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jeudi, 02 juin 2016

Septain — des flux — de Vézelay

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© : cchambard

 

Premiers jours de juin cette année ci.

Ils donnent à voir un visage du monde gris, assez irréel.

On se sent fébrile sous la pluie incessante.

La route est coupée, les champs sont inondés – en bas.

Qui suis-je pour savoir si les flux sont bienveillants

ou malveillants

ou neutres…

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

mercredi, 01 juin 2016

Septain – humide – de Vézelay

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© : cchambard

 

Cinquième mois. Pluie sans cesse, de toits en vallées.

Montées des brumes. Deux coulées de musique.

Rythme sur le zinc & les tuiles plates.

La vallée s’amuse à tourner le dos à la basilique inquiète.

J’écoute la pluie, le vent. La maison grince.

Un rêve de printemps. La même scène le matin.

Des choucas, des coquelicots, des roses, des statues & des gouttes, des gouttes.

 

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

mardi, 31 mai 2016

Septain – dit du Voisin – de Vézelay

claude chambard

© :cchambard

 

Lire le jardin chaque jour.

Déchiffrer la partition simple & complexe des oiseaux.

L’œil étonné, vif, scrutateur, inquiet.

Crainte de la catastrophe.

Crainte de l’éblouissement. Joie de l’éblouissement.

Ne pas se fourvoyer est le minimum.

L’oiseau l’exemple.

 

Claude Chambard

L’image première

travail en cours

samedi, 26 mars 2016

Les Carnets d'Eucharis, "portraits de poètes"

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Les Carnets d’Eucharis n° 48 viennent de paraître. Au sommaire, outre un joli dossier consacré à Charles Racine, vous trouverez des réflexions sur le travail de nombreux poètes, des poèmes français & traduits, des photographies, des notes de lecture etc. J’ai eu l'honneur d’être interrogé par Tristan Hordé – quatorze questions accompagnées d’un extrait d’un texte inédit : C’est nu, c’est de l'encre – pages 124 à 134 – et j’y parle de l’œuvre de mon amie Hélène Mohone, disparue en 2008 – pages 42 à 46. J’y suis bien accompagné par Isabelle Baladine Howald, Jacques Estager, Jacques Sicard, Angèle Paoli, Laurent Magentin etc. & bien sûr par Nathalie Riera qui anime inlassablement cette série.

Voici deux questions & leurs réponses extraites de l’entretien. Pour lire le reste : http://lescarnetsdeucharis.hautetfort.com/media/01/02/425...

 

Venons-en à tes livres. Comment est née l’idée de Un nécessaire malentendu ?

As-tu lu mon Élégie de Pontlevoy ? J’ai reçu un jour au Centre régional des lettres d’Aquitaine, où je travaillais, un dictionnaire des noms de lieux publié par Fanlac et j’ai eu le sentiment qu’il y avait quelque chose qui était fait pour moi dans ce livre. Dans les mois qui ont suivi, j’ai développé un projet en cours et écrit Élégie de Pontlevoy, sous-titré « élégie toponyme, I ». Les noms de lieux me fascinaient, jamais je n’avais pu les faire entrer dans ce que j’écrivais. Grâce à ce livre c’était possible.

Ensuite, après quelques élégies, j’ai changé mon écriture, mais elles sont entrées, sous une autre forme, dans mes livres. Cette première élégie est fondatrice de ce qui suit, parce que tous ces noms de lieux qui me plaisent tant sont liés à l’enfance. Ces noms me permettent de retrouver des éléments fondateurs de mon existence. ‘’Les Couardes’’, c’est un lieu qui existe, comme tous les autres qui reviennent régulièrement, et il y a constamment des noms de lieux dans tous les volumes du Malentendu. J’ai été très longtemps un collectionneur de cartes IGN [Institut Géographique National] et je passe encore des heures à les regarder, les lire, c’est de la pure poésie une carte IGN.

J’ai déplacé le sujet vers une pseudo histoire familiale, parce qu’évidemment ce que j’écris ne reprend qu’une toute petite partie de l’histoire de la famille. Je m’amuse à coller le plus possible au réel, celui des lieux notamment, pour mieux m’en détacher, ce qui me brouille avec ma propre histoire — je ne suis plus très sûr de ce qui est vrai ou non..., ce qui pose la question du réel dans sa propre vie. Avec le temps, j’ai créé un ‘’pays’’, un résumé des lieux parfois très éloignés qui m’importent et que je réunis autour de entrelesdeuxrivières, de cette ‘’Montée des Couardes’’. Un territoire très vaste dans le monde puisqu’il va du Sénégal à la Côte d’Or en passant par la Touraine, la Petite Sologne, l’Yonne, Bordeaux…, et qui est ramené à la dimension d’un canton dans mes livres.

