouver, un matin…

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Shi Tao, vers 1700

 

pour fêter l’anniversaire de mon ami Tristan Hordé,

ce 6 décembre 2020

 

Je rêve de trouver, un matin, le journal intime du merle & à l’hiver celui de son ami le rouge-gorge – le rossignol chante trop pour avoir le temps de noter quoi que ce soit, il est déjà ivre de lui-même –, ce serait comme un voyage au monastère du Dragon Bleu, le style en serait leste & sans mauvaise contrainte, dix mille mots y bâtiraient quelques phrases essentielles, je ne divulguerais rien, même sous la torture, comme il est d’usage de dire, le merle est un frère des coteaux du sud, le rouge-gorge des coteaux du nord, leurs journaux, ceux qui m’intéressent, disent les embuscades & les tranquillités du jardin & des forêts de la Chique

Claude Chambard

inédit, extrait de Un matin, en cours

 

vendredi, 04 décembre 2020

Un matin, dévaler encore…

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pour fêter l’anniversaire de mon ami Lambert Schlechter,

ce 4 décembre 2020

 

Un matin, dévaler encore, la page & la vie, descendre le pichet de vin du vieux Li Po avec l’ami Shen Fu, toujours boire avec un compagnon & chanter avec lui dès que la lune se lève pour égayer le ciel sans limite comme l’amitié, loin de notre pays natal, vieux camarade, nous essayons de ne pas laisser la tristesse nous envahir, il fait frais, allumons le vieux poêle, le cœur est voyageur, d’est en ouest, de rivière en rivière, cette douceur de vivre près des vignes, tout à côté des forêts, nous avons marché longtemps, songeant à nos amis éparpillés qui sont enfin rentrés chez eux, nos livres se confondent, c’est la voix qui est l’identité du poème

Claude Chambard

inédit, extrait de Un matin, en cours

jeudi, 13 septembre 2018

David Collin, « Vers les confins »

david collin,vers les confins,claude chambard,hippocampe

DR

 

Cartographie des espaces cachés


« La ville participe aux rêves exploratoires des espaces cachés. La phrase est une énigme. Tracée par un dormeur qui cartographie sa mémoire. Voyageant sur les plans superposés de villes d’ombres et de cités parcourues, le rêveur interprète la nuit ce que les villes lui révèlent dans les images du jour. Par apparitions successives. Tel un détective qui sait lire dans les visages comme dans les haussements d’épaules, les légères inflexions d’une nuque, le rêveur enquête et rêve à tout moment. De jour comme de nuit, il marche dans la ville, se nourrit de ce qu’il voit, de ce qu’il ne voit pas encore. Que voit-il ? Ce que personne ne regarde : fissures et lézardes, ce qui passe au loin, ce qui apparaît dans l’horizon, les détails insignifiants d’un toit, d’un chemin, l’accumulation des regards au coeur du trafic, les affiches arrachées, la présence d’objets incongrus, l’annonce d’un bouleversement infime, les mouvements chorégraphiés des passants, des gestes minuscules aux grandes enjambées, les respirations des foules, une infinité de petits évènements qui constituent la vie d’un lieu, et des innombrables lieux qui composent la ville, les plis et replis de sa propre mémoire.

Je suis le rêveur. Je marche éveillé et somnambule, les yeux grands ouverts sur les images qui se ressemblent et s’additionnent. Les déjà-vus se répondent, les signes s’entrecroisent et disent l’inaperçu des cités, le sens caché de nos inquiétudes.

Indices, graphes élimés, traces de mots brisés, les affiches des villes étrangères offrent quelques-uns des puzzles et des messages les plus mystérieux qui soient. Les agrégats de papiers à moitié déchirés répètent sur mille façades leurs slogans tronqués. J’y cherche quelques ressemblances, quelques signaux m’indiquant la carte secrète d’une ville que j’ai peut-être déjà en moi.

