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dimanche, 03 mai 2020

Yves Bonnefoy, « Deux poèmes »

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DR

  

«  L’arbre, la lampe

 

L’arbre vieillit dans l’arbre, c’est l’été.

L’oiseau franchit le chant de l’oiseau et s’évade.

Le rouge de la robe illumine et disperse

Loin, au ciel, le charroi de l’antique douleur.

 

Ô fragile pays,

Comme la flamme d’une lampe que l’on porte,

Proche étant le sommeil dans la sève du monde,

Simple le battement de l’âme partagée.

 

Toi aussi tu aimes l’instant où la lumière des lampes

Se décolore et rêve dans le jour.

Tu sais que c’est l’obscur de ton cœur qui guérit,

La barque qui rejoint le rivage et tombe. 

 

Une voix

 

Combien simples, oh fûmes-nous, parmi les branches,

Inexistants, allant au même pas,

Une ombre aimant une ombre, et l’espace des branches

Ne criant pas du poids d’ombres, ne bougeant pas.

 

Je t’avais converti aux sommeils sans alarmes,

Aux pas sans lendemains, aux jours sans devenir,

À l’effraie aux buissons quand la nuit claire tombe,

Tournant vers nous ses yeux de terre sans retour.

 

À mon silence ; à mes angoisses sans tristesse

Où tu cherchais le goût du temps qui va mûrir.

À de grands chemins clos, où venait boire l’astre

Immobile d’aimer, de prendre et de mourir. »

 

Yves Bonnefoy

Pierre écrite

Mercure de France, 1965