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alain suied

  • Dylan Thomas, « N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit »

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    « N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit,

    Le vieil âge devrait brûler et s’emporter à la chute du jour ;

    Rager, s’enrager contre la mort de la lumière.

     

    Bien que les hommes sages à leur fin sachent que l’obscur est mérité,

    Parce que leurs paroles n’ont fourché nul éclair ils

    N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

     

    Les hommes bons, passée la dernière vague, criant combien clairs

    Leurs actes frêles auraient pu danser en une verte baie

    Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière.

     

    Les hommes violents qui prirent et chantèrent le soleil en plein vol,

    Et apprennent, trop tard, qu’ils l’ont affligé dans sa course,

    N’entrent pas sans violence dans cette bonne nuit.

     

    Les hommes graves, près de mourir, qui voient de vue aveuglante

    Que leurs yeux aveugles pourraient briller comme météores et s’égayer,

    Ragent, s’enragent contre la mort de la lumière. 

     

    Et toi, mon père, ici sur la triste élévation

    Maudis, bénis moi à présent avec tes larmes violentes, je t’en prie.

    N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit.

    Rage, enrage contre la mort de la lumière. »

    1951

     

    Dylan Thomas

    N’entre pas sans violence dans cette bonne nuit… et autres poèmes

    Traduit de l’anglais et préfacé par Alain Suied

    Gallimard, Du Monde Entier, 1979