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Ossip Mandelstam, « Sur la terre vide, boitant… » (mardi, 21 avril 2026)

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« Sur la terre vide, boitant sans le vouloir

de son pas inégal et plein de douceur,

elle devance un peu sa véloce compagne

et l’ami juvénile au presque même âge.

C’est une liberté contrariée qui l’attire,

où l’infirmité puise l’inspiration,

et il peut arriver qu’un lucide soupçon

désire dans sa démarche se suspendre :

parce que nous jouissons d’un vrai jour de printemps —

première mère d’une voûte tombale,

et que cela éternellement recommence.

 

II

Femmes, des parentes de la terre humide,

et chacun de leurs pas est sanglot sonore,

vocation d’escorter les ressuscités,

aussi, les premières, d’accueillir les morts.

Exiger d’elles caresse est sacrilège,

d’elles se séparer excède nos forces.

Ange aujourd’hui et demain ver dans la tombe,

et après-demain plus que linéaments.

Ce qui fut ­— fut un pas ­—  est inaccessible.

Immortelles les fleurs. Sans faille le ciel.

Tout ce qui sera n’est rien qu’une promesse. »

4 mai 1937

 

Ossip Mandelstam

Cahiers de Voronej

Traduit du russe et préfacé par Jean-Claude Schneider

Notes et commentaires par Anastasia de La Fortelle

suivi de : L’exil à Voronej par Natalia Chtempel

bilingue

Le Bruit du Temps,  2018, 2026

14:47 | Lien permanent | Tags : ossip mandelstam, sur la terre vide, boitant…, cahiers de voronj, jean-claude schneider, le bruit du temps