 

Six volumes ont paru de ce ‘’nécessaire malentendu’’. Où en es-tu aujourd’hui ?

En ce moment je travaille sur trois volumes, et tous autour de noms de lieux. L’un sera constitué de douze chapitres, sans images — le texte ici devenant l’image même —, de douze pages chacun, et chacun porte le nom d’un lieu qui m’est cher. Dans un autre volume, plutôt sous la forme d’un journal, avec des paragraphes de quelques lignes, la présence de noms de lieux est dominante. Enfin le troisième, plus ‘’poétique’’ peut-être, est une façon de restitution — de reconstitution — de noms de lieux et de familles.

Par ailleurs, je viens d’écrire un texte pour André Jolivet sur Bordeaux qui est une déambulation à partir des noms de rues et tous ces noms font sens entre eux. Dans un de mes périples dans la ville, je me suis trouvé un jour devant une ‘’Impasse de la fraternité’’ — j’en aurais pleuré... ; quel est l’imbécile qui a donné ce nom ? Et j’ai évidemment intégré ce nom, comme j’ai intitulé un livre Allée des artistes, nom qui existe dans un cimetière. À Bordeaux, on peut passer par la rue des Étrangers avant d’arriver Impasse de la Fraternité…, une impasse pour la Fraternité ça fiche un peu par terre une rue pour les Étrangers…

Tristan Hordé / Claude Chambard

Les Carnets d’Eucharis, 2016 / n° 48
16x24 ; 248 p. ;  illustré ; 19 €

lundi, 19 janvier 2015

Pour Claude Rouquet

claude rouquet,claude chambard

Claude & Claude, juillet 2014 © Sylviane Sambor

 

 Claude, mon copain,

 

Depuis que tu as fait ta dernière galipette, mercredi, je me suis plongé dans la bibliothèque que tu as constitué au cours des 21 années & des poussières où, ayant quitté la chaussure — qui t’avait néanmoins fait rencontrer Sylviane, l’amour de ta vie, & appris le sens des affaires — ayant quitté la chaussure donc, tu avais décidé de consacrer le reste de ta vie à publier les manuscrits que tu aimais. Je puis donc dire, même si c’est facile, que ce catalogue qui s’est constitué par la grâce de tes coups de cœur & de ta remarquable mauvaise foi, te ressemble & c’est bien le moins. Au-delà de cette ressemblance ce catalogue est la vitrine lumineuse de tout ce que tu aurais pu écrire, que tu nous a donné en partage & qui constitue ton œuvre originale. Cette œuvre elle est de salubrité publique, tous tes lecteurs en conviendront, tous tes auteurs aussi. Nombreux sont ceux qui depuis mercredi — ce 13 janvier où je devais venir te rejoindre, ce 13 janvier, à deux jours près un mois avant notre fête — qui me téléphonent, qui m’écrivent & tous me disent combien sans toi leur vie n’aurait pas été la même car sans l’exigence que tu avais envers leur écriture, ils n’auraient d’évidence pas écrit la même œuvre. Ils savent ce qu’ils te doivent, comme tu sais ce que tu leur dois à chaque nouveau livre publié. Mais pour dire tout cela il faudrait un nouveau chapitre du Livre des éloges de l’ami Alberto Manguel.

 

Donc, soyons sérieux, il est plus judicieux que je reste à ma place. On le sait, la seule chose qui nous intéresse, celle pour laquelle on fait éditeur ou auteur, ou pire les deux, c’est le pognon. Allain Glykos m’en parlait encore récemment. Tu avais cette fâcheuse habitude de toujours oublier un zéro sur les chèques annuels que tu envoyais aux auteurs. Ils l’ont tous remarqué, rares sont ceux qui se sont permis de te le dire. C’est d’ailleurs comme ça que tu t’es enrichi, que tu as pu acheter la plus belle maison de Chauvigny & que comme chacun le sait tu roulais en Bentley avec chauffeur. Un bel exemple d’enrichissement personnel. Oui, un bel exemple car cet enrichissement personnel c’est bien entendu dans les livres & nulle part ailleurs que tu l’as gagné. Des premiers poches achetés adolescent à Orléans au dernier livre publié par tes soins à ce jour — la réédition de Tu ne connaîtras jamais les Mayas de Jean-Jacques Salgon —, ce sont les livres qui t’ont porté, qui t’ont fait ce que tu es et ce pourquoi nous t’aimons, avec ton fichu caractère, ton air d’être toujours en train de préparer une farce, tes avis tranchés, tes moqueries ravageuses, mais aussi ton attention extrême, ta bienveillance affectueuse.

