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dimanche, 18 décembre 2011

Jean Daive, Intégrale et latéralité, Jean-Pierre Bertrand, Une approche phénoménologique

 

0b0da7836a0a448f82c6a629eb54366f_publication_20100514172641.jpgMalgré ses deux titres et ses deux auteurs le cipM publie bien un seul livre constitué de trois éléments : un trait sinueux de Jean-Pierre Bertrand, des réflexions (des poèmes) de Jean Daive, un entretien entre Jean Daive et Jean-Pierre Bertrand, le tout discontinu, d’arrêts en reprises, vers la rencontre, vers la fin provisoire du trait, du livre.

 

Il faut voir l’extraordinaire travail de Jean-Pierre Bertrand — miel, citron, papier, mine de plomb ou graphite, acrylique, plexiglas, boîtes à sel en fer blanc, or, sucre, cirage, eau chaude… entremêlements sans fin —, travail poursuivi de jour en jour, jusqu’à, par exemple, dans la chapelle de la Salpêtrière, l’installation dans l’exposition de citronniers autour d’un miroir octogonal. Ce travail est sans équivalence, à l’écart, en équilibre, et échappe le plus souvent à l’interprétation ce qui n’est pas pour me déplaire. Ainsi du trait à la mine de plomb qui traverse ce livre, s’interrompt, reprend, dont on peut soupçonner qu’il a été fait en ne levant la main qu’une fois afin de mieux contraindre le livre à l’explosion, à donner aux textes l’espace infini — aussi mince que l’air entre deux feuilles — « Mon travail a à voir avec le papier. ». Ce travail n’est ici visible qu’à travers les mots  et ce mince trait de crayon mais il est aisé de le découvrir ailleurs.

 

« C’est le propre de l’œuvre d’art : une démultiplication de par le monde. Il n’y a plus de livre, il n’y a que des pages sans ordre. La notion de charnière est liée à l’arrivée du livre, à l’alliance judéo-chrétienne. Je veux dire que l’alliance commence avec le livre. Dans l’Ancien Testament, la charnière était invisible. L’arrivée du livre se fait avec la charnière. Ce que je montre n’est ni le rouleau, ni le livre, mais les pages d’un livre démultiplié de par le monde. » En ceci, Intégrale et latéralité me semble pouvoir être  considérée comme la pensée visible de l’artiste. Son audace aussi, la multiplicité de ses travaux, de ses approches — peintre — ce n’est pas aussi simple : « beaucoup de mes pièces s’appellent “mixed mediums” » —, écrivain, photographe, cinéaste. L’entretien qui date de 1985 à l’occasion d’une exposition à Beaubourg — est publié pour accompagner l’exposition  « De ce qui se fera, De ce qui sera fait » que le cipM a proposé du 21 mai au 27 juin 2010 — et on découvre Jean-Pierre Bertrand à travers ce que Jean Daive l’amène à dire, sans peser, ni le presser jamais — soulignant dans ses textes en aparté ce qui lui semble la véritable chimie de l’œuvre. Crusoë — source, on s’en souviendra comme d’un élément fondateur d’un travail où l’accélération, l’imprévu, l’idée, la forme, la surface — « une idée c’est déjà énorme, une forme, c’est énorme » — sont les éléments d’une histoire, d’un conte, résolument risqué, résolument moderne — au sens rimbaldien.

 

Claude Chambard

 

 

Jean Daive, Intégrale et latéralité/ Jean-Pierre Bertrand, Une approche phénoménologique

 cipM

 88 p. ;  50 €

 Cette chronique a paru une première fois dans CCP n° 20