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samedi, 24 mars 2018

Ludovic Degroote, « La Digue »

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« Emboîtant le pas, toujours en train de se quitter, écrivant ailleurs, d’une même voix.

 

Ce qu’on vit pèse plus que la solitude des autres réunie. On est généreux le temps d’un mot, qui dure le temps qu’on le dit.

 

On est là les yeux fermés, exactement comme si c’était une attente. Quand la pluie mouille, l’intérieur est d’abord atteint au cœur, ça va ensuite autour ; là où l’intérieur et le dehors se confondent c’est le plus impossible à toucher, là seulement où la tête repose au plus près.

[…]

 

On meurt, on n’a rien demandé, c’est le premier geste qui nous porte à l’habitude, on se défait des images, quand on dort et qu’on ne voit rien, c’est là le meilleur, pas d’humidité à l’intérieur, on est effacé, comme si on avait disparu de soi.

 

On est au début de la digue, au bout on est à la fin, si on n’a pas fini on revient, s’entassant là, se taillant une mémoire, un relief, par passages successifs, on s’occupe d’une place, on ne pense à rien, on est bien, on vit. »

 

Ludovic Degroote

La Digue

Editions Unes, 1995, rééd. 2017

https://www.editionsunes.fr/catalogue/ludovic-degroote/la...

19:37 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent | Tags : ludovic degroote, la digue, unes

jeudi, 22 mars 2018

Geneviève Huttin, « Seigneur… »

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DR

 

« De l’impossible profération où longtemps il se plaint, résonnent le mots dans l’air tiède. C’est un hymne très lent et très ample, tu t’en souviens pour t’en être laissé agiter, pénétrer. Mais les nuances de ses mots, de ses gestes t’échappent. Aussi la beauté, la grandeur de ses intentions se perdent. Dans leurs terminaisons tu flottes, comme un pan libre de voile.

 

            Ad te clamo

            Vers toi Seigneur je crie…

          Te verrais-je marcher, venir à moi, répondre à mes caresses, je deviendrais tranquille…

 

Entre les arbres de ses thèmes, tu cherches, tu veux un cours puissant, un ample mouvement de passage. Un mince fil de ta bouche, et les cailloux remontent vers tes lèvres, mais cette fin ne lui est pas encore assez violente…

 

 * * *

Tu reçois toutes ses expressions perdues. Cet informe vêtement violent tu t’en vêts, t’en dévêts, tu fais ce que tes yeux l’ont vu faire, cependant qu’il avance, de plus en plus sans règles. Fidèle sans le poids des liens, tu fends dans ce courant, avec ce visage fol de qui vient demander à être armé, l’adoubement n’est pas de main humaine, c’est un toucher, un geste de poudre…

 

             Tu m’as sur ton écu vomi, je suis souillé de tes crachats…

 

Plus tremblant que le trait lui-même, planté, replanté, qui t’élance, comme il t’effleure, avec cette indécence des aveugles touchant quelqu’un de leur bâton, tu tressailles. Écriras-tu les messages de ses doigts, les menées de ses lèvres, pour qu’enfin cesse en toi le pressentiment de sa phrase… »

 

Geneviève Huttin

Seigneur…

Dernière de couverture par Philippe Lacoue-Labarthe

Coll. Poésie, dirigée par Mathieu Bénézet et Bernard Delvaille, Seghers, 1981