 

Il n’y a eu que deux ombres à notre amitié : un poisson mal digéré & une fougère mal soulignée. Deux blagues, deux gamineries que nous avons résolues dans un grand éclat de rire dans le petit bureau de la rue Porte-Basse à Bordeaux dans lequel je venais si souvent te rendre visite.

 

La vie est malicieuse. Tu tapais la semelle à travers la France, Sylviane, en couettes, attendait son Prince charmant, à deux pas du petit Bois de Trousse-Chemise, dans le Lot-et-Garonne. Tout a commencé par des chiffres & des lettres. Le nombre de chaussures qu’il te fallait placer pour garder ton boulot & les lettres que tu envoyais à la jeune fille en fleurs que tu enlevas bien vite. La vie est insupportable. Elle t’a fait souffrir pendant des années mais, comme ton copain Cyrano, qui donne à tous le « courage d’être des héros », tu as lutté jusqu’au bout de tes forces.


C’est une farce, hein, tu vas continuer avec nous & nous allons poursuivre avec toi le travail commencé & qui ne prendra pas fin.

 

Je t’embrasse bien affectueusement mon petit Clint.

 

Ah, une dernière chose, quand ça sera mon tour, j’amènerai le sac de billes que tu as oublié parce que l’éternité, comme disait l’autre, c’est long, surtout vers la fin, alors autant continuer à s’amuser.

Claude Chambard

 

Prononcé lors de l'hommage à Claude le 17 janvier à L'Échappée

13:20 Publié dans Édition | Lien permanent | Tags : claude rouquet, claude chambard

mardi, 05 août 2014

Abdallah Zrika, « Petites proses »

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Le linceul de ma grand-mère

 

 

Quand ma grand-mère est morte, un vieillard, monté sur une vieille bicyclette, est allé chercher le linceul. Sa barbe blanche touchait presque le guidon. Je l’ai vu de loin. C’était le vent, plus que lui-même, qui le guidait, le linceul était sur le guidon. Il sa faufilait sous le poids du vent, en zigzaguant. Les ruelles étaient étroites et tortueuses. Quelquefois, une baraque s’avançait sur la chaussée. Tandis qu’il se torturait lui aussi. Le vent, vraiment très fort, faisait gonfler le linceul. Parfois, j’imaginais que ce n’était pas lui qui roulait, mais que les ruelles étaient tortues en lui, ou bien étaient-ce le linceul du vent, ou le linceul de la bicyclette, qui se gonflaient. Cela a duré je ne sais combien de temps, jusqu’à ce que j’entende un bruit dont je n’aime pas me souvenir. Quelques bouts du linceul se coinçaient entre les rayons de la roue, et le vieillard tombait de la bicyclette, directement sur la tête, et mourait après quelques minutes, le linceul de ma grand-mère entre ses mains. »

 

Abdallah Zrika

Petites proses

Traduit de l’arabe par l’auteur avec le concours de Claude Chambard

L’Escampette, 1998

dimanche, 17 novembre 2013

« Tout dort en paix, sauf l'amour » sur la Radio Télévision Suisse

Chers amis,
Demain, lundi 18 novembre de 11h à 12h, je serai invité sur la Radio Télévision Suisse par David Collin dans l’émission “Entre les lignes” à propos de Tout dort en paix, sauf l’amour qui a paru début octobre au bleu du ciel et sur l’ensemble du Nécessaire malentendu et de son incise de l’an dernier Cet être devant soi aux éditions Æncrages & Cie avec des encres d’Anne-Flore Labrunie.
Pour ceux qui ne pourraient écouter en direct on peut podcaster.
Bon dimanche

http://www.rts.ch/espace-2/programmes/entre-les-lignes/53...

 

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mardi, 30 avril 2013

Allain Glykos, « Aller au diable »

allain glykos,aller au diable,l'escampette,claude chambard

Allain Glykos – le crétois de Talence comme ils disent au football –, nous donne depuis bientôt vingt ans régulièrement de ses nouvelles et, le plus souvent, par les bons soins de Claude Rouquet l’éditeur de l’Escampette qui a quitté Bordeaux pour le calme et les paysages de la Vienne.

