UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

dimanche, 02 septembre 2018

Franck Venaille, « Jack-to-Jack »

40532560_2129077577341024_7160969363116261376_n.jpg

Peinture de Peter Klasen

 

« Souviens-toi homme putain souviens-toi de ces nuits où si peu tous les 3 nous dormîmes ! Aujourd’hui tu n’es plus que le masque d’un masque quelque chose qui s’agrippe à la vie la lumière de la vie avant de. Disparaître. Ombre. J’ai dit ce mot. Où si peu nous dormîmes. Moi, je ne veux pas qu’ainsi tu t’éloignes face de la nuit je ne le veux pas ! Souvenons-nous. Le temps joue. L’effroi gagne. Écrire plus vite encore pour rattraper les heures les étoiles filantes de ce ciel de lit-là. Fenêtre grande ouverte sur la ville. La montée du silence. Je t’ai écrit. J’ai aligné des mots des phrases de jolies ponctuations indociles. Ma main s’est posée sur la feuille de papier tu aurais pu ! combien de jours déjà ? répondre, homme putain de la nuit. Orphelin de sexe et de père. Jack-to-Jack. Tu disais le bonheur de naître sans géniteur et ainsi de limiter quelques risques d’angoisse. Pas de visage à aimer / haïr. Être seul. Être soi-même le monde le trou l’essence l’origine de tout : seul. Paternel évanoui. Salope en couches gommée ! Tu promèneras ton gros ventre ailleurs. Pardon, mère, il le fallait ! tellement vous fûtes l’un et l’autre. Pesants. J’ouvre la fenêtre. J’allume toutes les ampoules. Pieds nus je marche en déclamant. Mon amour nous regarde. J’embrasse les genoux de la femme étrange nommée amour. Toi : tu regardes tu t’en moques tu nous aimas bien pourtant ces nuits-là mon amour blond et moi. Je. L’ai dit. Mais saurais-je même te reconnaître si au milieu de tes frères vers nous tu avançais ? Ce fut la nuit. Ce fut cette nuit-ci. Cette rencontre-là. Tout de même cela ne t’aurait pris que quelques, dans ce passé je plonge et suis malade d’avoir vécu rêvé souffert. Je. Qu’un simulacre. Quelqu’un est-il jamais mort à cause de la langue d’une maladie de l’écriture ? Je vais — comment dit-on — vais te quitter mais quel malheur pour moi d’être celui qui vit le texte. Te dire : au revoir. Le train roulait et défilaient les paysages. Gens de partout. Elle et eux dans la soirée la matinée dans ce qui fut un jour de plus. J’allume cette énième cigarette. Je vais plier cette lettre. Éteindre. Attendre. Je vais. Tu marches sur un trottoir. Tu montes et tu descends sans cesse de ce trottoir. Voilà que tu écoutes un homme te parler peut-être même lui souris-tu ! Je me regarde dans une glace. Je vois mes rides, ensemble vous partez. Je me fais des grimaces j’ai. Peur. »

 

Franck Venaille

Jack-to-Jack

Luneau Ascot, 1981

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.