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mardi, 07 avril 2020

John Ashbery, « En flânant »

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DR

 

« Quel nom ai-je pour toi ?

Certainement il n’y a pas de nom pour toi

Dans le sens où les étoiles ont un nom

Qui leur va plus ou moins. En flânant,

 

Objet de curiosité pour quelques-uns,

Mais tu es trop préoccupé

Par la macule secrète dans le dos de ton âme

Pour dire beaucoup, et tu vagues

 

Souriant à toi-même et aux autres.

C’est décourageant d’être du genre solitaire

Mais en même temps déconcertant,

Improductif, quand tu te rends compte une fois de plus

 

Que le plus long chemin est le plus efficace,

Celui qui s’enroulerait parmi les îles, et

Tu semblais toujours voyager dans un cercle.

Maintenant que la fin est proche

 

Les segments du voyage restent ouverts comme une orange.

Il y a de la lumière là-dedans, et du mystère, et de la nourriture.

Viens voir. Ne viens pas pour moi mais pour cela.

Mais si je suis encore ici, permets que nous puissions nous voir l’un l’autre. »

 

John Ashbery

Quelqu’un que vous avez déjà vu

Traduit de l’américain par Pierre Martory et Anne Talvaz

P.O.L, 1992

lundi, 04 septembre 2017

John Ashbery, « Sonate bleue »

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DR

 

« Il y a longtemps c’était alors le début de ce qui semble maintenant

Comme maintenant n’est que départ pour un nouveau mais encore

Vague chemin. Ce maintenant , celui qui est vu une

Fois de loin, c’était notre destinée

Peu importe ce qui peut nous arriver d’autre. Il est

Le présent passé de quoi notre physionomie,

Nos opinions sont faites. Nous en sommes la moitié et nous

Nous soucions peu du reste. Nous

Pouvons voir assez loin pour que le reste de nous soit

Implicite dans l’entourage qu’est le crépuscule.

Nous savons que cette partie du jour vient tous les jours

Et nous le sentons, puisqu’il a ses droits, aussi

Nous avons le droit d’être nous-mêmes dans la mesure

Où nous sommes en lui et non dans quelque autre jour, ou

À quelque autre endroit. Le temps nous convient

Tout comme il est content de lui, mais dans la seule mesure

Où nous ne cédons pas de ce pouce-là, souffle

De devenir avant que devenir puisse être vu,

Ou vienne à ressembler à tout ce qu’il semble signifier maintenant.

 

Les choses qui venaient pour qu’on en parle

Sont venues et parties et l’on se souvient encore

Comme récentes. Il y a un grain de curiosité

À la base des quelques nouveautés, qui déroulent

Leur point d’interrogation comme une nouvelle vague sur le rivage.

En venant pour donner, pour renoncer à ce que nous avions,

Il nous faut, nous le comprenons, gagner ou être gagné

Par ce qui passait, brillant du chatoiement

Des choses récemment oubliées et ravivées.

Chaque image trouve sa place, dans le calme

De ne pas avoir trop, d’avoir juste assez.

Nous vivons dans le soupir de notre présent.

Si c’était tout ce qu’il y avait à avoir

Nous pouvons ré-imaginer l’autre moitié, la déduire

De la forme de ce qui est vu, insérés

Que nous sommes dans l’idée qu’elle se fait de la façon dont

Nous devons continuer à avancer. Il serai tragique de s’adapter

Dans l’espace créé par notre arrivée retardée,

Pour proférer le discours qui est de circonstance,

Car le progrès survient à travers la ré-invention

De ces mots tirés du pâle souvenir que nous en avons,

En violant cet espace de façon telle

Qu’on le laisse intact. Pourtant après tout

Nous en sommes et nous avons franchi une considérable

Distance, notre passage est une façade,

Mais la comprendre nous justifie. »

 

John Ashbery

Quelqu’un que vous avez déjà vu

Traduit de l’américain par Pierre Martory et Anne Talvas

P.O.L, 1992

 

Aussi de John Ashbery sur ce blog : http://www.unnecessairemalentendu.com/archive/2016/01/24/...

 

John Ashbery, né le 28 juillet 1927 à Rochester, est mort le 3 septembre 2017 à Hudson.