Les murs parlent, les affichent s’étiolent. Seules subsistent les traces blanches des mots effacés par le temps, des slogans désuets. D’autres signes apparaissent. Les visages reviennent du passé, l’histoire se manifeste dans les restes d’un mot, dans les bribes d’un slogan politique, dans quelques idéogrammes menaçants, témoins d’un temps plus rigide. Mon regard s’arrête sur cette partie infirme du mystère de la ville. Quelque chose veut parler, qui n’a pas été complètement détruit. La mémoire est une respiration. Un battement secret qui surgit au coin d’une rue.

En tous points de la cartographie, la ville trace de grandes diagonales entre les questions. Les panneaux indicateurs se télescopent, ouvrent de nouvelles énigmes. Un nom surgit, une succession de noms ouvrent des portes sur l’imaginaire. En dedans, se compose un agrégat de matières qui rebondissent et bouillonnent, écho des mystères intérieurs situés dans les zones jamais explorées de soi, mais qui trouvent pourtant là, dans le cheminement urbain et lointain du flâneur, quelques fragments de réponse.

Lève la tête voyageur, interprète le ballet des grues, suis les fils électriques et démêle les noeuds des carrefours, marche, marche, vois les tours, les rêves démesurés et inhumains penche-toi sur l’épaule des joueurs qui sur un damier reproduisent celui des villes, remettent en jeu les courants et les circulations. Lis dans les tasses vides le destin de la journée qui vient, admire tout imprimé, tout signe qui dit la ville et les hommes qui en parlent, décide dans les graffitis et les messages gravés par les amoureux, à quelle prochaine intersection tu décideras de confier tes pensées. Les traces cruelles des vies passées, témoignent d’une absence jamais comblée. »

 

David Collin

Vers les confins

Postface de Claude Chambard

Hippocampe, 2018

http://www.hippocampe-editions.fr/actualites/507-david-co...

jeudi, 02 juin 2016

Septain — des flux — de Vézelay

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© : cchambard

 

Premiers jours de juin cette année ci.

Ils donnent à voir un visage du monde gris, assez irréel.

On se sent fébrile sous la pluie incessante.

La route est coupée, les champs sont inondés – en bas.

Qui suis-je pour savoir si les flux sont bienveillants

ou malveillants

ou neutres…

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

mercredi, 01 juin 2016

Septain – humide – de Vézelay

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© : cchambard

 

Cinquième mois. Pluie sans cesse, de toits en vallées.

Montées des brumes. Deux coulées de musique.

Rythme sur le zinc & les tuiles plates.

La vallée s’amuse à tourner le dos à la basilique inquiète.

J’écoute la pluie, le vent. La maison grince.

Un rêve de printemps. La même scène le matin.

Des choucas, des coquelicots, des roses, des statues & des gouttes, des gouttes.

 

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

mardi, 31 mai 2016

Septain – dit du Voisin – de Vézelay

claude chambard

© :cchambard

 

Lire le jardin chaque jour.

Déchiffrer la partition simple & complexe des oiseaux.

L’œil étonné, vif, scrutateur, inquiet.

Crainte de la catastrophe.

Crainte de l’éblouissement. Joie de l’éblouissement.

Ne pas se fourvoyer est le minimum.

L’oiseau l’exemple.

 

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

samedi, 26 mars 2016

Les Carnets d'Eucharis, "portraits de poètes"

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Les Carnets d’Eucharis n° 48 viennent de paraître. Au sommaire, outre un joli dossier consacré à Charles Racine, vous trouverez des réflexions sur le travail de nombreux poètes, des poèmes français & traduits, des photographies, des notes de lecture etc. J’ai eu l'honneur d’être interrogé par Tristan Hordé – quatorze questions accompagnées d’un extrait d’un texte inédit : C’est nu, c’est de l'encre – pages 124 à 134 – et j’y parle de l’œuvre de mon amie Hélène Mohone, disparue en 2008 – pages 42 à 46. J’y suis bien accompagné par Isabelle Baladine Howald, Jacques Estager, Jacques Sicard, Angèle Paoli, Laurent Magentin etc. & bien sûr par Nathalie Riera qui anime inlassablement cette série.

Voici deux questions & leurs réponses extraites de l’entretien. Pour lire le reste : http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/media/01/02/425...

 

Venons-en à tes livres. Comment est née l’idée de Un nécessaire malentendu ?