L’œuvre se fabrique ainsi sous nos yeux, sur le thème – souvent – de la famille, des rapports aux autres, aux siens, aux proches. Ainsi de Parle-moi de Manolis, du Silence de chacun, d’À proprement parler, de Faute de parler… avec cette persistance d’expressions communes dans le titre. Aller au diable en est une belle. Le plus terrible avec Allain Glykos c’est qu’en prenant l’expression au pied de la lettre justement, il en tire la substantifique moelle pour nous montrer ce que nous sommes – et dont il ne s’exclut pas, loin s’en faut.

Donc, Aller au diable. Allons-y.

Antoine – ou François, ou Gustave, mettons–, fils d’Étienne cafetier et gendre de cafetier à l’enseigne du Petit Paris, admirateur de Paul Lafargue et de Jules Guesde,  précurseur de l’ascenseur social – tout ceci se passe fin XIXe, début XXe –, peseur de mots comme pas deux et père ambitieux… Antoine, donc, est un petit gars formidablement intelligent, qui aime bien les gambettes des clientes – et même des clients, il n’y aurait rien de sexuel là-dedans – au point de les reconnaître au premier coup d’œil, un petit gars qui passe des heures à diriger des colonnes de fourmis, à contrarier leur progression – le voilà « commandant des fourmis ».

Les ambitions de papa, envoies Antoine au Lycée, à l’internat. Il a le soutien de l’instituteur, certes, mais il perd les jambes, les chaussures, les fourmis, et comme il est fort en thème – comme on dit –, il se taille une bien mauvaise réputation auprès de ses condisciples, fils de bourgeois pour l’essentiel – « Pour qui il se prend ce fils de cafetier ! ». 

Il obtient son bac – la fiertié de papa ce jour-là… – l’année du cuirassé Potemkine – ça nous met en 1905. Du passé faisons table rase – qu’ils chantaient ! –, voilà ce qui lui paraît évident, seulement voilà, lui il a lu ça chez Descartes. Faire table rase de tout ce qu’il avait appris dans ce maudit Lycée pour commencer. Faire tabula rasa.

Et ça pour faire table rase, il va l’araser la table. Il part. Il laisse tout. Il marche devant lui. Il croise une femme – Madeleine, jeune et jolie, tirée à quatre épingles, enfileuse de perles de profession, spécialisée en couronnes mortuaires – elle le suit, comme un chien… comme un chien qui lèche la main de son maître. Il la possède sans joie, peut-être sans plaisir, il s’absente. Du monde, de lui-même. Il n’est plus là. Il marche, il marche, il va au diable.

Dans les marais de Charente-Maritime, il croise un Courbet sur le motif, il colle de plus en plus à la vase, il s’y enfonce, Cet ensauvaginement, cet oubli – oublier devient le vrai moteur de son existence –, cette marche éperdue dans les crassats comme autant de charniers – allusion nette à la série de photographies de Jean-Luc Chapin sur des champs de tournesols dévastés –, avec les mots et les livres comme pires ennemis, devient une quête absolue du vide, alors que Madeleine elle, dans les mêmes pas, est engagée dans une éperdue quête du plein, du savoir.

Ce roman, rompt, paradoxalement beaucoup moins qu’il pourrait paraître, avec l’œuvre antérieure. Pour la première fois sans doute Allain Glykos tient les siens à distance et cette façon de faire le révèle peut-être encore plus, encore mieux. Cette œuvre là est-elle le début de quelque chose, la fin de quelque chose… en tous cas, elle montre, comme jamais, à quel point Allain Glykos est un écrivain de premier plan qui demande à ses lecteurs toute leur attention. Pour la première fois, également, la portée politique du travail d’écriture d’Allain Glykos est nette et sans arrière-pensée. « Le soleil n’a que la largeur d’un pied d’homme » dit Héraclite, Glykos et Antoine en sont la preuve noire et rouge. « Je vais où je suis, je suis où je vais. » Oui.

 Claude Chambard


 Allain Glykos

 Aller au diable

L'Escampette

 14x20,5 ; 128 p. ; 14 € ; isbn : 978.2.914387.90.3

Cette recension a paru originellement dans Lettres d'Aquitaine, en 2007



Dix-huitième page pour fêter les vingt ans de L’Escampette

mercredi, 05 décembre 2012

Une lecture de “Cet être devant soi” par Isabelle Baladine Howald sur Poezibao

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/12/note-de-lect...

