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mardi, 14 octobre 2014

Dominique Preschez, « Vers le soir »

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À quelle heure t’ai-je écrit vers le soir ?

« Quand par la baie pulvérisée toute d’eau, une brume en tufeau de mouettes lasses resserrait l’horizon devers la Manche d’or à la colonne de ses lampes — fanal de première enfance et chapiteau de triangles ouvrant sur la maison —, encore qu’il fût tard pour me mentir l’abandon, mâchant pesamment les bœufs (blancs) aux pas cassés des guérets entretenaient un vertige de cette boucherie d’élans en halètement du soir et les moucherons, veufs aussi, mêmement voués au charme suicidaire des menthes en peine, j’ai prié la nuit de me tuer au matin, parce que sans toi j’ai peur, de la mort. »

 

 

« Pourquoi la mort, si fort ? » ai-je tracé de buée tiède encore d’une communion à l’aube des foins de fille au dos de la maison, sur une ardoise atteinte ; palimpseste et marelle pour savoir, ce qui fut de nos jeux solitaires…

Et, m’étant livré à pareille ascension, sans plus de nos magnoliers bleus près le club des sacrifices, je me suis prémuni contre ce vide de l’âtre, m’évitant un crime, où tu vis Mallarmé paraître lent, un peu, au long d’une échelle dressée qui me fit préférer l’écriture à l’astre sans homme. Tapi au recoin d’un corps de pierre à l’odeur de maman, où bombille l’essaim d’insectes qui piquent, j’ai imploré, quel diable de première famille ? pour tout en vie, me mourir…

 

 

« T’entendrai-je frapper à la porte de cuir ? » Dans la chambre malade depuis que tu n’es plus, à la mesure des vins — sexe ballant, remugle de linceul —, je répugne au pacte de l’amour perdu.

 

 

Et seul un homme seul s’habille vers le soir pour aller sur la route…

 

 Dominique Preschez

Vers le soir

à Passage, coll. « Les Galées », 1983

dimanche, 14 juillet 2013

Mathieu Bénézet, "Résumant ma tristesse" — 7 février 1946 - 12 juillet 2013

« n’y pense pas cette morte baisers

petites bras

douleur disaient tes mots tu n’écris

pas tout le monde a

des accidents aujourd’hui il y a

une mère

dans toute parole et enfant

n’y pense pas ne dis

pas j’ai quitté d’habiter


 

et pour le cœur

c’était nous

 


cette année vous mourrez de froid

cendres,

cendres cette légèreté du cœur


 

c’est un rêve d’un autre hiver où je crus

dormir et je pleurais, va

séparer fut léger — tendre

neige tendre (et je pleurais)

 

ce rêve où tu pleuras (et je dormais)

va,

ce fut un rêve noir hiver


 

résumant ma tristesse

noir poème tel qu’on peut rencontrer

des tombes qui veux me blesser d’écrire »

 

 Mathieu Bénézet

Résumant ma tristesse

avec quatre sérigraphies en deux noirs de Raquel

4 exemplaires sur Japon nacré, 40 exemplaires sur vélin de Rives

à Passage, 1981

repris in Le Travail d’amour, Flammarion, 1984

dimanche, 29 janvier 2012

Bernard Vargaftig, Nancy 24 janvier 1934 — Avignon 27 janvier 2012 & l'éternité

Bernard Vargaftig

Le lieu exact — ou la peinture de colette deblé

 

Vivantes

Les orties ô même l’orage

Et l’absence

Et les galets vont si vite

 

Même l’enfance

Tout-à-coup et la cour

Plus terrible où le mur craque

Et le gouffre

 

Et les arbres

Qui dévalent jusqu’au vent

Comme jamais

Regardaient le langage

………………………………………

Tant de fois

Les roches le lieu exact

La prairie et

Quand il manque une page

 

Tomber tomber

Était comme un murmure

Et le vent se précipite

Et l’espace

 

Loin derrière

Effaçant pente et parfum

Immensité

Que l’horizon saisit

………………………………………

Ah plus d’oubli

Et l’instant qui commence

Un récif

Que tout aurait fait bouger

 

Vent et lumière

La plage dénouée

Un murmure et si lointaine

L’étendue

 

Où sans cesse

Avalanche dans le sens 

Le rosier comme

Mortellement échappe

 

[…]

 

les trois premières pages debernard vargaftig,colette deblé,à passage

Le lieu exact

ou la peinture de colette deblé

imprimé au plomb

en Garamond corps 10

 en mars 1986 par mes soins
à 15 exemplaires sur

Gravure du Moulin de Larroque

enrichis d’une peinture de Colette Deblé

 & à 300 exemplaires sur vélin blanc

 à Passage, Bordeaux

isbn : 2.905391.11.5