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  • Georges Perec, « 56 lettres à un ami »

     

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    La quille bordel la quille !

     

    La Q b la Q et variantes scandent une grande part de ces 56 lettres à Roger. Une matière typographique et sonore qui donne — parmi autres abréviations, jeux de mots, etc. — une visibilité non seulement à l’espace de la lettre — correspondance — manuscrite ou tapuscrite, mais aussi à la lettre, au dessin, à la page, à l’espèce d’espace qui est ainsi montré et que le bleu du ciel à soigneusement restitué — en prime un cahier central en fac simile.

    Georges Perec fait son service militaire au 18e régiment de parachutistes à Pau de 1958 à 1959 — les lettres commencent en 59, il a 23 ans, et se terminent après son retour à la vie civile et son mariage avec Paulette, leur vie en Tunisie, et le retour à Paris, la dernière est datée d’un jeudi de 1968 ou 1969 — il a alors déjà publié Les Choses (prix Renaudot), Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour et Un homme qui dort et écrit La Disparition (paru en 1969).

    Comme l’essentiel des appelés, il s’emmerde et il l’écrit. Il lit, il va au cinéma, il écrit à ses amis, et à Roger en particulier, à propos de tout et de rien, mais son obsession c’est la revue qu’ils envisagent de créer, « La Ligne Générale » — qui est aussi un film de Sergueï Eisenstein sorti en 1929 — qui ne verra pas le jour et c’est bien dommage. Le ton est assez potache, léger, drôle, désespéré parfois — souvent — volontiers constitué d’abréviations et de gros mots. Quand il a une perm’ il va voir Henri Lefevre à Navarrenx ou Paul Bénichou à Orthez.

    Déjà Perec écrit, on le sait, déjà la littérature l’a accaparé, déjà elle est au centre de ce qu’il envoie à ses amis. Il exprime ses animosités — Sollers, Barthes, l’essentiel du Nouveau roman, nombre de revues… — et aussi bien ses affinités, ses lectures, les films qu’il voit — un leitmotiv : Hiroshima mon amour —, bref ce qui le constitue en ce temps où la guerre en Algérie n’est pas terminée et qu’après tout il pourrait bien y être, il saute en parachute, il tape à la machine, il tamponne des documents : la vie ordinaire d’un bidasse ordinaire qui échappe au pire, tire des plans sur la comète, engueule ses amis, fait des fiches pour la revue, ne sait pas encore qu’il va entrer à l’Oulipo — mais le lecteur voit tous les éléments favorables se mettre en place — compte les jours ­— la Q b la Q —, écrit, commence le travail qu’il accomplira bientôt : « Nous cherchons dans l’œuvre un signal, une annonce, une résonance, l’écho du combat que nous entendons mener. C’est tout. ». On pourrait citer sans fin. Il faudrait citer sans fin.

    Perec au commencement vaut pour Perec, vaut pour ce qui va advenir et que nous connaissons mais dont nous n’avions jamais pu lire la genèse. Voilà qui est fait et c’est passionnant de bout en bout.

     

    Claude Chambard

     Georges Perec

     56 lettres à un ami

     Préfaces de Claude Burgelin et du destinataire des lettres

     Le bleu du ciel

     128 p. ; ill. ; 20 €


    cette recension a paru originellement dans CCP n° 24, automne 2012 

  • Claude Margat, « Matin de silence »

    claude margat,matin de silence, bernard noël, l'escampette

    Claude Margat lisant Matin de silence à Chauvigny ce 5 mai 2013

     

    « ici

    en ne regardant rien que l’air

    on change aussi de ciel

     

     

    en changeant de ciel

    on change de vue

     

     

    en changeant de vue

    on change de pensée

     

     

    en changeant de pensée

    on change tout naturellement de vie

     

     

    voici par conséquent

    l’heure de l’écoute profonde

    le ciel noir du silence

    où se mesure chaque pas

     

    un reflet du passé

    confirme le présent

     

    le présent confirmé

    offre au doute une issue

     

    le monde et l’illusion

    peuvent se reconstituer

     

    transformée l’étendue se donne

    mais l’œil qui l’examine

    s’est une fois encore

    perdu de vue »

     

    pages 34 & 84 du livre

     

     Claude Margat

     Matin de silence

     Préface de Bernard Noël

     L’Escampette, 2011


    http://www.dailymotion.com/video/xgmiql_claude-margat_creation#.UYjWnIIRJVc

     

    Vingt-et-unième page pour fêter les vingt ans de L’Escampette