UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 07 octobre 2019

Sereine Berlottier / Jérémy Liron, « Habiter »

DwYmfMRXgAAe0i8.jpg

© Jérémy Liron

 

Après la fameuse phrase de Thoreau sur les trois chaises (“une pour la solitude, deux pour l’amitié, trois pour la société”), le livre commence et se clôt par un poème comme une porte qui s’ouvre puis se ferme sur une construction allongée, comme une maison verticale en regard des peintures qui, elles, prennent plus volontiers la page pour dire le vertige en jaune, vert, noir et blanc (à peine) de l’habitation en plan large ou en détails. Cette verticalité du texte de Sereine Berlottier est un élément bien pensé pour exprimer, face à ce qui se dérobe dans la peinture, les traces & trajets qui d’halte en tour & détour, ramènent à l’habitable – maison, chambre à soi, cabane, livres aimés, langue & donc écriture… Habiter, trouver le lieu idoine, pour une heure, un jour, un mois, une vie, lire les annonces, les adjoindre pour composer la variété de la recherche nomade, sans désir particulier de possession – parfois plutôt de dépossession voulue ou non –, habiter le corps, la pensée, la recherche, l’exil, l’accueil, le fragment (144 fragments au centre du livre), l’enfance, la maladie, la mort, l’absence…Habiter…

 

« Un livre comme une cabane, mais en plus confortable.

[…]

Habiter, accueillir, et ne pas accueillir.

Inventer des formes de vivre, et d’attendre. Des formes spatiales, d’autres qui ne le sont pas.

Habiter, déplacer.

Articuler en langage, en silence aussi. Articuler du langage capable de retenir, de faire silence. De faire de ce silence un espace.

[…]

Ce à quoi je donner le nom de maison inverse entièrement la logique de ces fragments, leur impuissance même. Maison serait le lieu en moi d’une continuité d’expérience, d’une simple phrase, longue, enracinée, cousue à d’autres plus anciennes, vieillissantes et reprises, le lieu d’un lien éprouvé, d’une mémoire articulée, complexe, où se conserverait l’empreinte des gestes précédents. Lieu dont j’imagine en rêve qu’il me donnerait accès à un récit mieux construit, plus enveloppant, continué, un abri sans fissures. À l’inverse de ces petits copeaux que le silence ronge, où le corps ne trouve pas plus de chaleur qu’au cœur d’une hutte ventée, bancale. De cette continuité, dont la puissance rêveuse s’étendrait sur plusieurs générations, j’espérais une mue décisive.

[…]

Habiter, dans le lien, la séparation. Des lumières que l’ombre déplace. En se demandant si la matière écoute, reçoit, se transforme aussi en retour.

Habiter pour durer. Au moins un peu.

Situer son ombre, sa silhouette. Faire de la limite un tracé. De la multitude des tracés un dessin.

Mâcher du temps. Émettre des signes.

Verticalité des racines, horizontalité des mesures de soi, vers d’autres, branches, étendues. »

 

Sereine Berlottier / Jérémy Liron

Habiter, traces & trajets

Les Inaperçus, 2019

https://lesinapercus.fr/produit/habiter-traces-trajets-de-sereine-berlottier-et-jeremy-liron/

16:23 Publié dans Écrivains, Édition, Livre | Lien permanent