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dimanche, 23 décembre 2012

Françoise Ascal, « Lignées »

 

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« Ce que je sais, tout le monde le sait. Je ne sais rien que je serais seule à savoir. Et tout ce que j’ai appris je le savais déjà. J’en arrive à douter d’exister. J’en arrive à ne plus savoir si un moi est possible. Si  quelque chose à soi est possible. Dans la foule je vous regarde et me reconnais. À des milliers d’exemplaires. Visages d’argile commune. Regards qu’on pourrait croire uniques. Vous-mêmes, sentez-vous parfois votre crâne devenir un lieu de traverse, un corridor ouvert à tous vents, un hall fourmillant, tandis que vos pas sur le sol ne laissent aucune trace, votre chair aucune ombre ? »

 

 

Françoise Ascal

Lignées

Dessins de Gérard Titus-Carmel

Æncrages & co. , coll. Écri(peind)re

http://www.aencrages.com/

 

mercredi, 19 décembre 2012

Martine Broda, « À nouveau tout à toi »

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« à nouveau tout à toi

à la folie des signes

 

dans mon lit je me tourne en murmurant ton nom

 

*

 

l’amour que tu m’imposes est plus dur qu’aux vieux temps

 

ceux-là où le sexe et l’amour

faisaient mauvais ménage

 

*

 

se voir si peu se

voir

 

mais en songe

 

alors qu’on s’est vus à jamais

 

(avec pour seul soutien les bribes de la voix :

 

comment pouvons-nous exister l’un pour l’autre si fort ?)

 

*

 

la vue à jamais sidérée par l’image

déjà floue mais brûlante

 

éviter enfin le regard

 

*

 

 

se frôler

sans jamais se toucher

 

s’insulter se

 

méconnaître vivre de

malentendus »

 

 

 

Martine Broda

À nouveau tout à toi

In « Poèmes d’été »

Poésie/Flammarion, 2000

 

en écrivant sur/pour Martine Broda pour “le Nouveau Recueil”

 

lundi, 17 décembre 2012

Michaël Glück, « la Table »

V

 

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« chacun selon sa langue recommencer dans le commencement de la séparation chacun selon sa langue réinventer le jour frapper la pierre d’un mot reprendre la filiation des noms dans le livre des schistes chacun selon sa langue le poème réfractaire et les lèvres rebelles à l’idole

 

lapidaire lazuli

 

 

ni ciel gris ni ciel noir ni la foudre ni l’effondrement ni la ruine rien rien de tout ça le récit ne dit rien seules les images dans l’après ont réitéré la nostalgie de l’unisson

 

comme si le rêve en sa blessure avait redoublé l’expulsion du jardin d’éden comme si quelque faute avait été commise entre le temps de la fondation et celui de la fuite de babel

 

­­­­­­­­

 

et par le ressassement de la malédiction en eux venue d’un dehors vide par les lamentations proférées face à l’autre incompréhensible par la déploration devant le miroir ils oublient qu’ils se sont eux-mêmes maudits qu’ils se sont eux-mêmes châtiés ils n’entendent pas la chance qui leur est donnée d’un recommencement

 

 

car chance est là donnée non dans un retour compulsif vers quelque langue parfaite mais dans le rappel à chacun de l’offrande et du devoir de s’énoncer pour s’annoncer car chance est là donnée dans ce qui est non pas le châtiment d’avoir voulu monter à l’assaut du ciel de cela celui qui s’est dans le commencement retiré rirait plutôt mais la juste exhortation à ne jamais se soumettre

 

 

ton assiette est vide et ton verre est brisé si nul convive ne vient s’asseoir face à toi la table est détruite tu te tiens devant l’auge tu es la proie de qui vient y jeter le brouet qui te prolonge à peine vers le lendemain celui-là qui arrive derrière toi marque ton épaule d’un signe que tu reproduis dans l’argile qui te cuit

 

 

couler dans le moule passer au four calibrer mesurer jeter au concasseur l’impur et l’imparfait faire est parfaire trier éliminer sélectionner transporter conformer fabriquons cuisons bâtissons entreprenons concentrons parlons d’une même lèvre commerçons

 

et les poètes

 

nous en ferons l’économie

 

 

chacun vit asservit au rêve de l’empire chacun se satisfait de cette soumission chacun à l’illusion de bien conduire ses pas sur la route tracée dont il relève les bornes dont il comble les trous avec le goudron de l’angoisse chacun délègue à l’empire le soin de broder le sens »

 

Michaël Glück

La Table

Second volume de la série « Dans la suite des jours »

L’Amourier, 2005

 

samedi, 08 décembre 2012

Hélène Frappat, « Sous réserve »

 

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« 109. La réserve n’est pas un moyen terme entre la vérité et le mensonge car entre deux termes, il n’y a rien. Elle ne s’oppose, ni à la vérité, ni à la sincérité — mais à la franchise. “Entre la véracité et le mensonge il n’y a pas de milieu, tandis qu’il en existe un entre la franchise qui consiste à tout dire et la réserve qui consiste à ne pas dire en exprimant sa pensée toute la vérité bien que l’on ne dise rien qui ne soit pas vrai.” (Kant) Elle me contraint à penser que l’on pourrait être sincère, sans dire toute la vérité ; que l’on pourrait, sans mentir, ne pas la dire toute.

 

110. En peinture la réserve est la surface d’un ouvrage (tableau, aquarelle, etc.), laissée intacte, sans ornement, en relief ou en blanc ; en imprimerie cela s’appelle un cache.


111. “J’ai revu la mer avec joie et j’espère bien que cela me permettra l’oubli qui fait peindre.”


112. Depuis tant d’années que je lisais les mêmes pages, j’ignorais que “le mensonge” transgresse, non pas “la vérité”, mais ce que d’un terme bien mystérieux, Kant nomme “sincérité” — ou plus mystérieux encore “véracité”.

 

113. Tel est l’“enseignement” que Maria von Herbert reçoit de Kant. “Le défaut de sincérité est une corruption de la façon de penser et un mal absolu. Celui qui n’est pas sincère dit des choses dont il sait pertinemment qu’elles sont fausses ; dans la Doctrine de la vertu cela s’appelle “le mensonge”. Aussi inoffensif soit-il, il n’est pas pour autant innocent ; bien plus, il porte gravement atteinte au devoir qu’on a envers soi-même, et qui est absolument irrémissible parce que sa transgression abaisse la dignité humaine dans notre propre personne et attaque notre manière de penser à la racine ; en effet, la tromperie sème partout le doute et le soupçon, et ôte à la vertu elle-même ma confiance qu’elle inspire dès lors qu’il faut la juger d’après ses apparences.”

 

114. Entre la fin de l’automne 2001 et le début de l’hiver 2002 j’ai pris des avions et des trains pour te rejoindre, prétendant me rendre à Turin quand je demeurais en secret à Paris, arriver à Turin quand je partais pour Gênes, rester à Paris quand j’allais à Milan, inventant un travail à Rome où je courais te voir, toi. »

 

Hélène Frappat

Sous réserve

Allia, 2004

 

mercredi, 05 décembre 2012

Une lecture de “Cet être devant soi” par Isabelle Baladine Howald sur Poezibao

http://poezibao.typepad.com/poezibao/2012/12/note-de-lect...

 

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