 

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lundi, 12 septembre 2011

Denis Montebello : note sur "carnet des morts"

    Hui: une adhésion au jour mais timide, vaguement réticente. C‘est ainsi qu‘un ami dit oui, le libraire des Saisons à La Rochelle, un oui que j‘entends comme une trace, comme si l‘Argonne revenait avec lui et avec sa forêt, la grande forêt d‘enfance dont il fera, lui qui ne la connaît que par ouï-dire, sa guerre, qui écrira ses Pastorales de guerre.

     Lire et cueillir c‘est tout un, et c‘est ce que fait Claude Chambard dans son carnet des morts, il cueille les traces, les recueille, il met ses pas dans des vestiges, ses mots.  Ce sont les mots de l‘enfant : de celui qui ne parle pas et que le poète, des années après, essaie de rejoindre dans sa forêt.

     « J‘ai couru vers l‘enfant. Dans la forêt. Dans la forêt en travail.

       Dans la scène oubliée où j‘ai appris à écrire.

       Quittant mon père pour écrire.

       Écartant ma mère pour écrire.

    J‘ai couru vers l‘enfant qui courait vers l‘école. »

     Le temps retrouvé a parfois un goût délicieux, ou c‘est la boîte de Coco, cette « petite boîte métallique, ronde, qui contient une poudre marron clair ou jaune foncé (je ne parviens pas à me décider)  ou un coquillage orange ou fraise  que je lèche avec application »  qui réveille les années d‘or : de souffrance. Ces figures qu‘on disait absentes du paysage. Ce Grandpère qu‘on croyait à jamais enfoui avec ses phrases.

     « Je puis me souvenir, sans nostalgie, du temps où nous étions autre chose. »

     C‘est ce qu‘écrit Claude Chambard.

    C‘est aussi ce que se dit le lecteur ce carnet refermé. Quand il songe à ces routes qu‘il ouvre, à toutes ces routes qui ouvrent à la grande forêt.

Denis Montebello, 2 septembre 2011

 

Claude Chambard

cdm jpg.jpgcarnet des morts

15x19,5 ; 112 p. ; ill. ; 14 €

Dessin de couverture : François Matton

isbn : 978.2.915232.72.1

le bleu du ciel

BP 38 — 33230 Coutras

05 57 48 09 04

bleuduciel@wanadoo.fr

 

 

& aussi sur le même livre les chroniques de

Anne Françoise Kavauvea :

http://annefrancoisekavauvea.blogspot.com/2011/06/carnet-...

& d'Éric Bonnargent :

http://anagnoste.blogspot.com/2011/07/claude-chambard-car...


samedi, 09 avril 2011

Deux extraits du "carnet des morts"

sur Poezibao : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2011/04/anthologie-p...

 

sur Littérature de partout : http://litteraturedepartout.hautetfort.com/archive/2011/0...

 

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quelques livres dans la vitrine de la librairie Mollat

 

dimanche, 30 janvier 2011

Bon anniversaire Sophie

Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Sophie.

Pour le fêter un extrait d'un récit en cours :

 

ancolie.jpgEn début d’après-midi, le soleil ayant tenté une légère mais certaine percée, Lucien se met au boulot dans son potager. Gabrielle fait la sieste. Il sème en godets, repique, bine et bichonne. Il cueille sur ses deux lilas un bouquet bleu et blanc pour la table de la salle à manger. Il réduit de moitié les tiges qu’il a coupées. Lucien ne laisse rien au hasard dans son potager, un peu jardin quand même, mais pas trop.

Quand ils étaient petits les enfants demandaient toujours pourquoi il n’y avait pas de pelouse dans leur jardin. Immanquablement Gabrielle disait, en fronçant les sourcils pour se donner l’air sévère :                  

– La pelouse, c’est bon pour les jardins de richards et nous nous n’avons pas un jardin, mais un potager.

Lucien ne relevait pas.

Et Georges ronchonnait :

– Pour jouer au foot il faut bien un peu de pelouse quand même. On ne peut jamais jouer au foot ici.

Et il regardait son père en coin. Mais Lucien ne voulait pas se disputer avec Gabrielle. Après tout, la maison venait de la famille de sa femme, alors il n’allait pas s’opposer, non, il se sentait plus locataire que propriétaire, il savait bien qu’il vivait chez sa femme, son beau-père lui avait assez fait sentir.

