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  • La Rencontre dans l'escalier

    Vient de paraître par l'auteur de ce blog :

     

    6c69b24e8f7ac7b0e6aa649c83f2dbef.jpgLa Rencontre dans l'escalier

    Claude Chambard 

    Editions de l'Atelier In 8, www.atelier-in8.com/editions 

    Coll. La Porte à côtée ; 11x17 ; 40 p. ; 5 € ; isbn 978.2.916159.37.9 

    "Une maison, un salon, un bureau, un grenier, un escalier. Et des livres, des livres partout du sol au plafond. Un homme en bas, une femme en haut, que sépare chaque jour davantage l'escalier, cet escalier où montent et descendent leurs voluptueuses attentes, gonflées des mots que l'un habille ou travestit, emplies des mots que l'autre dénude et caresse de sa bouche rouge. Une maison où se croisent leurs désirs sans ne rencontrer jamais que leurs amants de papier, où les cris du plaisir de l'un sont la souffrance de l'autre, où le jouisseur est toujours le soliste d'une ultime et meurtière musique." dit la quatrième de couverture. 

  • Cercle

    27d276cda058ec21cfc9118ed05a5752.jpgCercle
    Yannick Haenel

    « Lorsqu’on écrit une phrase d’un livre, toutes les phrases de ce livre se mettent à vibrer. Celles qui sont déjà écrites, aussi bien que celles qui vont s’écrire. Elles se déplacent, s’ajustent. C’est imperceptible. Au moment d’écrire une phrase, cette phrase vous est donnée par les autres phrases du livre : en se mettant à exister, elle modifie par sa seule existence l’ensemble des phrases, qui toutes se mettent à changer, tout en restant les mêmes. »


    Voici un livre qui divise. Tant mieux ou qu’importe.
    Je n’ai pas lu les précédents livres de Yannick Haenel.
    J’ai entendu bien des sottises sur Cercle, venant, pour l’essentiel, de gens qui avouaient l’avoir parcouru, avoir fait du vent avec les pages. De cette famille très répandue des lecteurs qui ne lisent pas mais qui savent – et le livre de Pierre Bayard bien mal lu leur donne, croient-ils, raison. Ce n’est pourtant pas du tout ce que Bayard souhaitait d’évidence.
    J’ai beaucoup aimé Cercle, lu pour l’essentiel dans le train.

    Depuis la dernière page – manuscrite –, Cercle continu son chemin en moi. J’y pense beaucoup. J’ai recopié de nombreuses phrases.
    C’est un livre où la phrase est fondamentale.
    Les livres où la phrase a toute sa place ne sont pas si courant. – Pierre Guyotat, Roger Lewinter…
    Yannick Haenel vient d’écrire un gros livre où il exprime la phrase  – comme on dit qu’un torero exprime le toro.
    Cinq ans sur la phrase. Phrase après phrase. Cinq ans.
    Parce que la phrase mérite la lenteur, le travail, oblige à une déambulation en soi-même afin de se réveiller du cauchemar de l’Histoire – cf. Benjamin et Joyce – et de notre propre histoire.
    La phrase comme renaissance, voilà ce que Yannick Haenel propose et il a bien raison.
    Moby Dick, Ulysse, Dante, Joyce… et Benjamin, Celan, Sebald, témoins incontournables de l’Histoire du XXe siècle. Tous croisés dans le livre dans la contraction du temps que permet l’écriture, que permet la phrase.

    Une danseuse – Anna Livia de la troupe de Pina Bausch – dont les gestes lestés de sens et de légèreté font échos aux phrases, des femmes, beaucoup de femmes, beaucoup de corps de femmes, puisqu’il s’agit de reprendre absolument vie.
    Jean Deichel saigne, et ce retournement du corps, ce retour au corps, permettent à la vie de revenir, puisque la mémoire immémoriale n’abandonne jamais celui qui s’engage dans la voie du langage.

