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  • Antonella Anedda, «  pas tout à fait assez vieille… »

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    « Pas tout à fait vieille

    assez vieille pourtant

    pour comprendre l’humiliation d’un langage

    que je voulais voir s’ouvrir de la feuille jusqu’à l'air.

    Il me semblait que le mot était plus vaste

    d’une force capable de secouer le buisson de chaque son

    je sentais sa vitesse dans ma bouche : un élan

    qui aurait reconnu au fond des choses

    une sagesse sans éclat.

     

    Nous lisons des histoires, nous songeons à ce que signifie le siège d’une ville.

    Des marmites chauffent dans l’obscurité

    pleines de vent et de sable.

    Saurais-tu dire autrement le tourbillon de faim

    qui vole dans le vide uni à d’autres spectres ?

     

    Des forêts et des rochers s’écroulent mais seul s’ébrèche un peu

    l’angle extérieur du souvenir — sa pointe —

    que l’encre change en document

    avec dates et lieux

    avec le salut extrême des amours

    qui ont tourné au fil du temps

    et dont l’empreinte pénètre maintenant le silence —

    c’est en silence qu’ils s’abaissent, gris et minces

    jusqu’à une mémoire exacte.

     

    Nous lisons encore des livres

    C’est ce qu'on fait en vieillissant

    on garde présente à l’esprit l'étoile du gérondif

    — en vieillissant —

    qui foudroie comme une comète la chaleur lente d'une vie.

    Je lis — et de nouveau la réalité m’éblouit —

    c’est en cela et en rien d’autre que je reste jeune

    impuissante à dire les chiffres de toute mort

    mais lente trop lente

    assez vieille pour savoir

    comment l’histoire les arrondit à zéro. »

     

    Antonella Anedda

    Nuits de paix occidentale & autres poèmes

    suivi de La lumière des choses — essai —

    Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para

    L’escampette, 2008