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samedi, 05 mai 2018

Joseph Roth, « Le chêne de Goethe à Buchenwald »

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DR

 

« […] D’abord Buchenwald ne s’est pas toujours appelé ainsi mais Ettersberg. Sous ce nom, il était autrefois célèbre parmi les spécialistes d’histoire de la littérature : Goethe avait coutume d’y rencontrer fréquemment Madame von Stein ; sous un beau vieux chêne.

[…]

Devant ce chêne passent chaque jour les détenus du camp de concentration ; c’est-à-dire : on les y fait passer. Vraiment ! On colporte de fausses informations sur le camp de concentration de Buchenwald ; on pourrait dire d’horribles commérages. Il est, me semble-t-il, temps de ramener cela à sa juste mesure : au chêne sous lequel Goethe s’est assis avec Madame von Stein – et qui grâce à la loi pour la protection de la nature pousse encore –, jusqu’à présent, à ma connaissance, pas un seul des détenus du camp de concentration n’a été “attaché” ; bien plutôt aux autres chênes qui ne manquent pas dans cette forêt. »

 

Dernier texte de Joseph Roth, avant sa mort, le 2 mai 1939.

 

Joseph Roth

Poème des livres disparus & autres textes

Traduit de l’allemand par Jean-Pierre Boyer & Silke Hass

Héros-limite, 2017

http://www.heros-limite.com/livres/poeme-des-livres-dispa...

 

 

jeudi, 03 mai 2018

Du Fu, « Je cherche des fleurs en marchant seul au bord de la rivière »

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« Ne croyez pas que j’aime les fleurs jusqu’à en mourir ;

Je crains de vieillir plus vite si les fleurs sont fanées.

Les rameaux chargés se brisent bien plus facilement ;

Que les bourgeons s’ordonnent pour éclore lentement ! »

 

Je cherche des fleurs en marchant seul au bord de la rivière est composé de 7 quatrains, celui-ci est le dernier.

 

Du Fu (Tu Fu) — 712 - 770

« La dynastie des Tang »

Traduit, présenté et annoté par Florence Hu-Sterk

In Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2015

mardi, 01 mai 2018

Lambert Schlechter, « Une mite sous la semelle du Titien »

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© claude chambard

 

« 86.

Menus faits & gestes que je note consciencieusement jour après jour dans un cahier spécial, je me dis que c’est inutile que je les note, ça n’a aucun sens que je les note, ça ne mène à rien que je les note, c’est des événements dans la vie si menus si minuscules si dérisoires que c’est pas des événements et ainsi les journées passent, jour après jour, sans que rien n’arrive, rien de mémorable, littéralement rien de notable, et pourtant, me dis-je, les Des Forêts et les Tu Fu ont fait ça aussi, va savoir ce qui les a pris de faire ça, puis je me dis que moi, chez eux, j’apprécie qu’ils aient fait ça, noter le pas notable, il n’y a rien de notable quand il fait ciel bleu, et ils notent qu’il fait ciel bleu, qu’il fait ciel gris, noter qu’à midi la sirène a retenti, qu’un tracteur est passé avec une remorque où s’entassent des récipients pour les grappes vendangées, et Tu Fu fait une allusion à la réalité de son trépas, et aussi laisser le membre s’ériger, et savourer ça, et le manuéliser jusqu’à la jouissance, comme s’il y avait là un rapport avec la réalité du trépas, et ainsi jour après jour noter les notes du jour sans que cela ne mène à rien, c’est juste des menus moments de résistance, élémentaire & légitime plaisir d’exister. »

 

Lambert Schlechter

Une mite sous la semelle du Titien le Murmure du monde 7

Tinbad, 2018

https://www.editionstinbad.com/