UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Véra Pavlova, « L’animal céleste »

     

    clark_pavlova2.jpg

    « La pensée est imparfaite

    si elle ne tient pas en quatre vers.

    L’amour est imparfait

    s’il ne tient pas dans un seul ah !

    Le poème se refuse

    si je cherche le mètre et la rime.

    La vie est incomplète

    si elle ne tient pas dans un seul oui.

     

     

    Pourquoi le mot oui est-il si court ?

    Il devrait être

    plus long que les autres,

    plus difficile à prononcer,

    de sorte qu’il faudrait du temps

    pour y penser vraiment,

    pour oser le dire,

    au risque de se taire

    en son beau milieu »

     

    Véra Pavlova

     L’Animal céleste

     anthologie traduite du russe

    par Jean-Baptiste & Hugo Para

    L’Escampette, 2004

    Seconde page pour fêter les 20 ans de L'Escampette

  • Jean-Yves Masson, « Poèmes du voleur d’eau»

     

    24477738.jpg

    lxi. Description d’un jardin

     

    Je me souviens d’un jardin d’encre dans un livre

    que l’on avait déplié contre le mur,

    où l’on suivait des yeux la forme des nuages

    que le pinceau avait décrite avec douceur.

    Dehors, dans les jardins, je retrouvais l’œuvre du peintre,

    les arbres d’encre torturés qui se dressaient

    devant l’étang, refusant d’affronter le ciel

    et protégeant la terre éprise de leurs branches.

    Et je me suis penché vers l’eau dormante

    qui formait dans les joncs un signe d’eau.

    Moi, le fils d’Occident, sur la terre orientale,

    je contemplais, en ignorant, le fruit de la sagesse

    d’un lettré du Japon qui avait fait tracer

    dans ce jardin avec de l’eau le nom de l’eau.

    Et tel est l’art : non pas expliquer mais comprendre,

    et ne cacher que ce que l’on veut faire voir. »

     

    Jean-Yves Masson

    Poèmes du festin céleste 

    L’Escampette, 2002


    Nouvelle rubrique, quand le temps le permet,

    pour fêter les 20 ans de L'Escampette

  • Hélène Mohone, « de loin »

     

    755675861.jpg

    (elle)

    mal j’ai si peu le grand fracas et ta bouche répète après moi le grand fracas et ta bouche la mienne te suit trace va le dire répète les grands mensonges que seuls les anges dénoncent j’ai très peu de toi si faible un doux caillou ta silhouette très loin presque un brouillard tu dis un grand fracas j’ai si peu une tristesse à tout verser sur le chemin menus éclats à tout recouvrir une étrange plainte et terrible à recommencer à sucer son doigt tu dis chuchote j’ai si peu une tristesse toi qui marches ou marches-tu

     

    Hélène Mohone

    de loin

    Atelier de l’agneau, 2008


    en pensant à Hélène ce matin