Mais Lucien sait qu’il y a dans son potager des bruissements d’ailes qui en font un jardin, un vrai jardin, un lieu où l’on peut entendre des rires frais, des rires sains, où l’on peut avoir le joli sourire d’un chasseur de papillons… lorsque sa femme n’y est pas.

Elle n’y vient du reste pas souvent. Tout au plus pour un tour, court chaque midi et plus long le dimanche soir, bras passé dans celui de son mari qui lui nomme tout ce qui y pousse, tout ce qui bientôt sera consommé à la table familiale.

Ce matin, pour la première fois, les ancolies se sont ouvertes fières et délicatement dessinées au bout de leurs longues tiges souples. Les fleurs du saint-Esprit la veille de Pâques, Lucien aime cette coïncidence. Il les montre à Gabrielle lors du petit tour de midi. Puis ils rentrent déjeuner, des œufs au vin avec un peu de polenta.

 

* * *

 

 

Tchang-seng a travaillé toute sa vie. Il a chanté les louanges du président Mao, de la Longue Marche (pendant laquelle il est né), de l’Armée populaire de libération, du Grand Bond en avant — pendant lequel comme des millions d’autres il a bien faillit mourir de faim —, de la Grande Révolution Culturelle Prolétarienne. Il a été maltraité par les Gardes rouges et il ne leur en tient pas rigueur, il a lu tant et plus le Petit livre rouge, puis il a loué les politiques de réformes économiques, secrètement apprécié les manifestations de la place Tian’anmen, et aujourd’hui, après la fermeture de l’usine de papier, il est de force à la retraite et vit tant bien que mal avec 966 yuans mensuel et 30 mètres carrés de terre derrière la maison, que son père avant lui habitait, où il fait pousser quelques légumes et quelques fleurs pour l’harmonie, dont une vraie collection d’ancolies qu’il hybride tant et plus avec une patience rare et des résultats étonnants. Ses voisins ne le prennent guère au sérieux sauf madame Tching a qui il offre, à la saison, des bouquets de sa fleur préférée. Elle en porte toujours une dans un sautoir en forme de bonnet de fou pour contrecarrer les sorciers et les mauvais sorts. Tchang-seng aime cette fleur qui ne supporte pas  d’être disciplinée… lui qui a tellement dû l’être, tout au long de son existence, pour avoir une chance de vivre encore. Madame Tching aime bien son voisin qu’elle prend pour un simple mais qui cultive de si belles fleurs et de si bons légumes dans son minuscule terrain.

C’est la Neurasthénine qui a maintenu Tchang-seng en vie. Depuis ses dix-huit ans il en prend chaque jour, plusieurs fois, et le liquide lui laisse autour de la bouche un rond jaunâtre, comme après une chique de tabac.

C’est la Neurasthénine qui a maintenu Tchang-seng en vie et le désir pour Madame Tching. Un désir secret car Tchang-seng se disait qu’on ne pouvait certainement pas posséder une telle femme lorsque l’on était un ouvrier si modeste, un moins que rien que le temps et les tâches les plus ignobles épuisaient. Quelle femme aurait bien pu le désirer, lui, ne serait-ce même que le regarder, avec sa bouche maculée de jaune, ses dents  gâtées, ses mains calleuses et si rêches, si épaisses, si lourdes. Des mains pour piocher, couper, frapper, pas des mains pour caresser. Les caresses, voilà quelque chose que Tchang-seng ne connaissait pour ainsi dire pas. Sa mère l’avait abandonnée pendant la Longue Marche dans la cour d’une ferme. Il avait été, tant bien que mal, élevé là par un couple rustre mais qui l’avait nourri sans rechigner, mais sans affection non plus.  Plus tard, la conscription sauvage, sans limite, les longues années d’armée l’avaient éloigné de ce monde pour un univers encore plus dur. Il avait gravi les montagnes du Tibet, tiré sans vergogne sur la population, c’est la guerre lui avait-on dit, ne réfléchis pas, fais ce que tu dois. Puis il était revenu dans la modeste exploitation agricole de la province de Hunan, à deux pas du fleuve Yangzi Jiang, et l’homme lui avait donné son nom, était devenu son père. Aujourd’hui la ferme avait disparu et seuls quelques mètres carrés derrière la masure lui rappelaient sa jeunesse lorsqu’il courait de l’étable aux champs.

Extrait de : Une ancolie jamais n'abolira le hasard