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jeudi, 16 octobre 2014

Serge Sautreau, « Hors »

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« La dérive sans frein de la pensée, de la possibilité — toujours oblitérée — de la pensée, voici, en fin de présent, ce que l’activité humaine globale ne cesse de tuer socialement en chaque individu. Je te devine sourire. Tu es montée aux branches d’un pommier, et, en bas, tes amis s’affolent un peu. Il y a de quoi s’inquiéter avec plus de précision qu’au sujet des vicissitudes du progrès et des pollutions en chaine. Tu as abandonné la lecture de cette lettre à la phrase précédente, décidée soudain à aller contempler les falaises proches. Y aura-t-il un goéland blessé qui tombera, comme une feuille morte, comme une feuille blanche, comme une image, jusqu’à devenir invisible sous la neige des mots ? L’oisiveté totale n’ “existe” pas — exactement pas plus que la fausse immobilité des pierres, ou que l’acte gratuit — et je pourrais imaginer de m’en prendre à ce qui, dans tout processus d’activité, engendre des distorsions en chaine de la pensée jusqu’à faire de celle-ci l’esclave de son possible. J’établirais alors comment ce possible de la pensée, à toujours être socialement rejeté, différé, devient effectivement possibilité réussie de l’esclavage — et les différents aspects de tout ce qui constitue le travail, je les mettrais systématiquement en cause en tant que principes et manifestations d’inertie du possible. Mais je me moque de l’inertie du travail. »

 

 Serge Sautreau

« Paris, le 4 novembre 1973 », in Hors

 Christian Bourgois, coll. Froide, 1976

 

Serge Sautreau est né le 16 octobre 1943 à Mailly-la-Ville dans l’Yonne. Il est mort le 18 mars 2010.

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