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jeudi, 20 janvier 2011

Grabinoulor, Pierre Albert-Birot

x1h64wav.jpgAucune nécessité de faire une note sur Grabinoulor, un des rares livres que je ne quitte pas, aucune actualité particulière, mais tout de même reprendre cette note écrite pour CCP lors de la dernière réédition par Jean-Michel Place pourrait en ces jours maussades amener quelques nouveaux lecteurs à un livre bien mal connu.

 

 

Cette rubrique est dédiée à Anne-Françoise K.

 



C’est Emmanuel Hocquard qui m’a appris l’existence de Grabinoulor
Grabinoulor naît en 1918 et ses aventures ont été racontées dans un livre – Grabinoulor – jusqu’en 1960 par Pierre Albert-Birot qui s’est inventé là un double majeur
PAB naît à Angoulême en 1876 où il passe une enfance heureuse avant de rejoindre Bordeaux où son adolescence est compliquée (ce qui n’est pas étonnant, être adolescent n’est pas une sinécure, alors en plus à Bordeaux !) puis Paris où il meurt en 1967
C’est Max Pons qui m’a appris la mort de Pierre Albert-Birot (plus tard il m’a offert un des plus beaux livres de son ami, L’homme coupé, avec une postface d’Arlette Albert-Birot,  – troisième épouse de PAB et sans qui le Marché de la poésie…) publié à son enseigne de La Barbacane en 1995
PAB a dirigé une revue extrêmement importante SIC de 1916 à 1919, il y a publié aussi bien Apollinaire, les futuristes italiens, Tzara, les noucentristes catalans, Reverdy, Max Jacob, Zadkine…
PAB a écrit toute sa vie, toute sa vie PAB a écrit et beaucoup édité, beaucoup édité ses propres livres à cette enseigne SIC (sons idées couleurs) car toute sa vie PAB ne sera jamais aussi lu qu’il faudrait et il serait temps que ça change – mais même Grabinoulor a du mal avec le temps – et s’il ne tenait qu’à lui, à Grabi, si Rabelais, Pétrarque, La Fontaine (le poète pas le fabuliste) Lamartine, Montaigne, Cervantès, Shakespeare et j’en passe (Sterne, doit y être, je ne le trouve plus dans les mille pages, mais il doit y être), si donc, ceux-là et bien d’autres n’étaient pas chez lui ce soir, un soir, hier, aujourd’hui, demain, le soir de Grabinoulor, en six livres – ils le sont chez lui, chaque jour, chaque nuit, chaque instant de Grabi –, publiés en petits morceaux et enfin intégralement en 1991 par – déjà – Jean-Michel Place – que sa mémoire soit louée par mille générations – qui aujourd’hui nous en donne une réédition fort bienvenue puisque la première était devenue introuvable
Grabinoulor est un livre, rien qu’un livre, un livre que l’on n’abandonne jamais quand on y a plongé – highdive en vrille avec entrée groupée dans le texte –, une fois, mille fois, encore et encore, car le lecteur de Grabinoulor n’est jamais fatigué puisque Grabinoulor est toujours de maintenant, présent au présent de l’épopée de tous les possibles, et le lisant, merveilleusement contaminé, nous ne quittons jamais une éternelle jeunesse
Il suffit pour cela, par exemple, de ne pas expliquer, car comme le dit Grabi « expliquer c’est perdre son temps et sa dignité » et la dignité et le temps ne courent pas tant les rues que l’on risque d’en manquer pour des sottises
PAB a inventé à Grabi un double négatif Furibar et toute une bande de zinzins – Lérudi, Keskedieu, Gaulois Pur, Statuco, Zéphirin Grosrêveur, Madame Evergreen, Arthur-Georges Lefin… – pour le distraire ou le contrarier – ce qui revient un peu au même
La seule chose que PAB n’a jamais voulu pour Grabinoulor c’est un point, jamais, car Grabi « doit  vivre où il lui plaît et sans fin malgré le POINT » et le simple fait d’ouvrir Grabinoulor, de faire bruisser ses pages supprimera celui de la page 944, puisque la lecture est de toutes les choses humaines la seule ( ?) qui n’a pas de fin


albert_birot_pierre.jpgClaude Chambard

Pierre Albert-Birot
Grabinoulor
Jean-Michel Place
17x23,5 :1006 p. ; 35 €