    Au début du livre Deichel décide ne pas prendre le train de 8h07 qui l’emmène à son travail. Plus tard, on trouvera ces phrases que chacun doit méditer sauf mourir : « Appartenir au “monde du travail”, c’est collaborer à son propre écrasement. » « Comment avez-vous pu laisser vos vies se rétrécir ? demande Marx (par ma bouche). N’est-ce pas la seule question ? La seule véritable question politique ? On commence par se sentir misérable, et voici que l’on met à barboter dans la souille, dit-il (par ma bouche). Bien sûr, la plupart du temps, ça ne se voit pas. La boue est invisible. C’est toujours comme ça avec la classe moyenne : elle sauve les apparences. Mais dès que vous approchez le nez, ça sent le derrière humain. Car les petits compromis honteux ont beau se fondre dans votre intimité – ils schlinguent. Vous laissez votre vie quotidienne se facturer comme une marchandise, comme un slip, un aspirateur, une portion de frites ? Si vous bradez ainsi votre âme, c’est normal qu’elle sente mauvais.»

    Il faut lire ce livre, ambitieux. S’y précipiter, on ne s’y perdra pas car «Le labyrinthe n’est pas le chemin qui vous mène à votre perte, mais le chemin qui revient. Celui qui vous ramène toujours au même point – à cet instant qui est, qui a été, qui sera. Ce point est le vôtre. C’est ce point qu’il faut vivre, et les phrases vous ouvrent à ça. Car au moment où une phrase s’écrit, toutes les phrases existent. Dans l’éternel retour des phrases, le réveil a lieu à chaque instant.»


    « Avec un manteau et du papier, le monde s’ouvre. Avec un manteau, de l’encre et du papier, vous changez le monde. Et même si personne ne le remarque, cela n’empêche pas le monde d’être changé. Que quelqu’un, à l’instant, s’enveloppe d’un manteau, qu’il trouve de l’encre et du papier, qu’il commence à écrire, et l’on verra si le monde reste le même. »

    Oui, on verra.

     

    Gallimard ; coll. L’Infini ; 14x20,5 ; ill. ; 500 p. ; 21 € : isbn : 978.2.07.077600.9

     

  • Aller au diable

     

    36140496917c2caeaea01ec755202aaa.jpegAllain Glykos
    Aller au diable
    14x20,5 ; 128 p. ; 14 € ; isbn : 978.2.914387.90.3

    Allain Glykos – le crétois de Talence comme ils disent au football –, nous donne depuis bientôt vingt ans régulièrement de ses nouvelles et, le plus souvent, par les bons soins de Claude Rouquet l’éditeur de l’Escampette qui a quitté Bordeaux pour le calme et les paysages de la Vienne.
    L’œuvre se fabrique ainsi sous nos yeux, sur le thème – souvent – de la famille, des rapports aux autres, aux siens, aux proches. Ainsi de Parle-moi de Manolis, du Silence de chacun, d’À proprement parler, de Faute de parler… avec cette persistance d’expressions communes dans le titre. Aller au diable en est une belle. Le plus terrible avec Allain Glykos c’est qu’en prenant l’expression au pied de la lettre justement, il en tire la substantifique moelle pour nous montrer ce que nous sommes – et dont il ne s’exclut pas, loin s’en faut.

