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lundi, 01 novembre 2010

Adorno/Celan, Correspondance

25971.JPGAdorno / Celan

Correspondance

Traduit de l’allemand par Christophe David et présenté par Joachim Seng

96 p. ; 16 €

Nous http://www.editions-nous.com/

 

Cette brève correspondance – 1960-1968, 17 lettres en tout  – paraît aux éditions Nous, préfacée par Joachim Seng. C’est heureux car nombre d’allusions, dans les lettres de Paul Celan principalement, seraient difficiles à saisir, à situer, sans la justesse et la clarté des propos du préfacier. Plusieurs fois Celan fait allusion à la pénible affaire avec Claire Goll qui, on le sait, l’accusa d’avoir plagié les poèmes de son mari Yvan avec qui Celan était très lié, celui ayant même envisagé la création au décès de son épouse d’un Fonds Claire et Yvan Goll, dont Celan devait faire partie. Le temps a montré, que ces accusions étaient infondées, mais Celan en fut terriblement meurtri : « Celan a été qualifié d’escroc, plagiaire et charlatan, comme je vous le dis ! », écrit-il dans une lettre à Albert Sperber. Et à Adorno : « Votre Sioux qui vend aussi de vieilles métaphores sur les chemins dérobés de la littérature » qui est une allusion directe à une lettre de Claire Goll où celle-ci écrivait : » Celan, le Sioux de la poésie qui emprunte des chemins dérobés. » et ce n’était pas une amabilité.

À l’époque de cette correspondance entre le poète et le philosophe, Celan publie Dialogue dans la Montagne qui a pour objet une rencontre manquée avec Adorno à Sils-Maria et qui fait dialoguer le Juif Große (le grand Juif) et le Juif Klein (le petit Juif) (Celan comprendra tardivement qu’Adorno, dont la mère est catholique, n’était pas juif) et obtient le prix Büchner le 14 mai 1960. À cette occasion, il prononce un étonnant discours le Méridien où, à travers une lecture de Büchner, il explique ce que sont pour lui l'art et la poésie.

Au centre de cette correspondance on trouve des allusions également à la fameuse formule d’Adorno « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ». C’est pourquoi la publication du Dialogue dans la Montagne est si importante où Celan prend position contre ce qu’il entend comme un verdict, en donnant de son côté « un dialogue entre deux Juifs, un dialogue sur les précipices et les failles de la langue, une langue d’après Auschwitz » comme le rappelle Joachim Seng.

Celan, par ailleurs, attend d’Adorno un article sur sa poésie et il le lui rappelle plusieurs fois, mais il n’aura jamais ce qu’il aurait été en droit d’espérer, même si quelques pages sur son travail paraîtront après la mort du philosophe.

Cette correspondance montre combien les rapports entre les deux hommes étaient complexes malgré leurs points communs et combien l’attente de l’un ne fut jamais réellement comblée. Mais Celan avait cette « faculté de résister au pire en le transformant en langage »

Claude Chambard

 

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