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samedi, 07 juillet 2018

Song Lin, « Paysage dans l’œil d’un aigle »

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© Pieter Vandermeer

 

« 1

 

Rien que le roc, la neige,

noir sur blanc.

Les rigueurs de l’hiver, les eaux ne coulent plus,

les pins ont mis leurs cloches de verre.

 

2

 

Rien ne saurait remplacer

l’élévation du roc.

celle des sommets,

sauf la neige qui les recouvre.

 

3

 

Des vols d’hirondelles dorment sous les eaux gelées,

dans leur tanière, les ours bruns sommeillent,

marmottes et hérissons s’assoupissent aussi,

en eux s’amassent une neige de graisse.

 

4

 

Il n’y a pas de mots, pas de vendeurs de mots,

nul hymne louant les noces, le pouvoir.

Au Tibet, une armée s’enfonce sous la neige,

inhumée dans l’oubli du clair de lune.

 

5

 

Le vent est inspiration, volonté,

vitesse du sang en plein vol.

Les ombres se déplacent, puis

les griffes soudain lacèrent le silence.

 

6

 

Une réduction, essentielle, comme fait la terre

pour les branches, les feuilles mortes, comme le roc

dressé solitaire, dressé radieux,

devenue fondement de toute sensation.

 

7

 

Même les étendues de neige gelée

sont truffées d’amorces noires du soleil.

Le paysage dans l’œil d’un aigle…

poème sur la distance. »

 

1998

 

Song Lin – né en 1959 dans la province du Fujian

in Le ciel en fuite – Anthologie de la nouvelle poésie chinoise

Édition établie et traduite par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%80%93_Anthologie_de_la_nouvelle_po%C3%A9sie_chinoise-224-1-1-0-1.html