    Donc, Aller au diable. Allons-y.
    Antoine – ou François, ou Gustave, mettons–, fils d’Étienne cafetier et gendre de cafetier à l’enseigne du Petit Paris, admirateur de Paul Lafargue et de Jules Guesde,  précurseur de l’ascenseur social – tout ceci se passe fin XIXe, début XXe –, peseur de mots comme pas deux et père ambitieux… Antoine, donc, est un petit gars formidablement intelligent, qui aime bien les gambettes des clientes – et même des clients, il n’y aurait rien de sexuel là-dedans – au point de les reconnaître au premier coup d’œil, un petit gars qui passe des heures à diriger des colonnes de fourmis, à contrarier leur progression – le voilà « commandant des fourmis ».
    Les ambitions de papa, envoient Antoine au Lycée, à l’internat. Il a le soutien de l’instituteur, certes, mais il perd les jambes, les chaussures, les fourmis, et comme il est fort en thème – comme on dit –, il se taille une bien mauvaise réputation auprès de ses condisciples, fils de bourgeois pour l’essentiel – « Pour qui il se prend ce fils de cafetier ! ». 
    Il obtient son bac – la fiertié de papa ce jour-là… – l’année du cuirassé Potemkine – ça nous met en 1905. Du passé faisons table rase – qu’ils chantaient ! –, voilà ce qui lui paraît évident, seulement voilà, lui il a lu ça chez Descartes. Faire table rase de tout ce qu’il avait appris dans ce maudit Lycée pour commencer. Faire tabula rasa.
    Et ça pour faire table rase, il va l’araser la table. Il part. Il laisse tout. Il marche devant lui. Il croise une femme – Madeleine, jeune et jolie, tirée à quatre épingles, enfileuse de perles de profession, spécialisée en de couronnes mortuaires – elle le suit, comme un chien… comme un chien qui lèche la main de son maître. Il la possède sans joie, peut-être sans plaisir, il s’absente. Du monde, de lui-même. Il n’est plus là. Il marche, il marche, il va au diable.
    Dans les marais de Charente-Maritime, il croise un Courbet sur le motif, il colle de plus en plus à la vase, il s’y enfonce, Cet ensauvaginement, cet oubli – oublier devient le vrai moteur de son existence –, cette marche éperdue dans les crassats comme autant de charniers – allusion nette à la série de photographies de Jean-Luc Chapin sur des champs de tournesols dévastés –, avec les mots et les livres comme pires ennemis, devient une quête absolue du vide, alors que Madeleine elle, dans les mêmes pas, est engagée dans une éperdue quête du plein, du savoir.
    Ce roman, rompt, paradoxalement beaucoup moins qu’il pourrait paraître, avec l’œuvre antérieure. Pour la première fois sans doute Allain Glykos tient les siens à distance et cette façon de faire le révèle peut-être encore plus, encore mieux. Cette œuvre là est-elle le début de quelque chose, la fin de quelque chose… en tous cas, elle montre, comme jamais, à quel point Allain Glykos est un écrivain de premier plan qui demande à ses lecteurs toute leur attention. Pour la première fois, également, la portée politique du travail d’écriture d’Allain Glykos est nette et sans arrière-pensée. « Le soleil n’a que la largeur d’un pied d’homme » dit Héraclite, Glykos et Antoine en sont la preuve noire et rouge. « Je vais où je suis, je suis où je vais. » Oui.

     

    L’Escampette éditions
    BP 7 – 86300 Chauvigny
     

  • Les Fleurs de mai de Ventadour


    c580e5500032bf6c01e04fad3a1afe02.jpgWilliam S. Merwin
    Les Fleurs de mai de Ventadour
    Version française de Luc de Goustine
    17x21 ; 160 p. ; 18 € isbn : 2.86577.251.9

     

    La rencontre avec Ezra Pound a dix-huit ans – même dans un hôpital – changea sans doute la vie de William S. Merwim (né en 1927 à New York) puisque le poète lui conseilla l’étude et la traduction de la lyrique médiévale, et dans l’occitan des troubadours. Quelques années plus tard, l’auteur de la Renarde (chez le même éditeur) acheta une maison sur le Causse quercynois… voici comment on se retrouve dans un bain de langue inattendu lorsque l’on naît américain du Nord. Voici comment, quelques années plus tard, on répond à une commande de la National Geographic en écrivant un livre de voyage lié à son lieu de prédilection et voici que les éditions Fanlac ont l’excellente idée de la publier en Français dans la très bonne traduction de Luc de Goustine. Ainsi « dans une éclairicie entre les averses d’une matinée de fin de printemps », nous voici amené à suivre les traces de Guillhem – comte de Poitiers et duc d’Aquitaine, fils d’Aliénor, croisé, roi de la langue, grands passeurs de chants devant l’éternité – en compagnie d’un poète américain qui peut nous en remontrer sur la connaissance de la terre, des hommes et de la poésie… Un beau voyage à entreprendre en ce début d’automne, en écoutant le chant du feu dans l’âtre et si on a pas de cheminée, cet élégant volume nous nous le fera aisément croire pendant 156 pages. Ainsi, « Ventadour ne sera plus sans chanteur ».

