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dimanche, 21 juin 2020

Dominique Preschez, « Un matin, l’autre »

Les Inédits du Malentendu, volume 3.

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                                                                                       pour Claude et Sophie Chambard

                    

… repères     ciels en pinceaux

     d’oiseaux     sans couleur autre

qu’infime or                   montgolfière

                                               au levant   continues

ses narines             au vent         caressent

                                l’ambre des algues

                   en dépôt de la nuit

sur toute rive ronde…

 

 

 

 

… les bois en veille     bandent

                               l’effigie des solistes     cotonnée

aux pollens roulés             en tierces

                                                   cordes ou résonances

quel orchestre ?

                            sous la hêtraie du vent...

 

_____________________________________________________________

 

 

… attente       à l’air sec        du parquet

                                                        disjoint le souffle étouffé

   un enfant marche sur les mains

                                          liées à la pression

                     au vide noir s’incline

                                        où trait de lune   sauve

                     l’instant du sacrifice…

 

 

 

 

 

… dans le bas du jardin chaud

                         frisé par la fontaine

l’arbre à glycines

             grimpe au parquet de lune

                           un funambule étoilé

en blanc de laine

                           il a talqué ses mains…

 

_____________________________________________________________

 

 

… quelle prévoyance d’ailes

                                    amantes en secret

ô, tournis !                             sous l’ombrage

     exhalent                                      une écurie haletante

                 son musc de corne

près   des   paupières                                      retournées…

 

 

 

 

 

… en poussière       les silences

                         de l’air                mesurent

l’horloge de verre       célèbre

                       seconde à la seconde

près                                       l’illusion du temps…

 

 

 

Dominique Preschez

Jardin de sommeil (extrait)

mercredi, 17 juin 2020

Pascal Quignard, « Je suis simplement… extrait de L’image manquante »

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« Je suis simplement un homme qui a beaucoup lu, un lettré ou, mieux encore, un littéraire, c’est-à-dire un homme qui apprend sans cesse à écrire ses lettres, à les déchiffrer, à les transposer, qui ne cesse de poursuivre cet apprentissage, qui aime follement lire, étudier, traduire, retraduire, écrire.

C’est ainsi qu’il y a un apprendre qui ne rencontre jamais le connaître – et qui est infini.

Cet infini est ma vie. »

 

Pascal Quignard

« L’image manquante »

in Sur l’image qui manque à nos jours

Arléa, 2014

lundi, 15 juin 2020

Thomas Bernhard, « il me semble »

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DR

 

« Il me semble que j’étais beaucoup plus jeune

plus jeune encore que ceux qui sont déjà morts,

je voyais les villes et la fatigue des yeux

était la plainte de l’été dans les ruisseaux.

 

Plus jeune j’étais que ceux qui me blessaient souvent

et qui ont oublié mon nom depuis longtemps

derrière le métier à tisser, sous le marteau,

ou dans l’abrupt sillon de la herse.

 

Il me semble que j’étais beaucoup plus jeune

et qu’en mars avec les nuages j’étais suspendu dans le ciel,

construisant les marchés sans repas de mort

 

et les cœurs carbonisés

avec l’avril j’étais aussi en voyage

migrant avec les oiseaux en aval des fleuves,

 

riais sous les bosquets

et étais triste avec les herbes.

Dans les chambres je voyais mourir

 

beaucoup de ceux qui m’aimaient.

Mais pour parler avec le vent

je fus élu.

 

Il me semble que j’étais beaucoup plus jeune,

je sentais des messes de mort sauvages,

les étoiles sauvages,

 

les églises s’élevaient sur la mer de blé,

toujours

la joue de ma colline

 

était familière de ma colère.

Je n’étais si fatigué que là

où sonnaient les pommes et où chantait l’hiver

 

de mille coquillages.

Le jour s’en allait en soupirant,

l’année était acculée contre le mur

noirâtre, perturbée par les angoisses de mon époque.

 

Il me semble que j’étais beaucoup plus jeune. »

 

Thomas Bernhard

Sur la terre comme en enfer

Bilingue

Traduit de l’allemand et présenté par Suzanne Hommel

Orphée, La Différence, 2012