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mercredi, 06 juin 2018

Xia Yu (Hsai Yu), « Hibernation »

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DR

« Je ne cherche ainsi qu’à engranger assez d’amour

assez de tendresse et de ruse

par précaution     si d’aventure

je te rencontre à mon réveil



je ne cherche ainsi qu’à engranger assez de fierté

assez de solitude et d’indifférence

par précaution     si d’aventure

tu es déjà parti à mon réveil »

1980

 

Xia Yu (Hsia Yu — née en 1956 à Taïwan)

in Le ciel en fuiteAnthologie de la nouvelle poésie chinoise

établie et traduite par Chantal Chen-Andro & Martine Valette-Hémery

Circé, 2004

http://www.editions-circe.fr/livre-Le_ciel_en_fuite_%E2%8...

mardi, 05 juin 2018

Tsa’o P’ei, « Une chanson de Yen »

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Le chant des premières pousses, Ma Yuan, début XIIIe, Musée du Palais, Pékin.

 

« Il est aisé de se quitter,

   Difficile de se retrouver !

Au loin, par-delà monts et fleuves,

   Routes interminables,

L’angoisse au cœur, je pense à vous,

   Et je ne puis parler.

Je confie un mot aux nuages ;

   Ils s’en vont sans retour.

Les larmes sillonnent mes joues ;

   Ma beauté se flétrit.

Qui pourrait, accablé de peine,

   Retenir mes soupirs ?

Je me chante des vers à moi-même

   Pour tenter de me consoler.

Mais la joie me quitte, et la peine

   Vient me briser le cœur.

Je m’étends, pensive, obsédée.

   Sans trouver le sommeil.

Alors je me rhabille et sors,

   Marche de-ci de-là…

Je regarde les étoiles, la lune ;

   J’observe les nuages.

Un oiseau chante dans l’aurore ;

   Sa voix est pitoyable.

Je m’attarde, et désire, et souffre…

   Je ne puis plus trouver la paix. »

 

Yen est un pays de la Chine ancienne qui correspond en gros à l’actuelle province du Ho-pei (Hebei).

 

Ts’ao P’ei (187-225)

Traduit par Robert Ruhlmann

In Anthologie de la poésie chinoise classique

Sous la direction de Paul Demiéville

Gallimard, 1962, rééd. Coll. Poésie/Gallimard, 2000

 

lundi, 04 juin 2018

Chen Li, « Cartes postales pour Messiaen »

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DR

 

 

« Folie de papillon

 

Elle est venue à moi

tel un papillon. Sans hésiter

elle s’est assise sur la première chaise devant le pupitre

une barrette de couleur

dans les cheveux, papillon sur papillon

 

Depuis vingt ans, dans ce lycée

en bord de mer, combien de papillons

ai-je vus, êtres humains ou lépidoptères,

empreints de jeunesse, de rêves

virevolter dans ma salle de classe ?

 

Oh ! Lolita 

 

Un jour d’automne avant midi, le soleil

si chaud, une piéride d’un jaune étincelant

entrée par la fenêtre a tournoyé autour

d’elle, âgée de treize ans, penchée sur son devoir,

et du professeur distrait

 

Soudain elle s’est levée, pour échapper à cette

chatoyante, vibrante image

diaprée, papillon terrifié par

d’autres papillons : elle affolée,

moi troublée par sa beauté »

 2001

 

Chen Li

Cartes postales pour Messiaen

Traduit du chinois (Taïwan) et présenté par Marie Laureillard

Circé, 2017

http://www.editions-circe.fr/livre-Cartes_postales_pour_M...

dimanche, 03 juin 2018

Guillaume Condello, « Ascension »

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DR

 

«        […] la montagne muette

de carton pose

pour les touristes

       (ils auront tout de même une photo)

leur guide porte un haut-parleur à la ceinture et

un micro il montre

       les tableaux sous les

nuages

      silencieux

             invisibles nous

avons assez joué

             anachroniques

 

c’est notre rôle

les poètes ne marchent plus

dans les montagnes           aujourd’hui

non plus

les peintres       exilés

             en Chine

sur la terre

il faut

             redescendre

silencieux les marches

des mots

       dans la gorge encaissée

je bois une dernière gorgée

 

nous quittons la scène »

 

Guillaume Condello

Ascension

Le corridor bleu, 2018

https://www.lecorridorbleu.fr/

vendredi, 01 juin 2018

Frédérique Germanaud, « Intérieur. Nuit »

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DR

 

« Je tourne une page du carnet cousu

Pas pour une autre nuit

C’est la même

Sans début ni fin

 

Mon crayon

Accroche

Agrippé dans l’effondrement des heures

 

C’est toute une histoire

Qui ne s’écrira pas

 

La nuit ne laisse pas de place

Vaste pourtant

 

Trop

 

Un cendrier propre depuis trois ans »

 

Frédérique Germanaud

Intérieur. Nuit

Le phare du Cousseix, 2018

http://www.lephareducousseix.com/