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samedi, 24 mars 2018

Ludovic Degroote, « La Digue »

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« Emboîtant le pas, toujours en train de se quitter, écrivant ailleurs, d’une même voix.

 

Ce qu’on vit pèse plus que la solitude des autres réunie. On est généreux le temps d’un mot, qui dure le temps qu’on le dit.

 

On est là les yeux fermés, exactement comme si c’était une attente. Quand la pluie mouille, l’intérieur est d’abord atteint au cœur, ça va ensuite autour ; là où l’intérieur et le dehors se confondent c’est le plus impossible à toucher, là seulement où la tête repose au plus près.

[…]

 

On meurt, on n’a rien demandé, c’est le premier geste qui nous porte à l’habitude, on se défait des images, quand on dort et qu’on ne voit rien, c’est là le meilleur, pas d’humidité à l’intérieur, on est effacé, comme si on avait disparu de soi.

 

On est au début de la digue, au bout on est à la fin, si on n’a pas fini on revient, s’entassant là, se taillant une mémoire, un relief, par passages successifs, on s’occupe d’une place, on ne pense à rien, on est bien, on vit. »

 

Ludovic Degroote

La Digue

Editions Unes, 1995, rééd. 2017

https://www.editionsunes.fr/catalogue/ludovic-degroote/la...

19:37 Publié dans Écrivains, Édition | Lien permanent | Tags : ludovic degroote, la digue, unes

jeudi, 27 novembre 2014

Ludovic Degroote, « José Tomás »

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« pourquoi ferais-je un poème s’il n’y a pas à en faire – aligner les vers ne fabrique qu’un alignement de vers ; je n’ai pas de théorie sur ce qu’il faudrait faire de plus ; le poème en soi ne porte rien de mieux : il ne porte que si c’est devenu un poème : ce qui fait basculer dans le poème – j’en reviens toujours au même

 

les mauvais poèmes qu’on pourrait faire sur la tauromachie, le torero, le toro : ils se pressent à la porte ; on peut y glisser un picador ou un banderillero : ça ne fait pas de mal et ça joue couleur locale ; la chute parfaitement adapté à la mort : n’oublions pas les métaphores et les symboles : ça profite à l’esprit

 

pendant ce temps, josé tomás a laissé son corps à l’hôtel : ce sont ses propres mots

 

il faudrait parler des accidents : non pas l’accident qui vous mène à l’infirmerie des arènes, mais celui qui crée un angle lorsque vous écrivez, qui vous embarque soudain dans une direction inattendue et imprévisible – l’accident est une propriété de l’art : choisir ou non de l’intégrer pose un problème qui rejoint la question du risque

 

je suppose que josé tomás n’est pas cantonné à ce qu’il évalue que permet le toro : il doit se tenir disponible à un imprévu qui ouvrirait une possibilité qu’il ne pouvait deviner, et dont la surprise laisse entendre qu’elle ne pourrait l’être, alors qu’elle rompt avec ce qui précédant autant qu’elle s’inscrit dans une logique de l’imprévisibilité

 

chez l’artiste, l’errance peut provoquer l’accident – pas dans l’arène

 

beaucoup d’errances dans la vie peuvent mener à écrire »

 

Ludovic Degroote

josé tomás

 Éditions Unes, 2014

Signe du toro du 21 octobre 2012 : http://www.dailymotion.com/video/xuhq3d_signes-du-toro-sp...

mercredi, 10 avril 2013

Ludovic Degroote, « Monologue »

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« probable qu’une façon de se supporter à travers son passé c’est d’en faire quelque chose qui soit une capacité à vivre avec soi, sinon on se tuerait chaque jour

 

cela m’apparaît si simple et si compliqué que je ne sais plus comment regarder les choses ni comment les vivre, si elles sont vivables ni même si je peux les regarder, car cela me demanderait de vivre avec tout ce que j’ai enfoui, or, comme je les ai enfouies, c’est parce que je pensais ne pas vivre avec elles, à l’instant où je croyais encore, dans l’illusion qu’il m’aurait été permis de choisir, que je pourrais vivre en les abandonnant

 

alors je continue à voir ma vie comme si j’étais à côté parce qu’y pèse toujours quelque chose qui manque

 

cette impression d’être brisé, qui est une exagération, puisqu’elle n’a officiellement rien supprimé de ma vie, je retombe dans une forme d’enfance à partir de quoi il me semblerait pouvoir recommencer, si je comblais les manques

 

depuis mon adolescence j’essaie de rationaliser ce qui peut l’être pour tenter d’échapper à moi-même, je n’y arrive que par fragments, à la manière dont on s’atteint à travers ce qu’on vise, parce que, si on se rate, on touche à quelque chose d’autre de soi »

 

 Ludovic Degroote

 Monologue

Champ Vallon. Coll. Recueil, 2012