     

     

    Fanlac
    12, rue du Professeur Peyrot, BP 24002 Périgueux www.fanlac.com

  • Édith Azam : la poésie comme défibrillateur

    044676ac1846d14eaa13455edcac05c8.jpegIl y a le sourire des poignets & son report dans un vieux cahier d’écriture, un vieux cahier d’écriture plein de bulles & d’amour & de transfert… l’histoire d’amour d’une bouche écorchée…
    Édith Azam est un drôle de loustic. Létika Klinik un drôle de livre. Je ne sais pas comment on va le lire ce livre, comment on va la lire Édith Azam qui a le cœur qui bat comme celui des oiseaux. Comment on va lire le Perrier qui fait des bulles & les médicaments qui cailloutent, les zécureuils, lé zoiso, les zoizozécureuils & les oiseaux-biscottes, Gros Matou & Mauricette… ce qui tangue, qui fait coexister ce qu’il y a de plus simple, de plus signifiant aussi & ce qu’il y a de plus subtil & de plus inventif dans cette langue qui est celle d’Édith Azam.
    Cette langue se fait dans les bulles, dans la bouche, dans l’écriture du sourire des poignets, les yeux, les yeux bleus. Cette écriture qui nous regarde & nous demande de la regarder, a une incroyable manière d’exister, de respirer, d’aspirer & de souffler, d’ébranler le monde & donc le lecteur, de l’éprouver par ricochets successifs & de plus en plus vifs, nets, tranchants jusqu’à la noyade, à l’asphyxie.
    Édith Azam travaille le récit au présent d’une expérience personnelle. Ce que nous lisons est un poème rendu au point de rupture, juste avant la libération – provisoire – du poète, de la femme, d’un qui serait l’accueil – l’écueil ? – de l’autre.

    Il faut voir & entendre Édith Azam lire ses textes pour saisir tout ce qu’il y a de juste dans son approche absolument naturelle du texte, de la voix & du corps, une seule personne, une totale unité, le révélateur de soi-même à soi sans fin, personne devient cette personne, celle-là, toute de fragilité, apeurée mais rapide comme un écureuil,  légère comme un oiseau, solide comme la mer qui jamais ne s’arrête, comme une fille qui n’aime pas qu’on lui coupe la parole.

    Jamais installée, cette poésie est un objet verbal résolu – absolu ? – qui retravaille le monde, en l’agrégeant autour de la possible existence d’une plus grande légèreté. Pour cela l’écrivain aura du faire le travail d’une qui est un & qui doit retrouver le féminin partagé loin de l’aile orange mais tout de même, hui, dans le transfert des yeux bleus de la psychiatre à travers un accord-désaccord où chacun dit bien, entend bien, l’illusion du même & reconnaît en chacun ce qui fonde l’incommunicable.
    C’est à vif, toujours un beau paquet de nerfs – souple pourtant – & absolument archaïque, sans confort, sans concession, ni calcul. Cette poésie, qui vient de très loin pour nous toucher très près, est celle d’une vraie présence, physique & mentale qui bouleverse, à tout le moins, le monde qui l’entoure aussi cliniquement désordonné soit-il.
    D’une richesse sonore détonante, arc-boutée à une énergie qui se régénère sans cesse d’envoyer les syllabes vers l’autre, la poésie d’Édith Azam agit comme un défibrillateur pour les cœurs les plus abîmés & même les plus secs.


    Létika klinik par Édith Azam
    48 pages, 14X19, 10 €, isbn : 2-9524151-6-1

    http://dernier.telegramme.free.fr/