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  • Manuel António Pina, « Quelque chose comme ça de la même substance »

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    La poésie va

     

    « La poésie va finir, les poètes

    seront employés à des postes plus utiles.

    Par exemple, comme observateur de moineaux

    (tant que les moineaux ne

    finiront d’exister). J’ai eu cette certitude aujourd’hui

    en entrant dans une administration.

    Un monsieur myope accueillait lentement

    au guichet ; et je demandai “Qu’est-ce qu’un seul poète

    a fait pour ce monsieur ?” Cette question

    m’a tellement affligé à l’intérieur et

    à l’extérieur de ma tête que j’ai dû recommencer à lire

    toute la poésie depuis le commencement du monde.

    Une question dans une tête.

    — Comme une couronne  d’épines :

    voyez-vous où l’auteur veut en venir ? — »

     

    1966

     Manuel António Pina

     Quelque chose comme ça de la même substance

     Anthologie traduite du portugais par Isabel Violante

     L’Escampette, 2002

     

     Treizième page pour fêter les vingt ans de L’Escampette

  • Ludovic Degroote, « Monologue »

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    « probable qu’une façon de se supporter à travers son passé c’est d’en faire quelque chose qui soit une capacité à vivre avec soi, sinon on se tuerait chaque jour

     

    cela m’apparaît si simple et si compliqué que je ne sais plus comment regarder les choses ni comment les vivre, si elles sont vivables ni même si je peux les regarder, car cela me demanderait de vivre avec tout ce que j’ai enfoui, or, comme je les ai enfouies, c’est parce que je pensais ne pas vivre avec elles, à l’instant où je croyais encore, dans l’illusion qu’il m’aurait été permis de choisir, que je pourrais vivre en les abandonnant

     

    alors je continue à voir ma vie comme si j’étais à côté parce qu’y pèse toujours quelque chose qui manque

     

    cette impression d’être brisé, qui est une exagération, puisqu’elle n’a officiellement rien supprimé de ma vie, je retombe dans une forme d’enfance à partir de quoi il me semblerait pouvoir recommencer, si je comblais les manques

     

    depuis mon adolescence j’essaie de rationaliser ce qui peut l’être pour tenter d’échapper à moi-même, je n’y arrive que par fragments, à la manière dont on s’atteint à travers ce qu’on vise, parce que, si on se rate, on touche à quelque chose d’autre de soi »

     

     Ludovic Degroote

     Monologue

    Champ Vallon. Coll. Recueil, 2012