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mercredi, 28 décembre 2016

Pétrarque, « Canzoniere »

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Pétrarque par Giorgio Vasari, Palais Fesch, Ajaccio

 

« Il se compare au papillon

 

Comme parfois, au temps des chaleurs, on voit l’ignorant papillon charmé par la lumière voler pour son plaisir dans les yeux d’autrui, d’où il arrive qu’il meurt et qu’un autre est affligé ;

Ainsi sans cesse je cours vers mon fatal soleil qui brille en ces yeux d’où me vient une si grande douceur ; car Amour ne respecte pas le frein de la raison, et celui qui voit est vaincu par celui qui veut.
Et je vois bien à quel point ceux-ci me trouvent fâcheux, et je sais que j’en mourrai certainement, puisque ma vertu est impuissante contre ce tourment :

Mais Amour m’éblouit si délicieusement, que je pleure l’ennui d’autrui, et non mon propre malheur ; et mon âme aveugle consent à son trépas. »

 

Pétrarque

Canzoniere

Traduit du latin par Ferdinand L. de Gramont

Préface et notes de Jean-Michel Gardair

Poésie/Gallimard, 1983

samedi, 24 décembre 2016

Ludwig Hohl, « Notes »

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DR

 

« L’écriture n’est qu’une intensication de la lecture, et la lecture seule donne la vie à l’écriture. Ceux qui opposent ces deux activités n’ont rien compris aux livres. Ils n’ont jamais lu, jamais soupçonné ce que lire signie.

(“Lire dans un état de réceptivité souffrante” : on peut recevoir de l’argent dans l’indifférence ; mais non point la connaissance, ou quelque bien intérieur de même nature.)
Pourquoi lit-on passivement ? Cette erreur s’explique d’abord par une méprise sur la nature de la création. Nous voulons bien que l’écriture soit créatrice, disent les gens, mais la lecture c’est le contraire, puisqu’on n’y fait rien, puisqu’on se contente de récolter ce qui est déjà là. Ainsi donc, la création serait un coup de baguette magique, un pur surgissement, la métamorphose du rien en quelque chose ?

 

Tout est déjà là ; mais pour l’obtenir

L’art est nécessaire ; et qui peut y parvenir ?*

 

Ceux qui écrivent, n’ont-ils pas les mots ? Bien plus, n’ont-ils pas derrière eux des millénaires de grammaire éprouvée ? Mieux encore : toutes les pensées formées par des générations antérieures, et la possibilité de les moduler, eux qui sont environnés de forces et traversés de vie ? Ils n’ont rien d’autre à faire qu’à choisir ! La seule différence entre l’écriture et la lecture, c’est que les choix de cette dernière sont plus limités. »

 

* Goethe, Faust

 

Ludwig Hohl

Notes ou de la réconciliation non-prématurée

Traduit de l’allemand par Étienne Barilier

L’Âge d’homme, 1989

jeudi, 22 décembre 2016

Mireille Gansel, « Une petite fenêtre d’or »

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DR

 

Un abri de ferveur

 

la légende raconte :

c’était une cabane. Dans les environs d’une petite ville au bord de la rivière Prut. Une cabane que le Baal Chem – Israël Ben Elieser – s’était construite. Au-delà du gué. Il s’y recueillait. Et creusait la terre d’argile. Deux ou trois fois dans la semaine, sa femme venait l’aider à charger l’argile dans la carriole. Elle allait la vendre dans la petite ville –

 

la légende raconte aussi :

sur le dernier contrefort oriental des Carpathes, il y avait une taverne, basse et bossue sous son toit. Les jours de marché, paysans descendus des montagnes et colporteurs juifs s’arrêtaient autour d’un verre pour fêter quelque bonne vente ou heureux achat. Si d’aventure un voyageur passait, la femme du Baal le faisait asseoir, sortait sur le seuil, mettait ses mains en porte-voix et appelait : “Israël !” À un jet de pierre de la petite taverne, creusée dans la saillie de roche la plus proche, il y avait une grotte. Solitaire. Le Baal Chem s’y recueillait. Mais dès que retentissait l’appel, il accourait et s’empressait de servir l’hôte. Il portait une courte peau de mouton et une large ceinture de cuir, à la façon des paysans. Et prenait aussi leur parler et leurs rudes manières

 

la légende dit aussi :

il émanait de lui une sollicitude qui saisissait d’un mystérieux respect »

 

Mireille Gansel

Une petite fenêtre d’or

La Coopérative, 2016

http://www.editionsdelacooperative.com/