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vendredi, 14 mai 2010

Laure

Petit carnet rouge (extraits)2973907947_ff2f2dbff1.jpg



Vendredi 6 mai 1938


Et à la fin cela revenait à écouter avec des airs de disciples fervents des histoires de propriétaires ou de cuisine ou de femmes de ménage.

Abaissement abjection, quitter leurs préoccupations, leurs mesquineries, leurs petits buts, leurs vues courtes, leur terre à terre immédiat et suivre ta voie [        ] la tienne, celle d’aucun « autre » être humain. Connais-tu une destinée semblable à la tienne ? NON. Moi seule ai vu et vois comme on peut voir : absolument et de si loin –


Lundi 9 mai


Se faire rare manquer un rendez-vous et s’arranger pour le revoir le surlendemain seulement en présence d’un de ses amis pour que les autres soient témoins de son trouble ; ce qu’elle vivrait seule ne compterait pas, elle a besoin de démontrer et tout de suite, même aux plus vulgaires, surtout aux plus vulgaires.


[…]


Lundi 16 mai


Si je ne communique pas je me laisse m’embrouiller – cette plante qui pourrit tout ce qui lui sert de support – la vie à deux vide de sa substance l’un des deux – n’être dominée par aucune peur, de ce qui avilit, rabaisse mais ce qui détruit tout en soi.


Mercredi 18 mai


– Vous aimez comme source claire, tout est altéré parce que retrouver la vie dans son intégrité dans sa totalité.


[…]


Mardi 24 mai


Entrer dans un monde fiction où tu joueras un rôle devant moi dans lequel tu m’assignes une place délimitée.


– Vie d’ermite pendant que vient ce qui est échange poésie et amical tu le vivras à Paris, ça non.


Jeudi 26 mai


– Quelque chose

sourd déborde

les écluses craquent

douleur plus de douleur

la renaissance de la vie


– Plus rien de cette ardente passion ?

et cette affreuse inquiétude

et Lui


Non = rien

douleur

pas de douleur

immobilité

le silence dans ton corps

silence las de douleur

de tout en toi.


Samedi 28 mai


– et puis un jour le mouvement restreint et puis libre

vie physique

le corps comme la plante

la plante la terre

comme s’il s’implantait dans la terre par le mouvement, retrouvant force de pesanteur.

Corps détaché de toutes les lois physiques. De toutes ces impressions celle-ci est-elle bouillante ou glacée, que vous dirais-je ?

Plus de cris de douleurs ?


Jeudi 2 juin


– Versez l’eau bouillante

et puis posez la glace

je ne sens plus rien, rien

enfoncez vos épines dans la chair


– où est ma jambe ?

peut-être pendue dans les

branches de cet arbre

là où les pigeons font l’amour.


– Ton corps c’est la Loi

tout vient apres

Rien n’est plus heureux que cette renaissance

dans ton corps plus grave



Dimanche 5 juin


Vous n’imaginez pas quelle           assez maligne cela peut être pour moi

Cette fois tous les ponts sont bien coupés : que peuvent comprendre à ma vie ceux qui se donnent des airs de tremper dans tous les complots, d’éventer les secrets profonds de rires gras comme au promenoir de vaudevilles, rires gras et rentrés, de prendre des petits airs.


[…]


Laure

Écrits retrouvés

Préface de Jérôme Peignot

Coll . Comme, Les Cahiers des brisants, 1987

19:59 Publié dans Écrivains | Lien permanent

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