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dimanche, 20 mars 2016

Olivier Domerg, « Le temps fait rage »

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« […] le temps fait rage. pourtant, tout vous porte & vous exhorte. vous êtes là, devant le puzzle de cette masse insoluble. vous ne craignez rien, ni la compacité, ni l’obscurité, ni le non-sens, ni l’obscurantisme. vous êtes entrainé pour ça. vous vous préparez depuis longtemps, très longtemps, à redoubler d’efforts, à aller au fond des choses, à déchiffrer ce qui se trouve devant vous & vous fait face. à intégrer les données provenant de tous vos sens. opérations de saisie, d’interprétation & leurs interactions nombreuses. plus on avance, plus on découvre la découpe saillante et parfois arrondie de la crête. combien de temps encore tenir contre le vent & son boucan ? combien de fois encore venir s’y confronter ? le temps fait rage. il n’y a pas forcément de progrès dans la série, seulement l’obstination de mieux coïncider avec chaque moment. l’ombre glisse sur la montagne, coulisse dessus comme un rideau occultant. pendant ce temps, tout l’autre côté se découvre & se remet à briller sous la lumière vive. la phrase est nécessaire, la phrase doit vivre. il y a une nécessité de tenir par la ou les phrase(s), détenir aux phrases. il faut que tout livre soit, en lui-même, une insulte à l’oppression. repasser en vision globale. monceau pyramidal constitué de morceaux superposés, saillants, désordonnés, vaguement additionnés ou posés les uns sur les autres, vaguement collés ou accolés. monceau scellé par le ciment du temps, la formation des monts & montagnes, leur géologie ou généalogie (à décrypter aussi). il est bon aussi d’éprouver & de pénétrer davantage, de mettre sur le gril, si la force des bourrasques ne décourageait, par avance, toute station, toute installation durable, toute tentative de réduire la distance, de mieux coïncider ; toute possibilité de tenir dans ce couloir venteux autrement qu’accroupi, ou plié en deux, protégeant tant bien que mal – illusion sans retenue pour le présent intégral – crayon & carnet aux pages qui claquent. »

 

Olivier Domerg

Le temps fait rage

le bleu du ciel, 2015

lundi, 22 septembre 2014

Brigitte Palaggi & Olivier Domerg, « Fragments d’un mont-monde »

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« Désécrire le poème quand il vient. Jalonner son chantier d’inscriptions citations injures ou de formules prétendument définitives. Vouloir que Manse soir le lieu d’une bataille au long cours, d’une empoignade, d’un règlement de conte poétique et alpin. Et, chaque matin, à heure dite, se retrouver sur le pré, pour, dans l’intervalle et dans l’amble du présent, enregistrer tout ce qui survient, séance tenante, fragments de temps, bribes de chant, pans de mont et de monde. Pour consigner l’inconsignable, stigmates du sol, mouvements invisibles, géologies intérieures, pluralité (rurale) du réel, de même que cet “infini détail du fini”.

 

Faire syntaxe de tout.

 

Perpétrer quelques exactions, chutes de registres ou fautes de goût, au passage. Se comporter comme un maladroit, un persifleur, un soudard, un grossier personnage. Pousser la poésie à la faute, à la sortie de piste ou de virage. L’envoyer sur les rosses, plutôt que sur les roses. L’acculer dans ses ultimes ressources et retranchements. Lui faire la misère : entourloupes, pied de nez, croche-pattes ; la mettre en cause et en doute ; lui tendre sans cesse des embuscades, dans ce défilé repéré, hier encore, par exemple, au bas de la crevasse, au pied du Puy immense, au seuil de sa très lente hémorragie, dans son repli le plus intime, le plus interne, comme au plus près de la masse. »

 

 Brigitte Palaggi & Olivier Domerg

Fragments d’un mont-monde

Autres et pareils / Le bleu du ciel, 2013

http://autresetpareils.free.fr/index.htm

mercredi, 30 octobre 2013

Jean-Charles Depaule, « Définition en cours »

jean-charles depaule,définition en cours,le bleu du ciel

où commence le travail

Josée Lapeyrère

 

faisant à soi-même coupures petites

ecchymoses conjuratoires

 

déchiffrant de nouveau

 

la lampe

 

de nouveau copiant

activités terrestres vues du ciel

                        fleuve de tout un tas de choses

d’eau de terre de bois de pierres sang rouge fer

glace miroirs écailles variables

étoiles et tresses d’eau indiscernables lignes

corps blond / soie jambe brunie

 

bouchons dansent mousses

lancer de bâtons en suspens sur le ciel

 

en rotation

tapis de feuilles sur l’eau l’ombre sur le fond

a tournoyé maintenant suit le courant

évolutions sans hâte de pales tiges fléaux dans l’air

ramassés

dispersés buisson lustre du monde

            la lampe a atteint sa durée de vie maximum

des musiques à entendre

l’air refroidit à l’approche du fleuve

 

maintenant tu manges des fraises qui les détestais

ni n’aimais Verlaine

 

je recopiais le visage d’Elisabeth reine

sur calque exposé au soleil de la fenêtre

fixé à l’hyposulfite dentelle

ou feuille sur feuille c’est photogramme

serait prose

je me rappelle le couronnement au cinéma

et Sous le plus grand chapiteau du monde

en face du coiffeur près de l’église Saint-Paul que je confonds

avec Sainte-Perpétue Dien Bien Phu

était une cuvette

 

je m’accoude à la même fenêtre

au-dessus de la cuisine

mouvement de bras de poignet commencé répété

 

 Jean-Charles Depaule

Définition en cours

le bleu du ciel, 2013