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samedi, 03 février 2018

Jean-Luc Sarré, « Au crayon »

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DR

 

« Je suis bien, je suis seul, je n’attends rien ou plutôt, je n’attends que moi, mais sans impatience, sans illusion car je me connais, je suis rarement au rendez-vous et s’il arrive que cela soit, je me croise, un salut rapide puis je passe mon chemin. Me fuir, me chercher, c’est tout un pour moi. Je suis bien, je regarde, je vois ce jour tramé de poussière, un jour vert et gris que peigne un léger vent d’est, à peine un jour, comme moi qui suis “à peine”.

 

Rien ne me fait battre le cœur comme une certaine qualité de lumière ou plus encore le souvenir que je peux en avoir.

 

La façon la plus hypocrite de parler de soi est celle qui évite le pronom personnel.

 

Non est sans doute le seul mot sur lequel je n’ai jamais trébuché.

 

J’espère que je n’aurai pas peur, que je ne serai pas entouré de visages en larmes, que ma souffrance sera, sinon inexistante du moins supportable, que la scène aura lieu chez moi de préférence, bref, j’espère que tout se passera bien ce jour-là.

 

La douleur cessa et mon corps ne fut plus qu’un souvenir. »

 

Jean-Luc Sarré

Au crayon

Farrago, 1999

 

Jean-Luc Sarré, né le 22 avril 1944 à Oran, est mort ce samedi 3 février 2018 à Marseille, où il vivait depuis 1968.

16:49 Publié dans Écrivains | Lien permanent

jeudi, 01 février 2018

Wang Heqing, « Ode à un papillon géant »

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© Sophie Chambard

 

 

« Air : “Jour d’ivresse”.

Brassant l’air, il vous réveille en sursaut du rêve de Zhuang Zhou

De ses deux ailes reposant bien calé sur la brise de printemps.

Dans trois cents jardins fameux

Il a sucé tout ce qui pouvait l’être,

Terrorisant l’abeille en quête de fragrances.

D’un petit volettement délicat, tout léger,

Vous l’envoie valdinguer à l’autre bout du pont, la marchande de fleurettes. »

 

Wang Heqing

« La dynastie des Yuan (Mongols, 1279-1368) »

Traduit, présenté et annoté par Rainier Lanselle

In Anthologie de la poésie chinoise

La Pléiade, Gallimard, 2015

mardi, 30 janvier 2018

Gérard Haller, « Le grand unique sentiment »

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Rembrandt, La Lutte de Jacob avec l'ange, 1659

Staatliche Museen, Gemäldegalerie, Berlin

 

« mains bras ailes

oh ailes

 

visage nu de l’un face au nu

de l’autre comme ça qui se présentent

ensemble le vide d’avant et l’intime

infini.

Le lointain : qui le font désirable

 

komm tu dis

 

c’est chaque nuit.

Nous nous prenons dans les yeux les larmes

plus loin nous nous implorons komm

prends-moi etc. et c’est chaque fois

comme si c'était la première nuit

sur la terre de nouveau comme

si c’était nous là-bas les deux

tombés nus du ciel et tu es là

je suis là tu dis regarde et tout

recommence

visage de l’un face à l’autre

dedans plus loin qui appellent

encore et encore

qui demandent la lumière

et tu me fais avancer dans toi

au bord et tu prends ma tête

comme ça dans ta main

et tu la poses sur ton sein

et tu dis mon nom

komm tu dis

et je suis toi de nouveau

dans le nu de ta voix

là-bas sans moi

et je ferme les yeux

 

[TEMPS]

 

tout le temps de l’étreinte

 

comme si c’était pour entendre

seulement ça qui appelle dedans

nous sans nom sans voix.

Nu seulement plus nu encore

et soudain c’est toi »

 

Gérard Haller

Le grand unique sentiment

Coll. « Lignes fictives », Galilée, 2018

http://www.editions-galilee.fr/f/index.php?sp=liv&liv...