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lundi, 11 juin 2018

Luo Fu, « En buvant avec Li He*»

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DR

 

« Les pierres cassent

Le ciel tressaille

Effrayée la pluie d’automne se fige dans l’air

C’est alors que je découvre par la fenêtre

Un voyageur arrivant de Chang’an sur son âne

Il porte à son dos un sac de toile

Rempli d’images effarantes

Il n’est pas encore là, que les bouts de poèmes tombent comme la grêle

Enserrant la pluie glacée

 

Par-delà la vitre j’entends à nouveau

Xihe qui frappe le soleil avec un bruit de cymbales

Ah ! un lettré tellement maigre

Maigre

Comme un pinceau de poils de loup

Ta large chemise de toile bleue, dans le vent

Soulève des milliers de vagues

 

Comme on mâchonne des pois aux cinq parfums

Je mâchonne des quatrains. Des quatrains. Des quatrains

Ton regard ardent

Tient au chaud un flacon récent de vin de Huadiao

Depuis les Tang et les Song et les Yuan et les Ming et les Qing

Il verse enfin

Dans ma petite tasse

J’essaie d’enfermer le quatrain dont tu es le plus fier

Dans une jarre de vin

Je l’agite bien, et je vois monter une brume

Où ivres les mots dansent, les rythmes s’entrechoquent

La jarre cède, ta chair éclate et s’éparpille

Dans la lande sauvage, on croirait entendre

Les fantômes pleurer

Les loups gémir à la ronde

 

Allons, viens t’asseoir, je veux boire avec toi

Cette nuit la plus noire de l’histoire

Toi et moi ne sommes pas des gens banals

Ne pas figurer parmi les 300 meilleurs poèmes des Tang ne nous gêne pas

Un fonctionnaire de 9e rang, qu’est-ce que c’est ?

Il n’y a pas lieu de s’en occuper

Cette année-là, après avoir beaucoup bu, n’as-tu pas

Vomi des poèmes sur les marches de jade des grandes maisons

Buvons, allons, buvons

La lune ce soir n’ira pas briller pour notre improbable

Rencontre en tant de siècles

Je veux profiter de l’obscurité écrire pour toi un poème hermétique

S’ils ne comprennent pas, eh bien, c’est leur affaire

Qu’ils ne comprennent pas

Qu’après avoir lu nous nous regardions dans un grand rire »

1979

* Li He est un poète né en 791 et mort en 817 à Changgu (préfecture de Yigang, dans le Henan).

 

Luo Fu

En raison du vent

Traduit du chinois (Taïwan) et préfacé par Alain Leroux

Circé, 2017

http://www.editions-circe.fr/livre-En_raison_du_vent-535-...

 

Luo Fu, né dans le Hunan en 1928, est mort le 19 mars 2018, dans l’île de Taïwan où il avait suivi Tchang Kaï-chek en 1949 et qui était devenue sa seconde patrie.

19:30 Publié dans Écrivains, Édition, Livre | Lien permanent

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