UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

mardi, 07 juin 2016

Claude Dourguin, « Points de feu »

28180_p0008058.002.jpg

Andrea di Bartolo, dit Solario, La Déploration sur le Christ mort,

Musée du Louvre, cliché  A. Dequier - M. Bard

 

« Dans la Lamentation sur le Christ mort d’Andrea Solario, le fond du panneau, par ses bleus, son paysage de monts et de rivière se dégageant de falaises, évoque Patinir. Une tranquille irréalité, le songe acclimaté ici-bas avec une part de sa force rayonnante, la plénitude radieuse qui nous attend, l’assurance d’un autre pays – où est résolu ce qui nous obsède, où l’on a fait siens les secrets contre quoi nous nous heurtons mais leur charge de mystère nullement niée, présente comme familière sinon domestiquée (à l’instar de certain lion promenant sa majesté parmi les livres.) Des constructions humaines, villes et châteaux en campagne, bois et champs, une connivence tout à la fois humble et glorieuse, chaque élément répond à l’autre sans dureté, nul ne fait allégeance, chacun échange ses qualités plutôt, afin que notre séjour soit plus riche aux marches de l’au-delà. Le peintre murmure, pressent ce qu’affirmera Patinir : que l’ailleurs est atteignable, peut-être même ici, à notre portée. Il suffit de parcourir, le monde s’ouvre à mesure que nos pas nous conduisent. Le rêve . – notre destinée. »


 

Claude Dourguin

Points de feu

Éditions Corti, 2016

 

mardi, 18 novembre 2014

Claude Dourguin, « Villes saintes »

Dourguin.jpg

 

« Villes protégées, interdites, inaccessibles, villes données,

offertes quand on prête écoute au chemin et à la voix qui tombe des arbres.

*

Enceintes silhouettées entre ciel et colline, bleues, ocres, roses, rouges – bienheureux peintres.

 

De la dureté à la douceur. Guerriers et rêveurs. Des mathématiques à Dieu. Des chevaliers du Temple à François d’Assise.

 

Regardez, là-bas, cette échancrure du ciel soudain : c’est elle, la voici.

*

On approche de la ville sainte – qui ne le sentirait ? La voie se resserre. Le chemin se raidit, s’escarpe, devient sentier en lacets. Enn deviné, l’ultime rétrécissement de la porte.

 

Là-bas je serai apaisé

ma soif sera étanchée

la fatigue et la poussière du chemin

s’envoleront

là-bas je serai nouveau-né

*

En quête de l’exigeant refuge, le pas tenace, d’invincible lenteur se concilie une à une les ombres du chemin.

 

Sentiers accrochés à la montagne. Ravins. Escaliers à anc de précipice, passage en surplomb.
Au bord du gouffre, la ville, parce qu’elle est la main qui retient d’y tomber ? »

 

Claude Dourguin

 Villes saintes

 Coll. Vérité intérieure, dirigée par René Daillie

Solaire/Fédérop, 1987

samedi, 07 avril 2012

Claude Dourguin, "Chemins et routes"

Dourguin_Claude.jpg« Il m’arrive de rêver d’un livre des chemins, catalogue et dictionnaire à la fois, qui évoquerait, recenserait sans du tout prétendre faire œuvre savante, les figures diverses des chemins, leurs histoires, leurs particularités géographiques. », écrit Claude Dourguin au début du second tiers de son livre très à la lisière, très ancien et très original pourtant, dans une langue absolument maîtrisée qui ne se paye pas de mots, une langue de terre et de rocaille, de chemins donc et de routes, de sentes, de passages ténues, de territoires encore inexplorés, de cartes hasardeuses, d’itinéraires perdus, retrouvés, sur les traces de quelques illustres prédécesseurs… car si on est seul sur la route on n’y est pas pour autant solitaire.

 

L’écriture advient ici par surcroit, la première aventure étant celle de la marche, de la découverte, de l’extension de soi-même peut-être. Il s’agit d’être quitte de ce que tous les lieux que l’on a habités un instant ou quelques jours nous ont donné.

 

Des écrivains, des peintres, des musiciens, sont convoqués par Claude Dourguin, avec  qui elle est en empathie, avec qui elle se perd et se trouve, avec qui elle partage la route un moment et le secret aussi du cabinet où l’on travaille à écrire le livre des chemins que les éditions Isolato viennent de publier.

Claude Chambard


Claude Dourguin

 Chemins et routes

 120 p. ; 20 €

 Isolato

 

Article initialement publié dans CCP n° 22