As-tu lu mon Élégie de Pontlevoy ? J’ai reçu un jour au Centre régional des lettres d’Aquitaine, où je travaillais, un dictionnaire des noms de lieux publié par Fanlac et j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelque chose qui était fait pour moi dans ce livre. Dans les mois qui ont suivi, j’ai développé un projet en cours et écrit Élégie de Pontlevoy, sous-titré « élégie toponyme, I ». Les noms de lieux me fascinaient, jamais je n’avais pu les faire entrer dans ce que j’écrivais. Grâce à ce livre c’était possible.

Ensuite, après quelques élégies, j’ai changé mon écriture, mais elles sont entrées, sous une autre forme, dans mes livres. Cette première élégie est fondatrice de ce qui suit, parce que tous ces noms de lieux qui me plaisent tant sont liés à l’enfance. Ces noms me permettent de retrouver des éléments fondateurs de mon existence. ‘’Les Couardes’’, c’est un lieu qui existe, comme tous les autres qui reviennent régulièrement, et il y a constamment des noms de lieux dans tous les volumes du Malentendu. J’ai été très longtemps un collectionneur de cartes IGN [Institut Géographique National] et je passe encore des heures à les regarder, les lire, c’est de la pure poésie une carte IGN.

J’ai déplacé le sujet vers une pseudo histoire familiale, parce qu’évidemment ce que j’écris ne reprend qu’une toute petite partie de l’histoire de la famille. Je m’amuse à coller le plus possible au réel, celui des lieux notamment, pour mieux m’en détacher, ce qui me brouille avec ma propre histoire — je ne suis plus très sûr de ce qui est vrai ou non..., ce qui pose la question du réel dans sa propre vie. Avec le temps, j’ai créé un ‘’pays’’, un résumé des lieux parfois très éloignés qui m’importent et que je réunis autour de entrelesdeuxrivières, de cette ‘’Montée des Couardes’’. Un territoire très vaste dans le monde puisqu’il va du Sénégal à la Côte d’Or en passant par la Touraine, la Petite Sologne, l’Yonne, Bordeaux…, et qui est ramené à la dimension d’un canton dans mes livres.

 

Six volumes ont paru de ce ‘’nécessaire malentendu’’. Où en es-tu aujourd’hui ?

En ce moment je travaille sur trois volumes, et tous autour de noms de lieux. L’un sera constitué de douze chapitres, sans images — le texte ici devenant l’image même —, de douze pages chacun, et chacun porte le nom d’un lieu qui m’est cher. Dans un autre volume, plutôt sous la forme d’un journal, avec des paragraphes de quelques lignes, la présence de noms de lieux est dominante. Enfin le troisième, plus ‘’poétique’’ peut-être, est une façon de restitution — de reconstitution — de noms de lieux et de familles.

Par ailleurs, je viens d’écrire un texte pour André Jolivet sur Bordeaux qui est une déambulation à partir des noms de rues et tous ces noms font sens entre eux. Dans un de mes périples dans la ville, je me suis trouvé un jour devant une ‘’Impasse de la fraternité’’ — j’en aurais pleuré... ; quel est l’imbécile qui a donné ce nom ? Et j’ai évidemment intégré ce nom, comme j’ai intitulé un livre Allée des artistes, nom qui existe dans un cimetière. À Bordeaux, on peut passer par la rue des Étrangers avant d’arriver Impasse de la Fraternité…, une impasse pour la Fraternité ça fiche un peu par terre une rue pour les Étrangers…

Tristan Hordé / Claude Chambard

Les Carnets d’Eucharis, 2016 / n° 48
16x24 ; 248 p. ;  illustré ; 19 €

lundi, 19 janvier 2015

Pour Claude Rouquet

claude rouquet,claude chambard

Claude & Claude, juillet 2014 © Sylviane Sambor

 

 Claude, mon copain,

 

