UA-62381023-1

Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 19 janvier 2015

Pour Claude Rouquet

claude rouquet,claude chambard

Claude & Claude, juillet 2014 © Sylviane Sambor

 

 Claude, mon copain,

 

Depuis que tu as fait ta dernière galipette, mercredi, je me suis plongé dans la bibliothèque que tu as constitué au cours des 21 années & des poussières où, ayant quitté la chaussure — qui t’avait néanmoins fait rencontrer Sylviane, l’amour de ta vie, & appris le sens des affaires — ayant quitté la chaussure donc, tu avais décidé de consacrer le reste de ta vie à publier les manuscrits que tu aimais. Je puis donc dire, même si c’est facile, que ce catalogue qui s’est constitué par la grâce de tes coups de cœur & de ta remarquable mauvaise foi, te ressemble & c’est bien le moins. Au-delà de cette ressemblance ce catalogue est la vitrine lumineuse de tout ce que tu aurais pu écrire, que tu nous a donné en partage & qui constitue ton œuvre originale. Cette œuvre elle est de salubrité publique, tous tes lecteurs en conviendront, tous tes auteurs aussi. Nombreux sont ceux qui depuis mercredi — ce 13 janvier où je devais venir te rejoindre, ce 13 janvier, à deux jours près un mois avant notre fête — qui me téléphonent, qui m’écrivent & tous me disent combien sans toi leur vie n’aurait pas été la même car sans l’exigence que tu avais envers leur écriture, ils n’auraient d’évidence pas écrit la même œuvre. Ils savent ce qu’ils te doivent, comme tu sais ce que tu leur dois à chaque nouveau livre publié. Mais pour dire tout cela il faudrait un nouveau chapitre du Livre des éloges de l’ami Alberto Manguel.

 

Donc, soyons sérieux, il est plus judicieux que je reste à ma place. On le sait, la seule chose qui nous intéresse, celle pour laquelle on fait éditeur ou auteur, ou pire les deux, c’est le pognon. Allain Glykos m’en parlait encore récemment. Tu avais cette fâcheuse habitude de toujours oublier un zéro sur les chèques annuels que tu envoyais aux auteurs. Ils l’ont tous remarqué, rares sont ceux qui se sont permis de te le dire. C’est d’ailleurs comme ça que tu t’es enrichi, que tu as pu acheter la plus belle maison de Chauvigny & que comme chacun le sait tu roulais en Bentley avec chauffeur. Un bel exemple d’enrichissement personnel. Oui, un bel exemple car cet enrichissement personnel c’est bien entendu dans les livres & nulle part ailleurs que tu l’as gagné. Des premiers poches achetés adolescent à Orléans au dernier livre publié par tes soins à ce jour — la réédition de Tu ne connaîtras jamais les Mayas de Jean-Jacques Salgon —, ce sont les livres qui t’ont porté, qui t’ont fait ce que tu es et ce pourquoi nous t’aimons, avec ton fichu caractère, ton air d’être toujours en train de préparer une farce, tes avis tranchés, tes moqueries ravageuses, mais aussi ton attention extrême, ta bienveillance affectueuse.

 

Il n’y a eu que deux ombres à notre amitié : un poisson mal digéré & une fougère mal soulignée. Deux blagues, deux gamineries que nous avons résolues dans un grand éclat de rire dans le petit bureau de la rue Porte-Basse à Bordeaux dans lequel je venais si souvent te rendre visite.

 

La vie est malicieuse. Tu tapais la semelle à travers la France, Sylviane, en couettes, attendait son Prince charmant, à deux pas du petit Bois de Trousse-Chemise, dans le Lot-et-Garonne. Tout a commencé par des chiffres & des lettres. Le nombre de chaussures qu’il te fallait placer pour garder ton boulot & les lettres que tu envoyais à la jeune fille en fleurs que tu enlevas bien vite. La vie est insupportable. Elle t’a fait souffrir pendant des années mais, comme ton copain Cyrano, qui donne à tous le « courage d’être des héros », tu as lutté jusqu’au bout de tes forces.


C’est une farce, hein, tu vas continuer avec nous & nous allons poursuivre avec toi le travail commencé & qui ne prendra pas fin.

 

Je t’embrasse bien affectueusement mon petit Clint.

 

Ah, une dernière chose, quand ça sera mon tour, j’amènerai le sac de billes que tu as oublié parce que l’éternité, comme disait l’autre, c’est long, surtout vers la fin, alors autant continuer à s’amuser.

Claude Chambard

 

Prononcé lors de l'hommage à Claude le 17 janvier à L'Échappée

13:20 Publié dans Édition | Lien permanent | Tags : claude rouquet, claude chambard

Commentaires

magnifique d'émotion, de tendresse et d'intelligence...

Écrit par : michaël glück | lundi, 19 janvier 2015

Les commentaires sont fermés.