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vendredi, 29 juin 2007

Marek Bienczyk, Tworki

bca1f2aa7460ee001f361dcfdf81df42.jpgMarek Bienczyk
Tworki
Traduit du polonais par Nicolas Véron
Coll. Denoël & d’ailleurs
14x20,5 ; 272 p. ; 20 € ; isbn : 2.207.25630.8
On l’attendait ce nouveau roman de Marek Bienczyk paru en Pologne en 1999. On l’attendait tant que l’on craignait presque d’être déçu. Que nenni ! Un grand livre, voilà ce que le résident de la Prévôté à Bordeaux, à l’automne 2004, nous envoie par-dessus les frontières.
« C'est du dessous de ma paupière, c'est du fond de la rivière que ces mots sont venus au monde. Au commencement, oui, était l'écriture, de hautes lettres trop serrées, disgracieuses, qui se disputent la place et entravent l'envol de la phrase. L'un dira que les mots ne se pressent guère d'atteindre le point, l'autre que quelque chose les retient, et tous diront, moi le premier, qu'en vérité ils voudraient pouvoir encore reculer, rebrousser chemin, mais qu'il n'est plus temps. Il faut leur offrir une dernière chance de remplir la ligne, de respirer à pleins poumons d'une marge à l'autre, maintenant que tout est consommé, ou que rien n'a plus d'importance », ainsi commence ce roman qui se déroule en Pologne, à Varsovie, à Tworki – qui est le nom de l’hôpital psychiatrique de la capitale polonaise – pendant la Seconde Guerre mondiale. Et Tworki, l’asile de fous, devient un asile tout court pour quelques-uns : Jurek saucisson-sec, Sonia, Olek, Danka, Janka, Marcel, Rubens, Zorro et Antiplaton…
Dans une langue remarquable d’invention, de rythme, truffée de rimes internes rares et d’allitérations – le traducteur a du réellement en baver –, Marek Bienzcyk propose une vision de l’Histoire inattendue et absolument significative de sa vision de l’homme et du monde. L’empathie est ce qui gouverne l’œuvre de cet écrivain rare qui nous montre qu’un peu d’amour peut changer bien des destins courus d’avance. Tout de sensibilité retenue, de compassion affectueuse, de dérision pertinente, Tworki nous parle de nous, d’un nous fraternel et mélancolique, d’un nous naturellement heureux, ce nous rêvé qui dans ce monde en guerre permet à ces êtres d’échapper à l’horreur. Mais la tragédie domine trop ce monde pour que l’on puisse lui résister toujours. Car ce monde où les malades traînent en pyjamas rayés est à une épaisseur de feuille de papier de celui des déportés – qui n’est déjà plus le monde d’être celui de l’horreur. L’hôtel Polski est bien là, terrible piège, le ghetto, les insurrections, la résistance, oui, tout cela a bel et bien existé à deux pas de Tworki où l’on pouvait croire que la vie file sur les rails du petit train de l’amour… mais l’Histoire rattrape toujours les histoires. C’est à cela, à cette embellie et à cette déroute, que Marek Bienzcyk nous fait assister, mais on aura compris qu’il nous donne, à chaque pages, toutes les raisons de croire encore que l’amour, l’amitié, une certaine légèreté et une certaine ironie valent mieux que tous les cynismes, les calculs, et les plus viles volontés de puissance.

15:40 Publié dans Écrivains | Lien permanent

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