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mireille gansel

  • Nelly Sachs, « Énigmes ardentes »

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    « Le temps vide est toujours

    affamé

    de cette épitaphe de l’éphémère —

    Dans l’étendard de la nuit

    enroulé avec tous les miracles

    nous ne savons rien

    si ce n’est que ta solitude

    n’est pas la mienne —

    Peut-être qu’une couleur verte réalisée en rêve

    ou

    un chant

    d’avant-naissance sauront luire

    et du pont-des-soupirs de notre langue

    nous entendrons le murmure secret des profondeurs — »

    1963

     

    Nelly Sachs

    Partage-toi, nuit

    Traduction de l’allemand et postface de Mireille Gansel

    collection Der Doppelgänger, Verdier, 2005

  • Nelly Sachs, « Papillon »

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    « Quel bel au-delà

    est peint dans ta poussière.

    À travers le noyau de flammes de la terre,

    à travers son écorce de pierre

    tu fus offert,

    tissage d’adieu à la mesure de l’éphémère.

     

    Papillon,

    bonne nuit de tous les êtres !

    Les poids de la vie et de la mort

    S’abîment avec tes ailes

    sur la rose

    qui se fane avec la lumière mûrie en ultime retour.

     

    Quel bel au-delà

    est peint dans ta poussière.

    Quel signe royal

    dans le secret des airs. »

     

    Nelly Sachs

    « Dans le secret »

    In Éclipse d’étoiles précédé de Dans les demeures de la mort

    Traduction de l’allemand et postface de Mireille Gansel

    Collection « Der Doppelgänger », Verdier, 1999

  • Mireille Gansel, « Une petite fenêtre d’or »

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    DR

     

    Un abri de ferveur

     

    la légende raconte :

    c’était une cabane. Dans les environs d’une petite ville au bord de la rivière Prut. Une cabane que le Baal Chem – Israël Ben Elieser – s’était construite. Au-delà du gué. Il s’y recueillait. Et creusait la terre d’argile. Deux ou trois fois dans la semaine, sa femme venait l’aider à charger l’argile dans la carriole. Elle allait la vendre dans la petite ville –

     

    la légende raconte aussi :

    sur le dernier contrefort oriental des Carpathes, il y avait une taverne, basse et bossue sous son toit. Les jours de marché, paysans descendus des montagnes et colporteurs juifs s’arrêtaient autour d’un verre pour fêter quelque bonne vente ou heureux achat. Si d’aventure un voyageur passait, la femme du Baal le faisait asseoir, sortait sur le seuil, mettait ses mains en porte-voix et appelait : “Israël !” À un jet de pierre de la petite taverne, creusée dans la saillie de roche la plus proche, il y avait une grotte. Solitaire. Le Baal Chem s’y recueillait. Mais dès que retentissait l’appel, il accourait et s’empressait de servir l’hôte. Il portait une courte peau de mouton et une large ceinture de cuir, à la façon des paysans. Et prenait aussi leur parler et leurs rudes manières

     

    la légende dit aussi :

    il émanait de lui une sollicitude qui saisissait d’un mystérieux respect »

     

    Mireille Gansel

    Une petite fenêtre d’or

    La Coopérative, 2016

    http://www.editionsdelacooperative.com/