Camillo Sbarbaro, « Copeaux » (vendredi, 28 août 2026)

« VIII. Sur la vertèbre à vif du chemin, sur les montagnes chauves et calcinées juillet s’acharne. Émacié jusqu’à l’os, le village ouvre son gosier sec sur la mer, qui le dérobe à sa soif en l’aspergeant d’écumes amères.
Je me reflète encore en ce paysage ; son aridité me nourrit.
Dans l’olivier qui s’enchâsse dans le mur je me reconnais, et dans la ronce qui vit dans la fournaise des sables.
Pourtant – pour me dissoudre – il suffisait jadis d'un regard : brin d’herbe moi aussi, lézard sur un rocher. C’est par les yeux que je m’allégeais de moi-même.
À toute heure à présent mon être persiste. Il s’interpose, encombrant et têtu, comme s’il avait trop grandi.
Si l’assoupir se pouvait, le transformer en paix jusqu’au nouveau réveil, s’il doit venir ! Simple dépouille, il n’en vit pas moins d’une vie excessive !
Certains matins le sentiment d’exister est à ce point filiforme qu’un mouvement de la tête semble suffire pour descendre sans déchirure dans le néant.
Mais tenace au contraire l’existence persiste ! Combien de fois, avant de mourir, avec logique allons-nous à la mort !
Ma vie est aujourd’hui celle de la grève. Oh ! que s’instille une goutte en cette féroce sécheresse ! Ainsi l’âme invoque un souffle de poésie.
Nuage vagabond, goutte rare et chaude comme le sang.
Que reprenne la rumeur du flot entre les rives verdies, l’espoir en paraît aussi lointain que de voir se couvrir de bourgeons et de feuilles une armoire vermoulue.
Lit du fleuve en temps d’étiage.
Entre les flammes blanches des oliviers ne bouge de moi que la marionnette sinistre. »
Camillo Sbarbaro
Copeaux, suivi de Feux follets
Choisis, traduits et présentés par Jean-Baptiste Para
Suivi de Souvenir de Sbarbaro par Eugenio Montale
Clémence Hiver éditeur,1991
17:57 | Lien permanent | Tags : camillo sbarbaro, copeaux, jean-baptiste para, eugenio montale, clémence hiver