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jeudi, 12 juillet 2018

Jean-François Billeter, « Une rencontre à Pékin »

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Chemin impérial du Mont Thaisan. DR

 

« Nous avons aussi décidé de faire un voyage. C’était à notre portée parce que j’avais gagné quelque argent grâce au guide Nagel. Wen avait quitté Pékin deux fois, durant ses études de médecine. Elle était allée avec quelques camarades apporter des soins à des paysans de la campagne proche, c’était un exercice pratique. Elle se souvenait des longues marches d’un village à l’autre, de la peur de se faire surprendre par la nuit, de la pauvreté des paysans, de leur infinie reconnaissance. […]

À Jinan, des sources jaillissaient au cœur de la ville. Nous avons déjeuné de poisson frais dans un pavillon de style traditionnel, planté dans le lac, accessible par un pont plusieurs fois coudé. Nous sommes passé au pied du Thaishan que j’aurais voulu escalader, mais qui n’était pas accessible aux étrangers. De la petite gare de Yanzhou, nous avons gagné en car le lieu de naissance de Confucius, Qufu. Nous avons logé dans une aile du Kongfu, la résidence des descendants du Sage. Le repas (exquis, je n’avais rien connu de comparable à Pékin) a été servi pour nous seuls. À la nuit tombante, nous avons aperçu quelques cadres du régime bavardant entre eux sur une terrasse. On leur préparait une séance de cinéma. À l’aube, nous avons été réveillés par les cris des aigrettes qui nichaient dans les pins séculaires du temple de Confucius, tout à côté, et dont des dizaines tournoyaient en l’air. Qufu était un grand village où les paysans étaient chez eux. Des murs de la ville, il ne restait que des vestiges. Nous sommes allés jusqu’à la tombe de Confucius, un tertre entouré d’un petit mur de brique, sous de grands arbres sans âge. D’autres tombes, disséminées dans la verdure, étaient supposément celles de certains de ses disciples et de nombre de ses descendants. Sur le chemin du retour, une paysanne était en train de moudre son grain. Comme cela se faisait depuis des siècles, elle le répartissait avec un petit balai sur une table ronde de pierre et l’écrasait à l’aide d’un lourd cylindre de pierre. Elle le faisait rouler en poussant devant elle un axe de bois qui le traversait de part en part et qui était attaché, au centre, à un axe vertical. Je lui ai demandé si je pouvais essayer. Bien sûr, m’a-t-elle dit ; d’où êtes-vous ? – De Pékin. – Vos meules ne sont pas comme celle-ci, à Pékin ? m’a-t-elle demandé. Elle ne voyait pas que j’étais un étranger. J’ai essayé et compris que son travail était pénible. Comme nous avions demandé à visiter toute la résidence de la famille des Kong, un conservateur nous a fait les honneurs des onze cours qui se succèdent dans l’axe central et qui font progressivement passer, comme dans toute grande demeure chinoise traditionnelle, de la partie publique à la partie privée. Dans l’un des derniers bâtiments, une porte donnait dans une salle latérale. J’aimerais voir la chapelle bouddhique qu’il y a là, ai-je dit au conservateur, qui a été pris de stupeur. Pour le rassurer, je lui ai expliqué que j’avais vu le plan de la résidence dans une revue d’archéologie publiée à Pékin. Je l’avais examiné de près pour en tirer la description du guide Nagel.»

 

Jean-François Billeter

Une rencontre à Pékin

Allia, 2017

https://www.editions-allia.com/fr/livre/786/une-rencontre...

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