Depuis que tu as fait ta dernière galipette, mercredi, je me suis plongé dans la bibliothèque que tu as constitué au cours des 21 années & des poussières où, ayant quitté la chaussure — qui t’avait néanmoins fait rencontrer Sylviane, l’amour de ta vie, & appris le sens des affaires — ayant quitté la chaussure donc, tu avais décidé de consacrer le reste de ta vie à publier les manuscrits que tu aimais. Je puis donc dire, même si c’est facile, que ce catalogue qui s’est constitué par la grâce de tes coups de cœur & de ta remarquable mauvaise foi, te ressemble & c’est bien le moins. Au-delà de cette ressemblance ce catalogue est la vitrine lumineuse de tout ce que tu aurais pu écrire, que tu nous a donné en partage & qui constitue ton œuvre originale. Cette œuvre elle est de salubrité publique, tous tes lecteurs en conviendront, tous tes auteurs aussi. Nombreux sont ceux qui depuis mercredi — ce 13 janvier où je devais venir te rejoindre, ce 13 janvier, à deux jours près un mois avant notre fête — qui me téléphonent, qui m’écrivent & tous me disent combien sans toi leur vie n’aurait pas été la même car sans l’exigence que tu avais envers leur écriture, ils n’auraient d’évidence pas écrit la même œuvre. Ils savent ce qu’ils te doivent, comme tu sais ce que tu leur dois à chaque nouveau livre publié. Mais pour dire tout cela il faudrait un nouveau chapitre du Livre des éloges de l’ami Alberto Manguel.

 

Donc, soyons sérieux, il est plus judicieux que je reste à ma place. On le sait, la seule chose qui nous intéresse, celle pour laquelle on fait éditeur ou auteur, ou pire les deux, c’est le pognon. Allain Glykos m’en parlait encore récemment. Tu avais cette fâcheuse habitude de toujours oublier un zéro sur les chèques annuels que tu envoyais aux auteurs. Ils l’ont tous remarqué, rares sont ceux qui se sont permis de te le dire. C’est d’ailleurs comme ça que tu t’es enrichi, que tu as pu acheter la plus belle maison de Chauvigny & que comme chacun le sait tu roulais en Bentley avec chauffeur. Un bel exemple d’enrichissement personnel. Oui, un bel exemple car cet enrichissement personnel c’est bien entendu dans les livres & nulle part ailleurs que tu l’as gagné. Des premiers poches achetés adolescent à Orléans au dernier livre publié par tes soins à ce jour — la réédition de Tu ne connaîtras jamais les Mayas de Jean-Jacques Salgon —, ce sont les livres qui t’ont porté, qui t’ont fait ce que tu es et ce pourquoi nous t’aimons, avec ton fichu caractère, ton air d’être toujours en train de préparer une farce, tes avis tranchés, tes moqueries ravageuses, mais aussi ton attention extrême, ta bienveillance affectueuse.

 

Il n’y a eu que deux ombres à notre amitié : un poisson mal digéré & une fougère mal soulignée. Deux blagues, deux gamineries que nous avons résolues dans un grand éclat de rire dans le petit bureau de la rue Porte-Basse à Bordeaux dans lequel je venais si souvent te rendre visite.

 

La vie est malicieuse. Tu tapais la semelle à travers la France, Sylviane, en couettes, attendait son Prince charmant, à deux pas du petit Bois de Trousse-Chemise, dans le Lot-et-Garonne. Tout a commencé par des chiffres & des lettres. Le nombre de chaussures qu’il te fallait placer pour garder ton boulot & les lettres que tu envoyais à la jeune fille en fleurs que tu enlevas bien vite. La vie est insupportable. Elle t’a fait souffrir pendant des années mais, comme ton copain Cyrano, qui donne à tous le « courage d’être des héros », tu as lutté jusqu’au bout de tes forces.


C’est une farce, hein, tu vas continuer avec nous & nous allons poursuivre avec toi le travail commencé & qui ne prendra pas fin.

 

Je t’embrasse bien affectueusement mon petit Clint.

 

Ah, une dernière chose, quand ça sera mon tour, j’amènerai le sac de billes que tu as oublié parce que l’éternité, comme disait l’autre, c’est long, surtout vers la fin, alors autant continuer à s’amuser.

Claude Chambard

 

Prononcé lors de l'hommage à Claude le 17 janvier à L'Échappée

13:20 Publié dans Édition | Lien permanent | Tags : claude rouquet, claude chambard