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samedi, 02 septembre 2017

Claude Margat, « L’Horizon des cent pas »

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DR

 

« La peinture n’est pas plus admissible que la poésie mais l’une comme l’autre sont aussi nécessaires à la respiration de la pensée que l’air l’est au souffle. L’une et l’autre guérissent l’esprit des aveuglements du sens.

*

Une peinture ne devrait jamais sortir de la sphère du geste qui la produit. Le geste est à la peinture ce que la mesure est à la musique.

*

Aucun projet. Seulement le rythme et ses déclinaisons.

*

Voir la pensée prendre forme sous sa propre main constitue une expérience sans équivalent. Par le travail de la main s’abolit toute distance entre le désir et son objet. Encre et pinceau sont les agents d’un toucher aérien. Ce n’est jamais le peintre qui met un point final à l’approche mais l’objet même du désir. Ce qui manque à la substance constituée de l’œuvre se trouve compensé par le suspens que celle-ci produit en ne s’accomplissant pas. La manière d’un artiste exprime le style de son approche. Lorsque l’intention investit le geste, elle en devient l’élan. Sans crainte ni hâte, il ne reste plus qu’à se conformer au rythme qui commande déjà au pinceau.

*

Tout est rythme, scansion. Et tout est vu, saisi en plein vol.

*

Ce que la peinture écrit, elle ne le nomme pas mais elle le pense à la manière du poète qui use de toutes les ressources de la langue et fait sourdre à nouveau l’originelle saveur du mot. La main est là, animant d’invisibles remous, communiquant à l’ensemble du corps l’écho d’une présence obscure et cependant familière.

*

Je peins sous l’impulsion de ce qui écoute et cherche en moi le sentier de son propre espace, espace qui telle une calligraphie en cursive se déroule et dévoile une double intimité.

*

Chaque jour je constate que l’élan qui m’anime n’est pas tant inspiré par le désir d’exprimer ce que je ressens que par celui d’apprendre. Le suprême bénéfice de l’action de peindre est que l’on conduit à tout observer dans le détail. Le regard chaque jour se tourne vers la rive et s’émerveille de pouvoir l’explorer. L’action de peindre produit un dépôt à la surface duquel vibre la présence du vivant.

*

Bien voir, c’est bien entendre. Et bien entendre, c’est entendre au-delà de l’audible.

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Dans une peinture c’est l’émotion qui constitue le liant, non l’émotion combustible du regard, mais l’émotion dans la peinture.

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Je peins ce qui remonte de mon œil, et ce qui remonte de mon œil remonte de mon pied.

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Le trait de pinceau doit marquer la présence, désigner plutôt que cerner.

*

Il y a un mot pour unir de façon immuable vide et plein : espace. »

 

 

Claude Margat

L’horizon des cent pas

Encres de Claude Margat

Calligraphies de François Cheng

Textes de Élisabeth Clément, Claude Louis-Combet, Bernard Noël, Claude Margat

Entretiens avec Jean-Michel Bongiraud, Jean-Luc Terradillos, Jean-Paul Auxeméry

Coll. Les Irréguliers, éditions de la Différence, 2005

On peut écouter & voir avec profit : https://www.youtube.com/watch?v=KM1MODCix2A

jeudi, 09 mars 2017

Claude Margat, « En marge d’une vie »

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DR

 

« La tradition allègue en Chine que Cang Jie l’ancêtre mythique inventa le langage des caractères entre deux mouvements de la tête. Premièrement, il considéra les traces laissées par les pattes des oiseaux dans l’argile, puis il leva les yeux vers le ciel et aperçut les premières constellations. Abaissant son regard à nouveau, il relia les deux espaces. Ce double mouvement désigne de la façon la plus explicite le chemin de la relation. L’image du mythe est assez belle, mais elle ne dit rien de l’intuition qui conduisit le génial inventeur de l’écriture à coudre deux espaces aussi différents sur le même ourlet de sens. Or, la mise en relation de deux éléments distincts d’une même réalité suppose au minimum l’existence d’un pré-langage, d’une pré-pensée suffisamment riche déjà pour pouvoir produire une formulation capable d’ordonner les signes, de les installer dans un discours, une logique, un fonctionnement. C’est vers ce moment de synthèse qu'il faut se tourner quand on souhaite aborder le comment de la langue. Et il fait sacrément noir dans cette région de la pensée !

 

Un corps de langue se constitue peu à peu. C’est un corps d’air dont la seule visibilité s’étale en signes séparés par des blancs. L’ombre noire des signes se forme au cours de silencieux et terribles affrontements. À la surface du corps de langue flotte tout le mobilier brisé des univers définitifs.

Nécessaire le transfert, et toujours efficace, mais sans une ombre de concession et pas plus de compassion. Car on en est le bénéficiaire un jour, mais c’est pour en devenir l’esclave demain. Sur la page colorée du monde, nous sommes prestement invités à signer le décret de notre propre anéantissement. Nous est seulement offert ce que nous nous montrons capables de saisir dans l’incessant passage de la présence à l’absence. »

 

Claude Margat

En marge d’une vie

Avec 9 peintures de l’artiste

Préface de Bernard Noël

L’Atelier du Grand Tétras, 2016

http://www.latelierdugrandtetras.fr/

mardi, 07 mai 2013

Claude Margat, « Matin de silence »

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Claude Margat lisant Matin de silence à Chauvigny ce 5 mai 2013

 

« ici

en ne regardant rien que l’air

on change aussi de ciel

 

 

en changeant de ciel

on change de vue

 

 

en changeant de vue

on change de pensée

 

 

en changeant de pensée

on change tout naturellement de vie

 

 

voici par conséquent

l’heure de l’écoute profonde

le ciel noir du silence

où se mesure chaque pas

 

un reflet du passé

confirme le présent

 

le présent confirmé

offre au doute une issue

 

le monde et l’illusion

peuvent se reconstituer

 

transformée l’étendue se donne

mais l’œil qui l’examine

s’est une fois encore

perdu de vue »

 

pages 34 & 84 du livre

 

 Claude Margat

 Matin de silence

 Préface de Bernard Noël

 L’Escampette, 2011


http://www.dailymotion.com/video/xgmiql_claude-margat_cre...

 

Vingt-et-unième page pour fêter les vingt ans de L’Escampette