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mercredi, 20 juin 2018

Kouo Yu, « Longue nostalgie »

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Illustration de Xu Baozhuan (1810-1885) pour Le Rêve dans le Pavillon rouge

 

   « J’y pense longuement…

   Mais à qui va ma pensée ?

 

Depuis qu’il m’a quittée pour monter à cheval,

   Nuit après nuit je pleure en l’alcôve déserte.

Dans le miroir de jade, à l’aube, j’épile mes sourcils en antennes ;

   Je vous en veux, mais en même temps je n’ai qu’amour pour vous.

L’eau du lac cet automne a débordé ; blanches sont les fleurs de lotus.

   Mon cœur est blessé ; le soleil tombe, et deux canards s’envolent*

Pour vous j’ai semé puis cueilli le lichen**.

   Dans le froid, la glycine s’étend le long des branches des pins sombres.

Pour vous, j’ai mis de côté l’oreiller orné de corail.

   Les traces de mes larmes ont séché ; des toiles d’araignée sont nées.

Qui aime n’aura jamais peur des cheveux blancs ;

   Mais pourquoi ne puis-je vous accompagner toujours ?

 

   Le vent et la pluie sifflent ;

   Cocorico, chantent les coqs !

   … Mais à qui va ma pensée ?

    À celui que j’ai vu en rêve. »

 

* Le couple de canards mandarins est le symbole du couple parfait qui ne se quitte jamais.

** Usnée barbue (Usnea barbata), lichen médicinal.

 

 

Kouo Yu (Kouo Yen-tchang) – 1316 - ?

 Traduit du chinois par Siao Che-kiun

In Anthologie de la poésie chinoise classique

Sous la direction de Paul Demiéville

Gallimard, 1962, rééd. Coll. Poésie/Gallimard, 2000