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samedi, 18 mars 2017

Christophe Manon, « Au nord du futur »

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Christophe Manon. photographie ©Sylvain Maestraggi

 

« Parfois l’amour aussi

est ce qui nous émeut d’être à ce point présent et d’une intense

douceur et ce qui nous reste de baisers nous en usons

pour sécher les larmes sur les joues de nos semblables et faire durer

le présent d’une joie qui ne veut pas

mourir et du silence saturé de poison la part

qu’il revendique inlassablement nous recevions l’accolade maintenant

les beaux noms nous les consignons dans nos livres franchissant

l’obscurité en des gestes fragiles donnant

mémoire à ce qui fut brisé afin

que ce qui a été rendu visible ne soit pas

effacé et qu’il ne reste pas

de mots sans sépulture. »

 

Christophe Manon

Au nord du futur

Nous, 2016

http://editions-nous.com/

jeudi, 16 mars 2017

Li Po, « Jour de printemps, après l’ivresse évoquant mon sentiment »

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Li Po par Liáng Kǎi

 

« vivre en ce monde est comme un grand rêve

à quoi bon se fatiguer ?

aussi tout le jour je suis ivre

je m’effondre et m’allonge sur le perron

au réveil je regarde dans la cour

un oiseau chante parmi les fleurs

dis-moi, quelle saison est-ce ?

“dans le vent du printemps chante le loriot”

ému par cela je suis pour soupirer,

mais devant le vin me sers à nouveau

je chante à haute voix, attendant la lune claire

quand mon chant s’achève mon sentiment est apaisé »

 

Li Po (701-762)

Buvant seul sous la lune

Traduit du chinois par Cheng Wing fun & Hervé Collet

Moundarren, 1988

http://moundarren.com/

lundi, 13 mars 2017

Pascal Quignard, « Une Journée de Bonheur »

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en couverture : Corot, Jeune femme cueillant une fieur (détail)

 

« Sur les couples des fous de Bassan

 

Carpe

arrache

diem

jour.


Les couples de fous de Bassan, tout blancs,

la tête blonde,

tous les ans reviennent au même nid où ils se rencontrèrent pour la première fois.

Reviennent où ils s’aimèrent.

 

Arrache-jours.


Chaque année le mâle apporte à la femelle retrouvée

brins d’herbes mêlées de fleurs

dont il entoure le cou de celle qui l’a distingué jadis entre les autres.

Il l’enroule,

formant un collier instable.

 

Les phrases des oiseaux sont très brèves,

laissent peu de temps à la réponse,

reprennent vite leurs sèches séquences et leurs brèves fréquences,

pour les encranter dans le vide.

Ce sont des colliers de sons dont la durée fait quelques secondes.

Petites mélodies subites qui s’accrochent et se suspendent dans les vides que le désir laisse,

qui attendent dans le vide

au sein d’une attente où l’appel lui-même attend

au point qu’il résonne.


Fragments de chant.

Fragments verbaux.

Le réel du texte n’est jamais vaste. »

 

Pascal Quignard

Une Journée de Bonheur

Arléa, 2017

https://www.arlea.fr/

Dans toutes les bonnes librairies à partir du 16 mars