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mardi, 24 mars 2020

Gérard Manley Hopkins, « Inversnaid »

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« Ce ruisseau sombre d’un brun croupe-de-cheval

Qui dévale sa grand’route et rugissant roule des rocs,

Dans la crique et la combe plisse sa toison d’écume

Et tout en bas au creux du lac tombe en sa demeure.

 

Un béret de mousse fauve bourré-de-vent

Virevolte et se défait à la surface du brouet

D’un étang si noir-de-poix, farouche et menaçant

Qu’il touille et touille le Désespoir pour le noyer.

 

Imbibés de rosée, bariolés de rosée, voici

Les replis des coteaux où le torrent s’encaisse,

Les rêches touffes de bruyère, les bosquets de fougères,

Et le joli frêne perlé penché sur le ruisseau.

 

Qu’arriverait-il au monde, s’il se voyait ravir

L’humide et le sauvage ? Qu’ils nous soient donc laissés,

Oh ! qu’ils nous soient laissés, le sauvage et l’humide,

Que vivent encor longtemps herbes folles et lieux sauvages ! »

 

Gérard Manley Hopkins

Grandeur de dieu et autres poèmes (1786-1889)

Traduits de l’anglais par Jean Mambrino

Préface de Kathleen Raine

Granit, 1980

dimanche, 03 juillet 2011

David Gascoyne

Fête

 

 

Après avoir eu longtemps soif du ciel, c’était le ciel,                 

Ce lac d’éther ; vaste voûte azurée,

Intense étendue entre les bords de l’horizon !

Sur les quais

Les fenêtres ouvertes brillaient comme des ailes,

Tissant de longs rayons parmi les arbres sans feuilles ;

Les sirènes des chalands à la dérive chantaient,

Et la journée entière

Buvait le cours fertile du ciel.

 

Et dans les faubourgs de la ville

Où les dernières bâtisses portent leur regard vide

À travers les terrains vagues, où des ruisseaux rouilleux

Parmi des carrés bruns de sol élimé

Poursuivent leur infiltration, un train sauvage

Se ruait dans une traverse avec des cris de triomphe,

Lâchant des banderoles d’épaisses fumée en tourbillons

Qui montaient et restaient suspendus, pressentiments, dans l’air…

 

Encore une fois la terre, son âme enfouie ranimée,

Aspirait à la splendide explosion de l’Été

Ainsi qu’à une mort illustre.

 

Paris, 1938

 

1284848809_20f71abeca.jpgDavid Gascoyne

Misere

Traduit de l’anglais par François Xavier Jaujard

Granit, 1989